Ha les joies de l’hiver, les week-ends enrhumés qui nous font rester à la maison. Ces week-ends où nous tentons de regarder des émissions télé pour éviter de regarder pour la millième fois Pulp Fiction. L’hiver, la saison où les chaînes TV mettent les petits plats dans les grands. Animateurs vedettes, soirées gros budget, concepts les plus vus, les plus commentés, les plus attendus. Chez Bah Alors ? Le samedi on est pas du genre à mater le petit écran, mais parfois, quand on n’a rien à faire, on ose. Et samedi dernier c’était The Voice.

Pluies de tweets et Eurovision.

En gros le titre plus haut résume la soirée. Ça commence par Nikos – l’animateur autant exploité qu’un micro par un chanteur – qui nous explique que The Voice 4, c’est les plus belles voix pré-sélectionnées par la boîte de production, sélectionnées par un jury de « talents » : Mika, Zazie, Jennifer et Florent Pagny (qui a déjà une particularité : celle d’avoir un nom ET un prénom, c’est le seul !). Et sur l’écran en bas à gauche commence le défilé de hashtags. Vous savez, ces mots collés entre eux avec un # avant pour faire des rubriques sur Twitter, bah à TF1 on sait l’user : #TheVoice quand on sait pas quoi twitter, #Zazie si le candidat la choisit, #elegance quand une candidate se pointe avec la dernière collection la Redoute, ou encore #broadway quand une candidate chante une chanson de comédie musicale (le mot « Broadway » d’ailleurs n’est dit par personne sur le plateau…). Ridicule mais pas tellement, parce que ça fonctionne, sur Twitter on ne voit que ça…

Alors le principe de l’émission n’est plus à expliquer : le jury est dos à la scène, le candidat chante et si un membre du jury aime, il appuie sur un buzzer pour se retourner, et le candidat continue la « compétition ». Des fois, souvent, ils sont plusieurs à se retourner. Et c’est là que ça devient marrant. Sous leurs sièges il est écrit « je vous veux ». Moi je me suis marré à chaque fois qu’un mec a chanté et que Jennifer se retournait : le « je vous veux » prend tout son sens. En général, un candidat passe deux longues minutes sur le plateau à essayer d’être original en chantant un morceaux de David Guetta – parce que oui, ça se chante il paraît. Gros plan sur Mika, Zazie et les autres qui sont tellement concentrés sur la voix qu’on dirait des octogénaires durs de la feuille : ça plisse les yeux, ça colle sa main sur l’oreille mais surtout, on perçoit l’Actor’s Studio en eux. Mika joue les chefs d’orchestre quand il aime, Jennifer place sa main au dessus du buzzer en se demandant si elle ne devrait pas lire la notice avant d’appuyer, Florent Pagny est à l’opéra… Ridicule. Et boum, buzzer d’un membre ou deux ou 4. Et là surprise : la voix de fille qu’on entendait c’était en fait le vendeur de chez H&M mais rayon femme, celle qui chantait ABBA c’était vraiment une vieille, et celle qui a une voix somme toute normale en fait c’était une meuf normale.

Étonnement du jury qui du coup n’écoute plus la chanson (parce que finalement une fois qu’on a vu la tronche du candidat on s’en fout un peu de la suite) et là Jennifer regarde Zazie en lui disant de buzzer parce que c’est pour elle, ce genre de candidat. Le tout en mime bien sûr, histoire de ne pas déranger le mec qui se casse la nénette à chanter du Avicci en acoustique en espérant que sa vie va changer. Alors quand le candidat réussit à faire buzzer le jury, ça chiale, ça crie, ça rie bêtement mais surtout c’est le début du débat. Le moment le plus drôle : celui où les stars expliquent au candidat pourquoi ils l’ont choisi ou non. Ça commence souvent par Mika qui démarre son discours par « tu as quel âge ? » ou « tu viens d’où ». Toi aussi quand tu veux dire à quelqu’un que ce qu’il fait c’est de la merde tu dois lui poser ces questions : c’est important pour le champ lexical que tu vas choisir. Puis Jennifer qui appuie en gros 3 fois sur 4 qui dit : « ta voix est super, elle est formidable, il y a de l’aigu, il y a du grave, c’est juste, mais pas trop donc rejoins ma bande et je vais te donner des cours. » Chère Jennifer, ton école a été la Star Academy, Nikos c’est un peu ton père et Armande Altaï t’as expliqué la différence entre un aigu et un grave… c’est pas parce que t’as vendu trop d’album pour ton talent dans les années 2000 que tu vas expliquer la vie à un mec qui apparemment fait plus de vues que toi sur Youtube. Surtout qu’on sait très bien que tu es comme les téléspectateurs, que The Voice, passé le prime-time, tu t’en tapes.

Chacun son ego-trip

Zazie, un peu laissée pour compte, s’essaie aux métaphores un peu comme dans ses chansons, mais plus spontanées donc pas top. Et Florent Pagny, mon préféré : lui c’est simple, il valide les candidats qui ont de la voix. Pas pour de faire de la pop mais plutôt du classique. Alors il dit en se caressant les cheveux : « toi t’as une voix avec du trémolo, je te veux dans mon équipe ». Trémolo, un terme que malheureusement on n’explique pas aux téléspectateurs les plus assidus. Florent Pagny c’est un peu le prof de musique qui a raté sa vocation et qui ose quand même faire des blagues (comprises seulement par des élèves en musicologie). Le tout en répondant à Mika qui s’étonne de la venue de certains candidats : « non mais quand tu as une voix comme celle-là, tu fais The voice t’as pas le choix » en rigolant de ses propres vannes, un peu comme Laurent Ruquier mais en moins drôle, et ça, faut le faire.

Bon allez, on va vous expliquer pourquoi Eurovision : pour la quatrième édition de The Voice, comme la boîte de production a fait le tour de ce qu’on pouvait faire en France, la place est faite aux artistes internationaux. Un Albanais qui ressemble à Freddie Mercury, une star libanaise, une joueuse de koto en kimono, une Italienne sortie de West Side Story… Le tout saupoudré d’anciennes candidates de Graine de Star ou de The Voice Kid, des jeunes joueurs de guitare…

En conclusion, The Voice, ce n’est pas un télé-crochet, le concept tombe à l’eau dès que les auditions sont terminées, il n’y a aucune surprise quant aux choix des sélectionnés, et ça dure une éternité (de 20h50 à 00h25). Nous on a lâché l’affaire plus tôt parce qu’on a vite compris que ça n’a aucun intérêt, ni artistique, ni médiatique. Je me suis mouché, et je me suis mis au lit en regardant Pulp Fiction parce que finalement, tenter l’originalité c’est vraiment pour les nuls.

 

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