Le maire de Roquebrune -sur-Argens Luc Jousse a fait couler beaucoup d’encre depuis sa réélection en mars dernier. Controversé, mis à mal par des affaires de détournements de fonds et de propos injurieux envers les Roms, contesté par une opposition plus présente que jamais, ses aventures judiciaires ont largement défrayé la chronique, jusqu’au dénouement des deux affaires dans lesquelles il est impliqué. Condamné les deux fois, à des peines d’inéligibilité et à des amendes ( un an et 10 000 euros pour les propos injurieux, 5 ans et 20 000 euros pour l’affaire des cartes d’essence), il traverse l’un des moments les moins agréables de sa carrière politique. Renvoyées en appel, les deux affaires seront rejugées plus tard, ce qui permet à Luc Jousse de continuer d’exercer sa fonction. La justice a rendu un premier verdict, ses opposants sont dans leur rôle et continuent de l’accabler. Mais lui, il dit quoi ? Bah Alors ? est allé poser quelques questions au principal intéressé, avec une idée derrière la tête : vous livrer une interview cash, qui donne la parole à un homme qui juge que jusqu’ici, on ne l’a pas bien écouté. Et on voulait savoir ce qu’il avait à raconter.

 

Vous êtes sous le feu des projecteurs depuis maintenant plus d’un an. En dehors de toute considération politique, comment vous, Luc Jousse, l’homme, vous vous sentez ?
Moi je suis tout à fait serein et confiant, mais aussi plus combatif que jamais. Vous savez j’ai déjà plus de 20 ans de mandat, 14 ans de maire. S’il arrive quelque chose mon premier adjoint est tout à fait apte à me suppléer.

Comment on s’y prend, quand toutes ces décisions de justice vous tombent dessus, pour administrer la ville le plus sereinement possible ?
D’abord toutes ces décisions sont suspendues. Et comme j’ai du mal à m’exprimer devant les instances de justice puisqu’on me refuse un report lorsque je suis absent, j’irai devant les cours d’appel, en cassation, devant la cour européenne de justice, j’épuiserai tous les recours pour prouver ma bonne foi. Car à la fois, je prétends que jamais je n’ai détourné un euro d’argent public, pour autant comme le jugement est suspendu je n’ai pas envie de faire trop de commentaires sur ce sujet-là. Je les réserve à mes conseils, j’ai d’excellents avocats qui iront plaider tout ça devant la cour d’appel.

Vous êtes impliqué dans deux affaires disctinctes, l’une concernant des propos sur les Roms, l’autre concernant un détournement de fonds publics. Vous avez été condamné dans les deux, puis fait appel dans les deux. Est ce que vous pensez que le public fait un amalgame de ces deux affaires ?
Je ne pense pas. Dans la première affaire, celle de détournements de fonds public présumé, je pense que la population se souvient que je suis le premier maire depuis les années 70 à ne pas avoir de chauffeur. Je pense que les gens se souviennent, puisque je l’ai rappelé devant eux, que M. le Trésorier Payeur du Muy m’a transmis une attestation comme quoi en 13 ans, je ne me suis jamais fait rembourser le moindre taxi, le moindre restaurant, le moindre parking. Alors que nous avons droit, c’est la loi qui le dit, à 15 000 euros de remboursements annuels. Imaginez ce que j’ai fait économiser à la ville. Je pense que les gens de Roquebrune ont lu le rapport de la
cour des comptes, et qu’ils ont bien analysé qu’à l’inverse des mensonges colportés par une association de contribuables, le budget de fonctionnement de la ville a bien baissé sur 5 ans de 12 %, et de 8 % si on intègre le passage à l’agglomération. Et je pense aussi qu’ils se souviennent que pendant longtemps je n’ai pas eu de voiture de service, et que je préférais utiliser mes voitures personnelles. Je sais aussi que les gens savent que maintenant, quand je me déplace sur Paris, je respecte la loi à la lettre, on m’amène à l’aéroport, je prends un avion, je loue une berline, et tout ça même si c’est plus cher que ce que je faisais avant et que je trouve ça complètement absurde. Et pour finir, je pense qu’ils sont confiants quand au fait que j’arriverai à prouver que les 5 déplacements qu’on me reproche sont tous liés à ma fonction de maire, certainement pas à des raisons personnelles. Je ne suis quand même pas assez stupide pour utiliser une carte à puces pour partir en vacances.

Pour l’affaire concernant les cartes d’essence, vous disiez à la presse cet été que la justice ne vous avait pas laissé vous expliquer. Est-ce que vous pouvez développer votre idée ?

Je n’ai pas bénéficié d’une instruction classique. Il n’y en a même pas eu du tout. La seule fois que l’on m’a posé des questions sur cette histoire j’étais en garde à vue, et par essence, en garde à vue, on n’a pas le droit d’appeler son bureau pour demander l’emploi du temps, et pour savoir ce que je faisais le jeudi 10 janvier à 14h, en 2010. Vous imaginez bien qu’avec l’activité qui est la mienne, je n’en avais aucune idée. Je pensais qu’il y aurait une instruction normale, et qu’étant convoqué par la justice en citation directe, ce qui est un mode de fonctionnement assez rare visiblement, postérieurement à l’achat de mes billets d’avion pour aller voir mes enfants au Canada, je bénéficierais d’un report. Je note que les Roms, lorsqu’ils ont contre eux un jugement d’expulsion, le juge leur accorde trois mois de report concernant l’application de la décision. Que des Roms, étrangers, en situation irrégulière ne bénéficient pas des mêmes droits que des Français qui sont maires, je trouve que c’est de l’injustice, et ça me révolte.

Sur les propos concernant les Roms, l’UMP vous a t’elle soutenu autant que vous le pensiez ?

Certains membres, oui. Des gens comme M.Fillon, Luc Chatel, un ami comme NicolasDupont-Aignan, ont fait en sorte que je sois réintégré avec mes pleins droits au sein de l’UMP. Il est vrai que M. Coppé, ou M. Vitel dans le Var, ne se sont pas très bien comportés. Mais M.Coppé je lui pardonne, il est aujourd’hui bien plus embêté que moi. Mais ce n’est pas devant l’UMP que je dois rendre des comptes, c’est devant ma population. Qu’est ce que j’essayais de faire ? De désamorcer une situation complexe dans une réunion de quartier, par de l’humour, qu’on n’apprécie ou pas en tous cas ce soir ça avait fait rire. C’était un mot qui m’avait été glissé par un de mes concitoyens que j’ai répétés. Et à partir du moment où les voisins scandalisés par la non-application de la décision de justice, cette situation risquait de déraper, presque en milice. J’ai voulu désamorcer ça par de l’humour, et sur le coup, j’ai réussi ! Ce que je note, c’est que lorsque Gaspard Proust sur Canal + dit devant Edwy Plénel (patron de « Médiapart », l’organe de presse qui avait relayé les propos de Luc Jousse à propos des Roms, ndlr) qu’au moins «y aura pas d’attentat islamiste dans le métro à Paris, parce que si les terroristes laissent traîner une valise les Roms l’auront volée avant qu’elle explose», ça fait rire tout le monde. Pourtant on accuse les islamistes d’être des terroristes, et les Roms d’être des voleurs. Quand c’est un éditorialiste, ça passe, quand c’est un maire ça ne passe pas. J’aimerais retenir une phrase du procureur de la république Eric de Montgolfier, qui est contre les sanctions sur la liberté de parole, de la presse et de ton, et qui dit qu’à force de sanctionner, voire de punir, on fabrique des martyrs. C’est mon sentiment, vous n’imaginez pas le nombre de soutiens que j’ai reçus dans cette histoire. Ils étaient contents que je dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Oui les Roms sont un scandale, , oui il y a une différence de traîtement face aux décisions de justice. Nous les maires, on ne peut pas refuser un mariage à un sans-papiers en situation irrégulière. Essayez de vous marier, vous, sans papier, je ne peux pas le faire. Je voulais dire ça, je l’ai fait à ma façon. Je suis très serein, toutes les jurisprudences existent, et mon avocat saura plaider ma liberté de parole.
Est-ce que vous pensez qu’on en demande trop, sur le plan moral et éthique, aux hommes politiques ?
Oui, parce que je pense qu’on peut rire de tout, de nous, des blondes, du pape, et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas rire de certaines catégories sociales. Nous on doit faire attention à tout, parce qu’on peut en plus être enregistrés à notre insu avec n’importe quoi. Je crois qu’on est tombés dans l’excès, comme aux USA on fait des procès partout. Je regrette la France des Lumières et sa liberté de ton !
Vos adversaires aux dernières municipales ont fait appel de l’élection, qui s’est jouée à très peu de voix. Où est-ce qu’on en est ?
Ils essayent de la gagner de la gagner sur tapis vert, le recours a été rejeté par le tribunal administratif de Toulon, ils sont condamnés à 6 ans d’opposition.

Est-ce que tout ce qui se passe en ce moment autour de vous vous fait regretter d’être l’homme que vous êtes, avec cette personnalité qui dérange ?
Je pense justement que c’est ce maire atypique qui a séduit la population et qui peut avoir une chance de faire en sorte que les politiques ne soient plus systématiquement critiqués par les Français. Je peux comprendre que les politiques soient rejetés en masse. La politique j’essaie de la faire autrement pour ne pas avoir un jour à m’expliquer devant mes petits-enfants, qui me diraient «cette France que tu nous laisses on n’en veut pas». Je le fais avec le coeur et la passion.

Ces moments difficiles vous ont-ils permis de faire le tri dans vos relations, comme c’est souvent le cas ?
Oui parce que c’est dans ces moments-là qu’on sait où sont ses vrais amis. Mais bon…ce ne sont pas des moments insurmontables, c’est la vie d’un maire, j’ai déjà été mis en examen deux fois, y a rien de grave non plus. Je connais les enjeux, les difficultés, la rudesse du combat politique qui tient plus des bas-fonds que d’un niveau intellectuel élevé. Mes amis étaient très fidèles, loyaux, et ils le sont restés. Mon équipe est très ancienne, maintenant, j’ai toujours les mêmes membres de cabinet, le même directeur général des services, le même premier adjoint.

Vos droits civiques sont en jeu dans les deux affaires, actuellement en appel suspensif. Si les condamnations sont confirmées, que devient la Mairie ? Vous y pensez ?
Le temps de faire fonctionner tous les recours, dans la première affaire où j’aurais détourné 380 euros TTC, ça peut durer un certain temps. Et si ça ne va pas, ce sera Jean-Paul Ollivier qui prendra ma suite. Je n’attendrai pas d’être déchu par un préfet, il y a d’autres moyens de faire de la politique.

Vous n’avez pas encore 60 ans, pour un homme politique c’est jeune. C’est dangereux, ce genre de contexte, pour l’avenir politique? Vos perspectives ont-elles changé ?
Non, parce que je ne suis pas un politique professionnel. Je pourrais reprendre mon activité libérale ou me concentrer sur d’autres choses que je fais déjà. Je suis l’un des rares membres de l’UMP à être contre le cumul des mandats. Mon seul objectif cest de bien gérer ma commune, avec la rigueur qui s’impose ces temps-ci, sans trop toucher à l’économie locale. Je ne me présenterai donc pas aux élections du conseil général, parce que je trouve absurde le mille-feuilles administratif, donc j’irai au bout de mes idées.

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