Chers lecteurs nés dans les années 80, vous constituez une part relativement importante de notre cible. Et vous constituez, un peu malgré les producteurs qui ont surtout voulu faire un film pour le jeune public, la cible de ce « Ninja Turtles », surgi de nulle-part au bout du bout de la rentrée cinématographique. Ceux d’entre vous qui se souviennent des trois opus sortis entre 1990 et 1992 ont probablement oublié la véritable nature de ces trois films très moyens. Les deux premiers avaient au moins le mérite d’être divertissants et de coller à peu près à l’univers de la série animée lancée en 1987 (de la série, pas du comic, on va y revenir), le troisième étant une sombre moisissure médiévale dans laquelle même Shredder est absent. En marge de ses interminables « Transformers » et de quelques éclairs de génie (« Pain & Gain »), Michael Bay s’est mis en tête de produire un nouveau « Tortues Ninjas », après deux autres films d’animation très discutables sortis dans les années 2000. Est-ce qu’il s’en est sorti ? Pas trop mal, mais la version 2014 de la franchise va mettre à mal la sensibilité des fans attachés aux détails.

Il n’y a plus d’histoire « originelle ».

Vous refaire le pitch de base des Tortues Ninjas serait tellement fastidieux qu’on va partir du principe que vous détenez, en vous-mêmes, une version qui vous appartient. Ce qu’on peut dire, en revanche, c’est qu’en France comme aux USA, la vérité sur cette saga est celle que les industriels du jouet ont choisie, comme pour les Transformers. Comprenez par là qu’en fait, le comic créé par Eastman et Laird en 1984 a donné lieu à la création d’une ligne de jouets, et que Playmates Toys (qui les produisait) tenait absolument à ce qu’une série animée les fasse vendre. Les droits ont donc été vendus à une petite boîte de prod qui s’est lancée dans la création d’un dessin animé qui a cartonné pendant dix saisons, et dans lequel l’univers sombre et glauque imaginé par les auteurs d’origine a laissé place à un New York tout ce qu’il y a de plus normal, où les tortues sont des ados qui bouffent des pizzas, font du skate, affrontent des ninjas robots et des sangliers mutants, commandés par un Shredder à la solde d’n extraterrestre rose qui pilote un vaisseau en forme de boule capable de creuser la Terre de part en part. On est loin du Japon féodal, mais il se trouve que c’est cette vision-là qui va réellement populariser nos quatre amis, les « Chevaliers d’écaille ».

Nous étions donc en droit d’attendre un minimum de références à cet univers-là, en plus d’une certaine caution intellectuelle. Le réalisateur Johnathan Liebesman a essayé de s’en sortir, mais il a été obligé de faire des choix pas toujours judicieux. Les pizzas, le skate, le rap, pas de problème. April O’Neil, Canal 6, Vernon, parfait. Mais Shredder et son Clan des Foot qui se baladent entre le Japon et les Etats-Unis, l’absence du duo Bebop /Rocksteady, de Krang, ça fait beaucoup de libertés prises par rapport à la série animée, qui a pourtant inspiré le reste du film. Fallait choisir, le Technodrome c’était peut-être un peu compliqué à gérer pour une équipe de scénaristes qui s’est occupée, jadis, de « Spy Girls » et d' »Alias » (mais aussi de l’excellent « Mission Impossible : Protocole Fantôme », comme quoi…) Bref c’est assez vaseux, comme restitution. On n’est pas perdu, mais il nous manque des détails qui nous sont chers et c’est pénible.

Megan Fox is back, et finalement, on s’amuse bien.

Il ne faut jamais sous-estimer les grands entertainers. Michael Bay n’aurait pas mis un dollar sur un film nul en tous points, donc vous vous doutez bien que ce « Ninja Turtles » 2014 renferme quelques arguments intéressants. Le premier, c’est l’humour : les vannes que s’envoient les tortues sont plutôt bien senties, bon enfant pour plaire au jeune public mais suffisamment bien tournées pour être cools, même pour les grands. Le second, c’est la présence de Megan Fox qui est redevenue magnifique par on ne sait quel prodige, et qui forme un duo très intéressant avec Will Arnett (Vernon), qui ressemble décidément de plus en plus à Kevin Costner. Pour le reste, la présence de Ken Watanabe (« Le dernier samouraï ») dans la peau de Shredder est un plus indéniable, et celle de Whoopie Goldberg en patronne de l’information de Canal 6 également. Celle du taré Johnny Knoxville qui s’occupe de la voix de Leonardo est probablement un autre argument favorable, encore faut-il le voir en VO, ce qu’on n’a pas pu faire.

Que personne ne s’inquiète : il y a de l’action, de la baston bien filmée (pas de caméras qui font vomir, pas de câbles pour faire voler les acteurs sur 15 mètres comme dans un vieux Jet Li), on ne s’ennuie pas une seconde. Et après avoir un peu pesté parce qu’il manque des trucs rigolos qu’on aimait bien dans le dessin animé, on se laisse facilement porter par cette histoire de pègre et d’arts martiaux, même si les origines de la série (et du comic) sont trahies dans les grandes largeurs, sacrifiées à l’efficacité du divertissement. Ils auraient pu faire mieux, mais ils ont évité le principal danger : faire mille fois pire.

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