Il est celui qui a fait condamner Bernard Tapie dans le cadre de l’affaire OM-VA dans les années 90. Il est celui qui le premier a ouvert les micros pour s’exprimer devant la presse lors des instructions. Eric De Montgolfier, l’ancien procureur de Nice, n’est pas un magistrat comme les autres. Retiré des affaires depuis peu, il s’est mué en auteur, défenseur des opprimés et de la liberté d’expression. Celui que jamais personne n’a réussi à faire taire, qui s’est attaqué aux Francs-Maçons, qui n’a jamais flanché devant les puissants, est aujourd’hui un conférencier reconnu, professeur social qui véhicule la bonne parole à un public dont il connaît les opinions en matière de justice. Avant d’aller expliquer pourquoi la justice ne doit pas forcément aller plus vite, avant d’aller raconter de savoureuses anecdotes de cours d’assises (oui c’est possible), Eric de Montgolfier était à Charlemagne rue Jean Jaurès pour dédicacer son dernier ouvrage, « Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons », un bouquin qui pointe du doigt les inégalités des hommes face aux institutions, à la justice, et même à la vie en général. Mais vous vous en doutez, on ne pouvait pas parler que de ça.

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Vous êtes retiré des affaires maintenant et vous avez fini par vous adonner à l’écriture. C’est surprenant, pour vous, ou pas, d’en être venu à écrire des livres ?

Le premier est sorti en 2006, et ce sont les éditeurs qui voyant le profit qu’ils pourraient en tirer, me l’avaient proposé. Ils m’ont un peu assailli, j’en ai rencontré quelques-uns, ça a duré deux ou trois ans. Ecrire n’était pas mon idée au départ, mais j’aime bien ça et j’y ai pris du plaisir. Quand le premier est sorti, l’éditeur s’est précipité pour commander le second. J’ai mis 8 ans !

Le premier est sorti alors que vous exerciez encore…

On se fait de la liberté d’expression aujourd’hui une idée assez curieuse, autour de ce qu’on appelle l’obligation de réserve. Une petite anecdote m’a beaucoup distrait il y a quelques année, ça se passait à Saint-Raphaël, on m’avait accueilli par la municipalité, chaleureusement. J’ai dit ce que j’avais à dire, et on m’a dit, beaucoup moins chaleureusement, que je ne l’étais pas tenu à cette fameuse obligation de réserve. C’était pour le coup : « tu dis juste ce que j’ai envie de t’entendre dire devant les gens » »!

C’était d’autant plus compliqué pour vous puisqu’en tant que procureur de la république, c’est vous qui deviez parler devant la presse lors des points sur es affaires en cours

En fait ça a commencé durant l’affaire VA-OM, avant on n parlait pas. Mais je ne pouvais pas rester sans réponses quand j’ai compris que la justice se faisait attaquer, j’ai commencé à répondre, et les pouvoirs publics se sont émus à commencer par le président de la république François Mittérand. C’est compliqué comme exercice parce que si jamais on se précipite, ça peut faire des dégâts. Je pense à ce procureur qui en parlant trop vite a déclaré la culpabilité d’un individu suspecté de pédo-criminalité, l’homme s’est suicidé et l’on a appris plus tard grâce à l’enquête qu’il n’y était strictement pour rien. C’est aussi une lourde responsabilité.

Et en tant que représentant du ministère public, votre liberté de ton vous a t-elle joué des tours ? On vous a reproché de jouer contre votre camp ?

On ne l’a pas dit comme ça, c’eut été un peu de la manipulation…Mais je puis concevoir que certaines de mes assertions aient pu agacer des ministres, c’est vrai !

Vous avez mené un combat de longue haleine contre la Franc-Maçonnerie 

(il coupe) Les déviations de la Franc-Maçonnerie…

Est-ce que ce livre, « Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons », est un prolongement de ce combat là ?

Je crois en parler un peu, je l’évoque, mais le sujet est plus général. La société française se distingue des autres selon moi parce qu’il y a chez nous une loi pour les uns, une loi pour les autres. On en demande pas la même chose à tous, on demande moins au centre-ville qu’à la périphérie, les moins fortunés, ils ont moins de défenses.

Et le fait que vous soyez un offensif, en tant que procureur, vous n’avez jamais imaginé être du côté de la défense ?

Comme avocat ?

Par exemple.

J’ai cru que vous suggériez que j’aie pu faire de la politique ! Oui, bien sûr, au début je ne savais pas trop, avocat ou magistrat…Les deux sont éminemment tentants, je m’en suis tiré en épousant une avocate.

Le combat contre les Francs-Maçons, c’est pas un combat perdu d’avance ?

Je ne pense pas qu’il y ait de combats perdus d’avance…Quand j’ai commencé à en parler, beaucoup de gens ont voulu me faire taire, c’est vrai. Mais le fait de parler, maintenant, pour un procureur, c’est devenu une institution. Le procureur de Paris a même un studio d’enregistrement à côté de son bureau, maintenant, pour faire les points presse. Moi vous savez je n’ai rien contre les Maçons, il se trouve que c’était le sujet à Nice quand je suis arrivé, donc je m’en suis occupé. Je déteste simplement les gens qui utilisent des positions à des fins qui ne sont pas prévues, qu’ils soient Maçons, catholiques, musulmans, aucune importance, c’est inacceptable.

En tant que grand défenseur de la liberté d’expression, les attentats de Charlie Hebdo ont dû vous marquer…

Ce qui m’a heurté c’est le côté un peu hypocrite qui a jailli. Ceux qui se précipitent pour acheter le numéro qu’ils considèrent comme collector qui espèrent le revendre à bon prix alors qu’ils ne l’ont jamais lu avant. Je l’achète de temps en temps, je ne suis pas toujours d’accord, mais j’étais déjà client d’Hara-Kiri que j’aimais bien. La couverture du « Bal Tragique à Colombey » qui a provoqué la chute du journal en 70 était de mauvais goût, mais ça ne faisait rien de plus au Général. Qui s’est levé pour le défendre ? Personne. La liberté d’expression, c’est quand ça vous arrange. Ce qui s’est passé, bien évidement que c’est tragique, mais je ne suis pas sûr que certains n’en profitent pas. C’est terrible, mais est-ce qu’on l’a si bien défendue que ça, la liberté d’expression ? Ils sont morts d’intolérance, mais ils sont morts peut-être aussi de notre lâcheté.

Vous qui avez vu le monde évoluer depuis les années 70, vous pensez qu’il va plutôt plus mal maintenant ?

Les sociétés évoluent, mais je ne sais pas si elles évoluent très bien dans le confort. La notre est une société de confort qui se transforme en intolérance, et surtout en aveuglement à la misère des autres. Les clochards, par exemple, on les stigmatise, on les juge agressifs. Je peux les comprendre, les regards qui se détournent…On n’est ps très fraternels avec ces gens-là pourtant c’est dans la devise de la république. On peut discuter, pourtant.

Ce qui vous attend dans l’immédiat c’est une conférence au centre culturel de Saint-Raphaël. Pour vous ce n’est pas inédit. Vous allez à la rencontre des gens parce que vous voulez à tout prix leur apprendre des choses ? Le thème de ce soir, c’est « la justice face aux autres institutions ».

Oui, ce n’est pas un spectacle ! Je suis souvent étonné par l’opinion publique à l’égard de la justice. J’essaie de leur expliquer pourquoi il est peut-être préférable de préférer une justice un peu lente par rapport à une justice trop expéditive. Qui prend en considération les hommes et les femmes et pas simplement des articles de loi. J’essaie de les ramener à un idéal, plutôt que de les laisser dans la crainte.

 

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