En ce lendemain des fêtes de Noël, à la rédaction, nous nous sommes posé quelques questions existentielles. Car il se trouve que la moitié de l’équipe fête Noël et l’autre pas, question de culture, et de religion. Pourtant, personne ne prie, dans nos bureaux. Mais tout le monde n’est pas comme nous, et nous avons voulu nous intéresser à ceux qui vivent leur foi pleinement. Lorsque nous avons poussé les portes de la cathédrale de Fréjus, nous y avons découvert une information que nous ignorions : l’archi-prêtre qui officie en ses murs est tout nouveau, fraîchement débarqué de Toulon depuis moins de trois mois.  Le père Guy Casseron a accepté notre demande d’interview, pour faire le point avec nous sur la place de la chrétienté dans le monde, mais aussi sur le territoire local. C’est la première étape de notre périple métaphysique, qui nous amènera très bientôt à nous entretenir avec d’autres représentants, issus d’autres cultures, du Très-Haut sur Terre. Une histoire en plusieurs actes.

Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur la nature exacte de la cathédrale dans laquelle nous sommes ? Hiérarchiquement, où on se situe ?

La Cathédrale, dans un diocèse, c’est le siège de l’évêque. C’est là qu’il réside, c’est là qu’il prend ses décisions et prend ses décisions. Dans notre diocèse c’est particulier, il y a deux cathédrales, une ici et une à Toulon. Pendant très longtemps l’évêque résidait ici, et depuis 1958 il a quitté la ville de Fréjus pour Toulon.

Vous êtes archi-prêtre, où est-ce que ça se situe dans l’organigramme du clergé ?
Le titre d’archi-prêtre est donné au curé de la cathédrale. C’est quelqu’un qui a été nommé par l’évêque pour prendre la responsabilité de la paroisse de la cathédrale, en l’occurrence Fréjus.
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Vous venez de Toulon,où vous étiez aux côtés de l’évêque. Pourquoi vous avoir désigné pour venir ici ?
J’ai été curé de la cathédrale de Toulon pendant 9 ans. Faisant partie du conseil épiscopal et du conseil de l’évêque, celui-ci m’a demandé de venir ici. Normalement, tout prêtre est nommé pour six ans, j’avais fait 9 ans à la cathédrale de Toulon. Ici il y avait besoin de quelqu’un, c’est à moi qu’on a demandé. J’ai accepté.
En dehors de la messe, des mariages et des enterrements, de quoi sont faites les journées de l’archi-prêtre de Fréjus ?
La plupart du temps on a un agenda bien complet, du matin jusqu’au soir. Il y a évidemment tout ce que vous venez de souligner, les baptêmes, mariages, obsèques, mais aussi les visites à l’hôpital, aux personnes seules. Et puis en tant que prêtre, il y a du temps consacré à la prière. Je ne peux pas donner aux autres si je ne reçois pas de Dieu, dans la prière et dans la raison.
Nous sommes en 2014, les traditions catholiques ne sont plus au centre des préoccupations comme ça pouvait être le cas avant. Vous qui êtes un homme d’église, comment vous l’expliquez ?
En Provence, je crois que la dimension traditionnelle locale maintient un peu cette dimension religieuse. Même si elle tourne beaucoup aujourd’hui autour du folklore, ce qui est par exemple au centre des fêtes de Noël c’est quand même la nativité.  C’est Jésus qui sera présent au milieu de nous. Mais c’est vrai qu’il y a aussi beaucoup de folklore, et en l’occurrence, pour Noël, beaucoup de consommation. On est dans un monde où il est dit sans cesse qu’il faut se restreindre sur beaucoup de choses, mais la période de Noël est quand même un moment où on se lâche. Ce qu’il faut, pour nous chrétiens, c’est remettre au centre de ces fêtes la nativité de Jésus.
Il y a aussi les traditions et coutumes que l’on suit sans trop savoir d’où elles viennent, et qui sont purement héritées du catholicisme.
On dit qu’on est en 2014, mais c’est en 2014 « après Jésus-Christ ». Le point central de la vie chrétienne, c’est que tout commence avec la venue du Christ, il y a 2014 ans.
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Comment avez-vous « rencontré » Dieu ?
Ma rencontre avec Dieu, elle remonte à ma naissance, mon plus jeune âge.  Je suis né dans une famille chrétienne, pas forcément très pratiquante, mais j’ai toujours vu ma mère prier. Cette foi je l’ai reçue dès ma naissance, elle a grandi à travers les années, les rencontres que j’ai pu faire, les hommes d’église que j’ai eu la chance de rencontrer, surtout.
Est-ce qu’un homme d’église peut vivre exactement comme tout le monde, en 2014 ?
Je pense que ma vie est la même que celle des autres. Si je veux vivre ma vie de foi, il y a simplement des choses que je dois m’interdire de faire. Il faut que je me préserve, personnellement, des points de chutes, des moments difficiles à vivre, du doute. Des tentations de ce monde, et dieu sait s’il y en a beaucoup. Et même si je vis dans ce monde, il faut que j’essaye de vivre ma vie de foi en accord avec la religion catholique. La foi, on la reçoit le jour de son baptême, elle grandit, on l’entretient, mais il y a bien sûr des moments de doute, tout le monde y est sujet. Ce sont des moments difficiles.
Est-ce qu’on peut parler de votre statut ? Qui vous paye, combien, est-ce qu’on peut vous demander ça ?
Le prêtre, aujourd’hui, gagne le Smic. Ce salaire nous permet de vivre et on ne manque de rien. Il y a aussi des personnes qui sont très généreuses, et qui nous aident vraiment au quotidien. Le salaire est versé par l’évêché, en fonction de ce qu’on appelle le denier du culte.
Qui sont les fidèles de la cathédrale ? Vous voyez toujours les mêmes gens ?
Une cathédrale, c’est un lieu de passage. Surtout dans une ville comme Fréjus qui est très touristique. Mais en ce qui concerne les Fréjusiens, ils sont très fidèles. Depuis deux mois que je suis là, je reconnais toujours les mêmes personnes, avec qui des liens se créent. Quand je donne la messe je vois souvent des visages que je reconnais.
Est-ce que c’est compliqué, pour l’église, de renouveler l’effectif des hommes comme vous ?
Je crois qu’à l’heure actuelle, beaucoup de jeunes se posent des questions. Notre séminaire à Toulon regroupe actuellement une soixantaine de jeunes, qui ont reçu la vocation plus ou moins tôt, en fonction de leurs étapes de vie, de leurs études, des rencontres. Avec les Journées Mondiales de la Jeunesse, les divers papes ont réussi à motiver bon nombre de jeunes à s’intéresser à la carrière de prêtre.
Vous l’envisagez comment, l’église catholique de demain ?
Je la vois très belle. Beaucoup de jeunes à l’heure actuelle sont prêts à tout donner. L’église de demain, elle ne repose ni sur moi ni sur les hommes, elle repose sur Jésus-Christ.
On lit souvent que le pape François est un très bon pape, avant-gardiste et moderne. C’est votre avis ?
Oui, c’est le pape qu’il nous fallait pour le temps que nous vivons. Il était le bon pour répondre à certaines problématiques, et à la lumière des événements récents, on constate qu’il a pris de bonnes décisions.
Il a rouvert le débat sur le mariage des prêtres, qui selon lui n’est pas un dogme. Vous pensez qu’il est temps de s’y pencher sérieusement, ou ce serait trahir un fondement essentiel de la tradition catholique ?
Alors ça, ça le regarde, moi je ne sais pas.
Le monde est quelque peu malade, entre la crise financière, les guerres, les luttes de pouvoir. La religion, dans son ensemble, a-t’elle un rôle à jouer là-dedans ?
Je crois que son rôle depuis toujours, c’est de mettre la paix là où il y a la guerre, et d’éviter les conflits et les divisions qui peuvent régner. Dans notre monde, la religion catholique doit apporter la paix et l’entente entre les peuples.
Est-ce que vous comprenez qu’on puisse encore, en 2014, se faire la guerre pour une histoire de religion ?
Les hommes restent des hommes. On aura toujours des différends les uns avec les autres, le monde , jusqu’à la fin, connaîtra des tensions. C’est ainsi.
Vous êtes vous déjà senti enfermé dans un carcan, de par votre foi et votre position ? Est-ce qu’au fond, vous êtes un homme complètement libre ?
La foi n’est pas un carcan, au contraire. Moi je me sens très libre, je peux la vivre pleinement, la partager et la pratiquer dans le ministère qui m’est confié. Aucun problème.

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