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Cela fait 3 ans que Peter Jackson remplit les toiles hivernales avec son adaptation de Bilbo Le Hobbit, le roman de J.R.R Tolkien. Sur le même modèle que ce qu’il avait fait avec Le Seigneur des Anneaux, il a pensé son récit en une trilogie cinématographique grandiloquente et dantesque, avec force moyens, nécessaires pour rendre justice à l’ouvre littéraire profusionnesque de l’Anglais. Chroniquer un film comme ce dernier volet du Hobbit, c’est un peu comme présenter le résumé d’un PSG -OM à un parterre composé de trois types de personnes : des Marseillais, des Parisiens, et des fans de Proust pour qui le football s’apparente à de l’autisme, tout en sachant que tous les gens du panel sont sélectionnés parmi la frange la plus hystérique de leur catégorie, et connaissent déjà le résultat. Les vainqueurs ont l’impression de planer sr l’Antarctique, les vaincus pourraient bouffer des crabes vivants à poil sur le même Antarctique, et les derniers s’interrogent sur le bien-fondé du cinéma, du football, de la littérature et même de l’existence. Donc pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité, on va égrainer les axes de réflexion suggérés par le postulat de base, histoire d’être tranquille avant de parler de cinéma, et uniquement de cinéma.

Fiche de renseignements :

  • Non, le film de Peter Jackson n’est pas fidèle à 100 % au livre. Il y a beaucoup de libertés, il y a même des hérésies, des relations bizarres entre une Elfe et un Nain, de emprunts à des oeuvres annexes.

  • Suprême trahison de l’oeuvre, il y a même des personnages issus d’autres bouquins, comme Galadriel par exemple, absente du roman original, qui sont dans le film. Pire encore, Peter Jackson, son acolyte de toujours Fran Walsh et le décidément cinglé Guillermo Del Toro ont même inventé des personnages pour le cinéma, comme la démesurément belle Thauriel, l’Elfe rousse.

  • Effectivement, faire 3 films de 2h30 d’après un roman de 250 pages à tout casser, ça peut sembler beaucoup quand le même réalisateur avait résumé les 1000 et quelques pages du Seigneur des Anneaux sur sensiblement la même durée. Ce qui n’empêchera les sceptiques de dire qu’il manque plein de trucs, et les autres (et parfois les mêmes) de mentionner que le remplissage ne sert qu’à allonger les films pour en faire de grandes oeuvres épiques et mercantiles.

Une fois qu’on a intégré ça, on peut attaquer…

Nous sommes dans un cas de figure intéressant. Tolkien et Jackson partagent une caractéristique essentielle quand on est artiste : ils ont des fans hardcore, et des haters tout aussi hardcores. Le problème, c’est que les fans du premier ne sont pas toujours des fans du second, et c’est même chez les fans de Tolkien que Peter Jackson trouve ses plus hostiles détracteurs. Comme s’il avait, depuis plus de dix ans maintenant, pris un malin plaisir à blasphémer les livres mythiques de l’incarnation absolue de l’Héroic-Fantasy, celui par qui tout a commencé, celui qui a créé les univers les plus complexes, les plus fouillés, et les plus copiés par la suite.

Or il se trouve que Peter Jackson est avant tout un faiseur de films. Et sur ce terrain-là, il a prouvé qu’il savait faire. Même des dingues de la pelloche comme Ridley Scott ont frôlé le ridicule avec leurs tentatives Heroic-Fantasy (« Kingdom of Heaven »), tant il était difficile après la claque Lord of The Rings de proposer ce genre de films sans se faire déglinguer. Et pourtant c’était pas si mal, Kingdom of Heaven… Ce qu’il avait réussi avec sa première trilogie, il l’a reproduit avec la seconde, en ayant d’autres problèmes à gérer, liés à l’histoire plutôt qu’au reste. Disons qu’avoir un personnage comme Aragorn, pour réaliser une fresque cinématographique, c’est quand même plus sympa que Thorin. Parce qu’il est plus charismatique, plus intransigeant, plus puissant, plus fédérateur, et plus solide moralement. Les héros du Hobbit sont peut-être moins intéressants, mais ils ont d’autres qualités, comme le nombre (les différents peuples sont plus présents en tant que tel, les factions ont plus d’importance que dans « Le Seigneur… »).

A la limite, évoquer l’histoire de ce troisième volet est pratiquement inutile, puisque d’une part les 3/4 d’entre vous la connaissent, et les autres vont prendre énormément de plaisir à suivre le dénouement de cette nouvelle trilogie qui s’avère être un grand moment de cinéma d’entertainment. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous allez y voir un dragon dévaster un village et faire passer « Game of Thrones » pour une série allemande des années 80. Vous allez y voir tellement de moments de bravoure que vous songerez un instant qu’une existence sans combattre pour sa vie est une existence ratée. Vous allez y voir tellement de belles images que vous allez peut-être vouloir transformer votre salon, votre jardin, ou mettre des crocodiles dans votre piscine. Vous allez indubitablement vous éclater pendant 2h24. Après, votre capacité à vous divertir simplement dépend de vous. C’est comme un premier rendez-vous avec une fille. Vous savez qu’elle est jolie, vous savez qu’elle est brillante, vous savez qu’elle est gentille et qu’elle adore les balades à la campagne, l’aviron, la bouffe asiatique et les livres d’Harlan Coben, tout comme vous. Vous savez qu’elle apprécie votre sens du partage, votre humour et que même si elle aime bien les grands baraqués, elle n’a rien contre votre carrure de rat musqué et vos avant-bras de skieur de fond. Enfin, vous savez que même si elle n’a jamais eu l’intention de vous empêcher de suivre la Ligue 1, elle déteste qu’on lui parle de football. Alors ce PSG – OM, libre à vous de le laisser dans le vestiaire de votre âme et de profiter d’un bon moment avec elle, ou de la faire chier. Même en 3D, si vous voulez.

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