Il a encore gagné. Devenu à 26 ans le plus jeune sénateur de l’histoire de la Ve République, David Rachline a surpris le monde politique. En participant à une élection pour une institution que son parti, le Front National, souhaite voir supprimée, déjà. Et en décrochant un second mandat d’importance alors que le cumul fait également partie des habitudes politiques combattues par les sympathisants de Marine Le Pen. Mais David Rachline n’a pas l’intention de se planquer, et nous sommes allés vérifier sur place que le maire de Fréjus avait de la suite dans les idées, des réponses à formuler…et des promesses à tenir. Pour ceux qui n’ont pas eu entre les mains notre édition papier du mois en cours, voici l’interview du sénateur-maire de Fréjus fraîchement élu dans son intégralité.

(Ci-dessous, David Rachline en compagnie de son collègue sénateur Stéphane Ravier)

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M. le maire vous avez été élu au Sénat. Est-ce que cette trajectoire n’est pas un peu curieuse puisque Marine Le Pen disait il n’y a pas si longtemps que le Sénat, il serait peut-être bon de le supprimer ?

Non pas du tout parce que nous considérons qu’il faut faire chaque chose en son temps. La première des choses pour nous c’est de nous exprimer et de permettre l’installation d’un certain nombre de débats partout où c’est possible. Le Sénat fait partie de ces endroits dans lesquels il n’y avait strictement aucun débat. Il y en a tous les jours dans la tête des Français, sur les marchés, dans les cafés, sur tous les sujets, l’insécurité, l’immigration, le recul des services publics, les politiques économiques, l’avancée des communautarismes, et le seul endroit où ces débats n’avaient pas lieu c’était au Sénat. Maintenant ils y sont. Cela n’empêche pas la réforme institutionnelle que nous appelons de nos voeux, mais nous la ferons quand nous serons au gouvernement en 2017, pas avant.

2017 c’est aussi le moment où vous devrez choisir un mandat unique.

Je quitte mon mandat de conseiller régional dans les prochaines semaines pour me concentrer sur mes mandats de maire et de sénateur, et en 2017 nous ferons comme les autres mouvements politiques, dès que la loi sur le cumul des mandats sera applicable, je choisirai un des mandats. Celui de maire.

Là aussi il y a paradoxe, parce que le Front National fait partie de ces mouvements hostiles au cumul des mandats, mais aujourd’hui vous cumulez.

Je vais vous dire deux choses sur le sujet. La première c’est que nous, nous avons les plus grandes difficultés à avoir des élus, à cause des modes de scrutin qui sont iniques, injustes, alors que nous sommes le premier parti de France aux élections Européennes avec 25% des voix. Nous avons seulement deux députés et deux sénateurs, et il n’y a pas de raison qu’on soit les cocus de la république en quelque sorte, que tout le monde puisse avoir des élus dans toutes les assemblées et pas nous. Il se trouve qu’en ce qui concerne les élections sénatoriales, et c’est là que je voulais en venir, il fallait que ce soit des maires qui s’adressent à d’autres maires pour défendre les électeurs. Qui de mieux qu’un maire peut aller défendre les maires au Sénat ? Pour moi c’est tout à fait logique que ce soit un représentant local du Front National, maire, qui connaît les problématiques qui sont celles des maires et des collectivités territoriales, qui puisse s’exprimer au Sénat.

Parmi les choses qu’on reproche au Sénat, il y a le fait qu’il soit assez peu représentatif de la démocratie française puisque les élus des petites communes y sont sur-représentés. Fréjus n’entre pas dans ce cadre-là.

On va représenter tous ceux qui ne sont pas à Toulon, déjà. Dans le Var il n’y en a que pour Toulon. Tous les investissements, les mesures politiques de développement économique, commercial, culturel, numérique sont réservés à Toulon. Le reste,  qu’il s’agisse des communes du littoral comme la mienne, ou des communes du centre-Var, les petites communes rurales, nous sommes chargés de les défendre. Ce sont des territoires abandonnés de la république. Nous voulons faire en sorte que cet équilibre entre les grosses agglomérations et le reste puisse exister et c’est ce que nous allons faire.

Est-ce que c’est suffisant d’avoir deux représentants au Sénat ?

Quand on fait 25 % des voix et des millions d’électeur sur une élection, d’un point de vue démocratique et républicain c’est largement insuffisant c’est incontestable. Nous prenons les sièges que nous pouvons avoir et que nous avons durement réussi à obtenir, et je compte sur mon tempérament et celui de Stéphane Ravier pour imposer au Sénat un certain nombre de débats.

Vous auriez pu avoir une chance aux législatives partielles. Pourquoi avoir choisi le Sénat plutôt que l’Assemblée Nationale ?

Parce que j’essaie d’être le plus utile possible à chaque fois que j’en ai l’occasion. Cette élection majeure pour notre pays m’a donné l’occasion de m’exprimer, et de permettre à des grands électeurs de se sentir mieux représentés que par Mr Falco et un certain nombre de ses amis. Je pense que ce n’est pas une mauvaise chose, localement il y a eu assez d’élections comme ça, et me permettre d’écarter M. Ginesta est une bonne chose.

Ce n’est un secret pour personne, vous êtes un jeune maire de 26 ans. Mais sénateur de 26 ans ça sonne encore plus bizarre dans la tête des Français, parce que dans l’inconscient collectif, un sénateur, c’est vieux.

Et bien j’ai démontré le contraire, en tous cas j’ai démontré qu’il était possible qu’il y ait des jeunes au Sénat, et qu’il était possible de participer au renouvellement de la classe politique comme je l’appelle de mes voeux. Et ça dépasse les clivages politiques, le renouvellement est une urgence, que ce soit pour des hommes comme M.Ginesta qui cumule les mandats au niveau local, ou pour les autres membres des partis UMP ou PS dans les secteur qui sont là depuis trop longtemps et qui ont des idées sclérosées. Et puis ça montre que le FN fait confiance aux jeunes, leur permet d’avoir des mandats et de s’exprimer.

C’est parce que le FN n’a pas assez d’élus que vous êtes obligé de cumuler ?

Ou parce que j’étais le mieux placé pour aller chercher un mandat de sénateur, soyons optimiste.

Au terme de trois ans de mandat vous choisirez donc le mandat de maire. C’était prédéfini ?

Oui, mais les Fréjusiens savent bien que Fréjus est la priorité des priorités. J’ai bataillé pendant des années, c’est ma ville de coeur, celle à laquelle je suis le plus attaché, j’y ai vécu toute ma jeunesse. Je veux participer à sa réanimation, à son redressement, je ne m’arrêterai pas là.

C’est un signe fort, parce que vos électeurs ne savaient pas si vous seriez motivé par un second mandat.

Je dis aux Fréjusiens que c’est une bonne nouvelle d’avoir un maire qui est aussi sénateur. Pour permettre à Fréjus d’être représentée au niveau national et de rééquilibrer les forces par rapport à la toute-puissance raphaéloise qui devenait un peu fatigante, malgré tout le respect que j’ai pour Saint-Raphaël et ses habitants. Peut-être que sa classe politique est restée un peu trop longtemps.

Est-ce que vous promettez de ne pas déserter la ville pour la capitale ?

Je l’ai dit et je continue à le dire, je continuerai à être présent, redresser Fréjus sera probablement le combat de ma vie, je serai sur le terrain dès demain.

 

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