whiplash

Le jazz, c’est violent de l’apprendre, dur de le jouer, ardu à comprendre, et parfois même difficile à apprécier quand il n’hésite plus à être hyper exigeant. Pour engouffrer ses spectateurs dans une odyssée de la souffrance mentale et physique dédiée à l’apprentissage de ce maudit jazz, Damien Chazelle a choisi un vecteur tout désigné pour en baver : un batteur. De la simple histoire d’un jeune percussionniste persécuté par un prof dans une école de jazz, le jeune réalisateur au nom français (mais à la nationalité américaine) a pondu une oeuvre cinématographique majeure, qui recale la grande majorité des films du même acabit à mille lieues de son intensité musicale et dramatique. « Whiplash », c’est le film que tous les batteurs du monde voulaient voir, et l’histoire qu’aucun d’entre eux ne voudrait vivre. Quant aux autres, que je connais moins bien puisque contrairement aux premiers je n’en fais pas partie, ils vont découvrir un maëlstrom de haine contenue comme rarement le cinéma en a proposé. On dirait que ça fait beaucoup pour un seul film, et pourtant, les mots manquent.

Andrew, 19 ans, pas de meuf et pas d’amis

Whiplash raconte l’histoire d’Andrew, un jeune de 19 ans débarqué à Manhattan dans l’école Shaffer, l’une des plus rudes et réputées écoles de musique du pays. Il y affronte chaque jour une horde de concurrents, batteurs comme lui, excellents comme ils doivent l’être pour faire partie du roster, et aussi déterminés que lui à réussir. Leur but à tous, c’est d’intégrer l’orchestre de l’école géré par un certain Terence Fletcher (J.K. Simmons, pour une fois sans les frères Coen), chef d’orchestre et musicien talentueux, reconnu, mais très autoritaire, qui a pour habitude de littéralement martyriser ses ouailles. Avec Andrew, ce bon Fletcher ira encore plus loin qu’avec les autres. Parce qu’il perçoit chez lui une once de talent supplémentaire, ou parce qu’il a simplement envie de le fracasser encore plus que tous ses camarades ? C’est là que se situe le noeud de l’intrigue, et tout le sel de ce film initiatique particulièrement prenant. Ah, et Andrew n’a pas de meuf, et quand il en trouve une, c’est compliqué… C’est l’autre noeud de l’intrigue, ça !

De la musique et du sang

Musicalement ça vole très haut, évidemment, puisque c’est le coeur du débat qui unit Andrew, Fletcher, et l’école qui tient à elle seule une grande place dans le film (un peu comme Marseille dans « La French », la salle de musique se mue fréquemment en huis-clos très oppressant). Sans rien dévoiler de ce qui va se passer, tout ce qu’on peut vous dire, c’est que vous verrez de grands moments de bravoure derrière la batterie, avec un Andrew qui va se transformer en combattant de l’extrême, se mettre en sang derrière son instrument, et donner tout ce qu’il a au-delà du raisonnable. Tout est intense, tout le temps, et surtout les confrontations élève/chef d’orchestre, qui vont mettre en exergue ce que les humains ont de plus beau et de plus sordide à la fois : pugnacité, tyrannie, servilité, domination, perversion, sournoiserie, rancune, et talent. Quand au momentum de la fin, accrochez-vous, c’est presque aussi beau qu’un Rocky. Allez, ça sort aujourd’hui, tous au cinéma avant de vous gaver de trucs immoraux ce soir !

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