trepalium

Depuis que Run DMC et Aerosmith ont collaboré sur le « Walk This Way » produit par Rick Rubin, les frontières musicales les plus improbables sont toutes susceptibles de tomber. Puisque le Rap et le Metal ont réussi leur fusion (Rage Against The Machine, (hed)PE, Body Count), pourquoi la frange la plus hargeuse du ock n’essaierait pas de franchir un cap encore plus fou ? C’est désormais chose faite, et c’est encore un groupe français qui essuie les plâtres : Trepalium a décidé de jouer du death-metal New-Orleans. Oui, comme ce qu’on entend souvent au festival de jazz de St-Raphaël, avec les fanfares, les parades, le rag-time et les mecs en costumes brillants.

Tout pour le groove

Le gros point fort de Trepalium, depuis toujours, c’est de baser l’essentiel de son propos sur un groove absolument infernal. On n’est pas du tout dans une déferlante de brutalité. Trepalium, ça swingue, comme un disque de Baby Dodds, mais avec de la double grosse caisse. Le batteur Sylvain Bouvier signe avec Voodoo Moonshine une sorte de retour en grâce, et les plus jeunes fans de Gojira pourront constater à quel point Mario Duplantier (son pote de longue date) a pu lui piquer quelques idées. La paire de guitaristes est toujours sur la brèche, et la patte unique d’Harun se fait plus que jamais sentir. La grande nouveauté de ce disque, c’est l’incorporation d’une section de 8 cuivres, du jamais vu dans un groupe à la musique aussi extrême. Et là où les mariages incongrus se cassent souvent la gueule à cause d’un manque criant de cohésion, ici ça fonctionne tellement bien qu’on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait avant.

Porte d’entrée vers le bayou sauvage

Si ce 6 titres tient ce mois-ci la corde dans notre rubrique musique, c’est parce qu’il possède une vertu inattendue pour un groupe de ce style. Tout amateur de musique curieux peut essayer d’écouter « Voodoo Moonshine » sans craindre d’être rebuté par les guitares saturées ou le chant guttural de KK. Il y en a, bien sûr, mais c’est extrêmement musical, ça pourrait presque se danser. Comme en plus l’imagination du chanteur n’a pas beaucoup de limites, il utilise voix comme un instrument, il scatte (oui, oui), et apporte une touche très personnelle à l’ensemble. « Voodoo Moonshine », malgré sa courte durée, est peut-être le produit underground le plus ambitieux sorti depuis le début de l’année. Musicalement c’est complètement fou, ça joue la mort. Le concept, particulièrement casse-gueule, fonctionne parfaitement grâce au talent des auteurs. On se mettrait presque au trombone, tiens.

 

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