Tokio Hotel – Kings of suburbia

2014 – Universal Music division Polydor

Sérieusement, qui a encore envie d’entendre, d’écouter, de voir, ou même de penser à Tokio Hotel ? Apparemment, le label « oversized » Universal y croit encore. Quelle fabuleuse idée d’avoir laissé une chance à toute une classe de fans décérébrés à l’époque, de se rattraper en écoutant un ultime album (espérons-le) des jeunes allemands et se dire « Mon Dieu, que j’ai pu être c**** quand j’étais une ado ! » .

Les rois de la banlieue

C’est le titre de l’album, j’invente rien, même Google traduction confirme… Allez pour le fun, j’attaque l’écoute du disque et je vous explique. Mais avant de me lancer, je  jette quand même un oeil aux avis que je peux consulter : à la fnac, le coffret « Kings of suburbia Edition Super Deluxe CD + DVD + 2 LP + Album photos » à seulement 99,90€ obtient 4 avis à 5 étoiles. Décidément, les goûts et les couleurs…

« Stormy  weather »  est d’une nullité à faire passer World Apparts pour Frank Zappa : clavier, dubstep toute pourrie, vocoder, tous les clichés sont présents. Cela revient à dire que les mecs de chez Universal, commerciaux confirmés, ont pensé qu’en compilant toutes les marques de fabrique de Daft Punk, Skrillex, Linkin Park, et en baptisant une chanson avec un titre qui fait penser à un classique du jazz, le Tokio Hotel 2014 pourrait partir sur une bonne base. Chers lecteurs, je ris et je pleure en écrivant cet article. « Run Run Run » : piano moisi, de l’écho à en crever sur la voix, une montée toute pourrie (ça fait deux fois le mot « pourri » pour un album commencé depuis 6 minutes) qui laisse place à des « run run run » entremêlés avec d’autres « run run run ». On essaie d’y croire, ça va bouger pendant le morceau, mais non. 3 minutes 24 secondes de « run run run ». Là c’est pareil, les mecs de chez Universal ont dû imaginer un plan marketing machiavélique, mâtiné de velleités artistiques enfouies :  » j’ai écouté une super compo des casoars teutons, pour faire chanter ces demeurés c’est parfait tu vas voir, on va faire traîner ça sur 3 minutes et en live sur 5, ça va en faire chialer, des gamines »… Affligeant.

« Love who loves you back » : « le feu ça brûle », « oeil pour oeil », « un tien vaut mieux que deux tu l’auras »… Je vous explique? C’est encore une fois différent des autres morceaux, on flirte avec d’autres sphères inattendues : ça ressemble à du Lorie, mais plus 2014. C’est sûrement le single de cette daube. Un bon tube de l’été, un truc bien naze mais qui ne fait ni danser, ni chanter, ni taper du pied. Rien. Le vide. Et les choeurs ignobles, encore et toujours. Un peu comme si ACDC laissait le public chanter « Highway to hell », que personne ne réagit, et qu’on entendrait en fond Brian Johnson chanter n’importe comment, et avec un vocoder.

« Covered in Gold » , son vocoder, et le « son de l’électronique ». C’est là que me vient une pensée, j’y vois clair, maintenant… Tous les titres ressemblent à des phrases qu’on peut lire sur des tee-shirts de clubbeurs. Quand je suis dans la souffrance auditive, j’essaie de penser à autre chose, parfois avec des fulgurances. « Covered in gold », c’est le morceaux le plus long de l’album, avec 4 minutes 28 secondes. Ce qui le différencie des autres? Les claps au milieu, et un interlude avec une voix horrible, tellement folle qu’on sait même pas d’où ça sort.

« Girl got a gun » : ho p***** une guitare. Ah non, c’est un truc tout pourri (3). Tiens, le chanteur a le hoquet sur la prise. Ah non, c’est juste un effet genre « on persiste dans la dubstep ». Le refrain arrive, et l’idée c’est que dans « Girl got a gun » il y a une consonance en « gueu » : du coup, entre la diction du chanteur et le mix saccadé à la mode, c’est la classe ultime. Bravo les mecs, belle perf’. Et comme c’était la seule idée du morceau, c’est le plus court.

ENFIN : « Kings of suburbia ». Le titre qu’on attendait. Bah figurez vous que c’est pas nul, à condition d’aimer Modern Talking parce que c’est la même mélodie que « You’re my heart, you’re my soul ». Mais quelque-part, ils ont le droit, c’est allemand. Puis Modern Talking revient tous les 20 ans, du coup c’est pile poil le bon créneau pour faire offrande de cette bouse. Par ailleurs, gueuler « Come on » au micro, faut laisser ça à Tears For Fears.

Je suis tellement effaré par la teneur sonore de cette album que j’arrête l’écoute, question de survie. Et puis ça dure 53 minutes ! Je veux bien regarder des films bizarres, mais écouter de la daube, non. Ou pas en masse, pas trop d’un coup. Je pense à Universal, au mercantilisme, mais aussi à tous les artistes qui ont su nous faire rêver, et surtout à ceux qui révolutionnent la musique chaque jour, car il en reste plein en 2014. Je fantasme que la puissance financière de l’un se mette en rapport avec les ressources créatrices des autres… Et je revois le lien Deezer de Tokio Hotel, et de son abominable « Kings of suburbia ». Les mecs d’Universal devrait arrêter de mettre du pognon n’importe où, vraiment. Et en banlieue de Berlin, y avait sûrement des trucs bien meilleurs que ça !

 

 

 

 

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