Il y en a un qu’on ne confond avec personne. Il y en a un qui est à lui seul à la fois un archétype et une caricature. Et puisque les Américains opposent Paul Newman à Steve Macqueen, chez nous les français, il nous faut un «verso» au «recto» Alain Delon, «le plus français des acteurs suisses», qui à l’époque de sa jeunesse perdue avait bien plus de potentiel graphique. Quoiqu’il en soit il fallait au public français une gueule cassée pour aller au charbon sur grand écran pendant qu’Alain le bellâtre passait le plus clair de son temps à rouler des pelles à des Autrichiennes atomiques au bord des piscines. Et ben ce furieux, moins beau mais plus en osmose avec la France de l’effort et du cassoulet, ce sera Jean-Paul Belmondo.


Ça partait bizarrement, pour le petit Jean-Paul. Né en 1933 dans le Neuilly-sur-Seine pré-Sarkozy, il ne mangera pas tous les jours des queues de langoustes parce que la sculpture de son père se vend assez mal pendant une période, de 1939 à 1945, à la louche. En même temps quand on a un ticket par jour pour manger cent grammes de pain pétri à l’hélice de Messer- schmitt, on en a pas grand chose à foutre des bustes de Camille Soula, même si c’est orange et que c’est très réussi. Alors Jean-Paul va prendre son mal en patience, pas faire grand-chose à l’école et attendre tranquillement l’occasion pour devenir le larron.

C’est une sorte de tuberculose qui va changer sa vie. Envoyé à la campagne pour s’aérer l’esprit et les bronches, il va laisser germer en lui l’idée de devenir acteur, et son père sculpteur serait bien mal inspiré d’essayer de le dissuader. Donc on y va, Jean-Paul Belmondo commence par intégrer une troupe de dingos qui joue «La belle au bois dormant» dans les hôpitaux de Paris, avant d’entrer au conservatoire d’art dramatique de Paris au bout de trois tentatives. Là-bas il ne va pas s’ennuyer, puisque ses compagnons de promo seront quelques-uns des acteurs français les moins tristes de l’histoire comme Jean Rochefort ou Jean Pierre Marielle, et Bruno Crémer qui n’a pas encore endossé le par-dessus ultra-déprimant du commissaire Maigret, baromètre séculaire du pathos mythocondriaque des ménagères qui ne veulent pas sortir le dimanche. Il va aussi faire la connaissance de Michel Galabru, dernier survivant de l’année 1922 à savoir nous faire rire autant qu’Yvette Horner, mais sans accordéon et avec des cheveux normaux.

Godard, Darrieux et Ursula Andress

Alors que les années 50 consacrent les comédiens très beaux aux costumes cintrés, Belmondo peine à convaincre ses profs qu’il peut lui aussi devenir ne serait-ce qu’un bon acteur. Il est drôle, mais pas crédible en fourreur pour dames. Le seul à entrevoir en lui un certain talent c’est Jean-Luc Godard, déjà cramé mentalement mais pas encore connu pour ça, qui dézingue un des premiers films de Belmondo en disant «c’est pourri mais Jean-Paul est génial». Bourvil et Danielle Darrieux, également à l’affiche du film, n’achèteront plus jamais les Cahiers du Cinéma dans lesquels Godard a vomi encore quelques temps avant de faire n’importe quoi avec une caméra en hurlant pas fort que c’est génial.

Cela dit, c’est un peu grâce à Godard et son film «A bout de souffle» que ça va se décanter pour Bébel. Il tourne 34 films dans les années 60 et devient l’acteur préféré de plein de réalisateurs hyper trendys à cette époque, genre Claude Sautet, Henri Verneuil, et surtout Philippe de Broca, grâce à qui il va s’encanailler avec la bombe atomique du moment, une certaine Ursula Andress, qu’il a vaguement tribulée en Chine avant que son épouse ne le gaule comme un vulgaire utilisateur de Facebook en mal de vigilance. Belmondo a la trentaine fulgurante, il est tellement charismatique qu’il est élu président du syndicat des acteurs, et prépare une décennie 70 à faire passer la carrière de Sim pour un remake de «Mon curé chez les nudistes» intercalé entre deux volets du «Seigneur des Anneaux».

Bébel VS Delon, Royal Canin et Barbara Gandolfi

Il commence en 1970 avec le film emblématique du cinéma français des seventies, « Borsalino », où il partage l’affiche avec un Alain Delon assez procédurier qui va lui pourrir la vie tant qu’il en a dans les bronches, pour une histoire de poster. Par la suite Jean-Paul Belmondo va se mettre dans le crâne que son truc, c’est le divertissement, et faire des films destinés aux gens, et pas à la critique qui va progressivement le ranger dans un tiroir où l’on trouve aujourd’hui Dany Boon, Kad Mérad ou Mickael Youn, voire même Patrick Sébastien si on met la main bien dans le fond. Mais ça lui en touche une sans faire bouger l’autre, et Bébel va tout éclater au box-office avec des films devenus aujourd’hui des incontournables du cinéma national, comme « Le Guignolo », « Le magnifique », « Peur sur la ville », « Le professionnel », resté célèbre grâce à la musique d’Ennio Morriconne qu’on a entendue treize milliards de fois rythmer le course d’un clébard dans un champ de blé pour une pub Royal Canin, et surtout « L’As des As », son plus énorme carton.

On est à la fin des années 80, et Belmondo en a assez de faire l’imbécile ac- croché à des hélicoptères, donc pendant une dizaine d’années il va retourner sur les planches. Il a fait 130 millions d’entrées au cinéma, ça fait plus de six fois les ch’tis, pour un mec sensé être trop moche pour jouer la comédie c’est pas mal. Il refera un film avec Delon et Vanessa Paradis, pour se réconcilier et se marrer, puis il ira au tennis, à Roland-Garros. Il épousera aussi une ex-coco girl de 32 ans sa cadette, qui finira par se barrer en 2008, avant de rencontrer une épouvantable harpie du nom de Barbara Gandolfi, née en 1976 soit 43 ans après lui, et accusée par la justice de son pays d’abus de confiance, bref une fille pas vénale pour un sou, avec des seins en plastique et qui vit avec un belge millionnaire et peu recommandable.

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai une profonde envie de revoir les films marrants de Bébel, et deux trois perles du cinéma d’action à la française, avec des agents secrets en costume Pierre Cardin et en Citroën DS noires. Parce que ça sent bon le terroir et que c’est ultra-divertissant. Alors Jean-Paul, si tu me lis, on peut rêver quand on a 32 ans dans quelques mois, ben je te souhaite de finir ta vie à l’inverse de ce que t’as fait jusque là, doucement, tranquille, et entouré par des gens qui t’aiment pour le bonhomme que tu es, pas pour tes actifs ou ton statut de VIP chez les plus borderline des paparazzi.

 

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