Rarement un film aura nécessité tant de moyens, en dollars constants, en ressources humaines, en spécialistes en tous genres, que la version 1956 des « Dix Commandements » de Cecil B. De Mille. Si vous suivez de près l’actualité cinématographique, vous êtes sans doute au courant que va sortir le 24 décembre un certain « Exodus », nouveau péplum biblique de Ridley Scott, avec Christian Bale dans la toge de Moïse, le libérateur juif qui a conduit son peuple à travers le désert pour fuir le joug de Ramsès II. Mais si vous n’avez pas connu les années 50, si vous n’avez pas d’inclination particulière pour les grands classiques du cinéma de studio américain, et si vous n’avez jamais osé affronter les 3h39 de la grande fresque qui a consacré Charlton Heston (avant « La planète des singes » et « Ben-Hur »), alors vous êtes passés à côté d’un monument absolu du 7e art, d’un film qui a jeté les bases du cinéma d’aventure à échelle…démesurée.

10 000 figurants, 219 minutes, un chauve magnifique et des effets spéciaux consacrés

Cecil B. DeMille avait déjà, en 1923, tenté une version de son péplum biblique. On est à l’époque du cinéma muet, Charlton Heston n’a pas encore prononcé ses premiers mots, et c’est un certain Theodore Roberts qui incarne Moïse. D’une durée déjà folle pour l’époque avec ses 2h16, le film ne satisfait pas le réalisateur à 100 %. Alors, quand il comprend que les moyens d’Hollywood peuvent lui permettre de donner un corps plus crédible à son récit, il rempile en 1956 pour un remake de son propre film. En haut de l’affiche, Charlton Heston face à Yul Brynner, un acteur fraîchement consacré par son rôle du roi de Siam dans la version cinématographique de la comédie musicale « Le Roi et Moi », qu’il a jouée à Broadway plus de 4000 fois. Le crâne rasé, le muscle saillant (développé en salle pour être certain de ne pas faire pâle figure face à Charlton Heston, qui plus est le « gentil » du film), Brynner va donner à Ramsès II l’image parfaite d’un tyran aux traits lisses, impitoyable et surpuissant.

Malgré son succès critique et sa réussite artistique quasiment sans précédent (avec autant de moyens utilisés, notamment les 10 000 figurants, soit quatre fois plus qu’en 1923), le film ne recueillera qu’un seul Oscar, celui des meilleurs effets spéciaux, sans doute grâce à la scène où Moïse ouvre la Mer Rouge. Avec ses codes repris par les plus grands cinéastes entertainers du XXe et du début du XXIe siècle, Peter Jackson et donc Ridley Scott en tête, « Les Dix Commandements » a marqué le cinéma de son empreinte indélébile. L’héritier Scott fera-t-il mieux que son prédécesseur ? Pas sûr, surtout que celui-ci s’y était repris à deux fois.

 

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