Depuis le 1er janvier, le chef de la Police Municipale de Fréjus a changé. Le nouveau directeur du service s’appelle Hervé Eygazier, il arrive de Tourcoing, une ville difficile  où il a passé 3 ans après avoir quitté ses Bouches-du-Rhône natales. De retour sur ses terres pour commander la PM de Fréjus, il a accepté de se livrer sur son parcours très particulier de bachelier tardif, d’autodidacte sur-motivé, et surtout, de meneur d’hommes. Avec des tas d’uniformes dans sa penderie, des parachutes dans son garage et des galons à n’en plus finir dans tous les corps de métier qu’il a explorés, le nouveau chef de la Police « qui se voit » collectionne et balance les anecdotes en rafale, sans problème. Parce que quand on a vécu autant de trucs, c’est dommage de les garder pour soi.

Qu’est ce qu’un Aixois est allé faire dans le Nord à Tourcoing ?

Pour faire comme Dany Boon…Non sérieusement j’ai commandé la sécurité d’Aix pendant des années, et en 2011 il y a eu un changement d’optique dans les choix de la municipalité, ça ne correspondait pas à mes attentes. Je pensais qu’on allait poursuivre dans la même voie qu’avant mais non. Donc en accord avec la mairie, j’ai demandé à partir, Tourcoing était un commandement un peu moins important mais à peine. J’ai pris ça comme un challenge. L’envie de construire, de servir, l’amour du métier a été plus fort que le soleil. Je ne regrette absolument pas parce que j’ai passé 3 années merveilleuses. J’ai des collègues du sud, sur la fin, qui me disaient que là-haut c’était le purgatoire, mais professionnellement c’était le paradis

Vous êtes policier municipal depuis 1997, ça veut dire que vous avez fait un paquet de choses avant…

Après avoir brillamment raté le bac deux fois, mon père m’a pris avec lui sur Marseille et m’a présenté à un de ses amis pour que je devienne poseur de placo-plâtre, en me disant « il faut que tu travailles ». Le directeur du service étanchéité était très malade, et son adjoint s’est retrouvé seul. Donc le directeur me demande si j’ai le bac, je lui dis que non, il me dit : « tu as le niveau bac alors ? Si c’est le cas c’est que tu n’es pas trop con, tu vas apprendre le métier de conducteur de travaux dans le bâtiment ». J’ai commencé comme ça, à la direction de personnel directement. Je ne connaissais ce milieu-là que de loin, j’avais 22 ans, je devais coordonner 30 ouvriers tous les jours. Ensuite j’ai monté ma propre société pendant 3 ans, et quand ça s’est arrêté je me suis remis en question, à 31 ans. J’ai passé le bac en candidat libre, puis le tout premier concours de la Police Municipale en 1996, je suis rentré comme stagiaire en 97.

Vocation ou hasard ?

J’étais bien dans ce genre de milieu, les pompiers où j’étais déjà, l’armée que je connaissais, c’est un métier de l’engagement comme tous les « métiers de la tenue ». On s’engage à) servir la population.

Le grand public ne vous connaît pas encore bien, mais en fait des uniformes, vous n’avez pas que celui de la PM…

J’en ai 3. J’ai celui de réserviste au 21e RIMA, et j’ai servi pendant 17 ans en tant que sous-officier chez les sapeurs-pompiers volontaires, mais ça je viens juste d’y mettre un terme pour des raisons de temps.

Et vous faites aussi du parachutisme, en compétition. Là il va falloir nous expliquer !

Je fais de la précision d’atterrissage. J’ai eu la chance en 2006 de faire 6 sauts d’hélicoptère avec l’équipe de Fréjus, en coupe de la ligue méditerranée, on a fini 5e. J’ai aussi fait les championnats de France Police, et la coupe de France.

Et comment vous êtes vous retrouvé dans la réserve de l’armée ?

J’ai fait mon service militaire normalement, et à la fin j’ai souhaité intégrer la réserve, mais elle n’était pas structurée comme maintenant. Tous les réservistes convoqués à l’heure actuelle ont un contrat, sont soldés comme les autres, etc. Quand j’ai intégré la réserve c’était encore un peu bancal, système-d, on payait notre matériel, la bouffe quand on venait s’entraîner, aussi. En 97-98 on a obtenu les premiers contrats structurés, donc j’ai fait tous les galons en démarrant à zéro. Comme dans la Police ou dans le bâtiment, j’ai pris beaucoup de temps mais j’ai gagné en expérience. Et pour commander des hommes c’est bien de savoir ce qu’ils font. Je regrette d’avoir arrêté les pompiers mais en partant dans le Nord c’était compliqué de continuer à gérer des hommes dans les Bouches-du-Rhône.

Les hommes que vous avez découverts ici vous les avez trouvé comment ?

J’en connaissais déjà quelques-uns. Les anciens directeurs je les connaissais, Fréjus j’y avais fait mon stage de formation de directeur en 2003. Et en 1998, avec mon affectation au RIMA, je suis devenu Fréjusien de coeur. J’ai toujours connu Fréjus par l’armée. Et je viens d’ailleurs bientôt y habiter.

C’est pour ça que pour l’instant vous mangez au bureau ?

Non c’est pour être seul et pouvoir me concentrer sur les dossiers, pendant que les autres partent se restaurer. Parce que le reste du temps on m’appelle en permanence, ça rentre et ça sort, et pour prendre les bonnes décisions c’est mieux de ne pas le faire dans la confusion. Donc la pause de midi je l’utilise pour ça.

Vous commandez combien d’hommes, ici ?

Entre la police municipale, la vidéo-surveillance, les ASVP, tous les gens sur la voie publique, on est à plus de 100 personnes. Diriger des gens, c’est pas un problème de grosse tête. En fait c’est une triple responsabilité : financière, matérielle et humaine. Je suis passionné par l’humain, j’aime les gens.

Tourcoing est un endroit réputé difficile, maintenant vous êtes à Fréjus. C’est profondément différent ou il y a des similitudes ?

C’est une ville complètement différente. C’est beaucoup plus calme, ici. Mais ça ne veut pas dire que c’est calme, vous suivez ? Ici, on est plus dans le souci du « vivre ensemble ». Il y a des problèmes d’incivilité, quelques délits, des criminels aussi, mais moins. On est beaucoup sur le respect des règles élémentaires. de civisme. C’est le rôle de la PM, d’ailleurs, la proximité. Hélas depuis mai 68 on a une image faussée, on imagine les policiers se battre contre la population qui lui jette des pavés, avec la matraque levée et le sourire jusqu’aux oreilles. Mais notre rôle ce n’est pas la répression. La répression fait partie du truc, mais ce qui nous importe c’est la valeur éducative de la sanction. Quand on est verbalisé une fois, en théorie on doit comprendre pourquoi et ne pas récidiver. Le rôle de la police c’est de faire passer des messages, éducatif mais de fermeté. Hélas on ne peut pas tout corriger, et il faut adapter ses méthodes.

Vous connaissiez déjà Madame Béatrice Fontaine, la commissaire de la Police Nationale de Fréjus ?

Je ne travaillais pas avec elle quand j’étais dans le 13, mais on aurait pu se croiser. Faire doublon ou pas avec la Nationale, pour moi ce n’est pas un débat. Puisque la PM existe, il faut l’utiliser correctement. Il est indispensable de mettre en collaboration  les divers moyens, et d’organiser la sécurité sous l’égide de la police nationale qui possède des prérogatives judiciaires, ils n’ont pas les mêmes missions même si nous partageons la voie publique.L’enquête, le démantèlement de réseau, toutes ces choses  ne nous concernent que de loin, mais nous avons un rôle à jouer, dans l’interpellation, la sécurisation. Tout ça ne peut se faire que dans la collaboration, et défendre son petit pré-carré, c’est un combat d’arrière-garde que je refuse de livrer. On se voit tous les jours, nos effectifs travaillent ensemble, nos effectifs se sollicitent les uns les autres, les informations s’échangent et c’est la clé de la réussite.

C’est tôt pour vous demander ça, mais vous avez déjà tiré un bilan de votre arrivée ici ?

Quand je suis arrivé dans le Nord j’ai mangé avec le maire, dans un très beau restaurant, une belle ambiance, avec un ciel gris. Ici j’ai été accueilli de la même façon, par le sénateur-maire, mais au bord de l’eau en plein soleil. On m’a demandé si j’avais bien mangé, j’ai répondu que deux oeufs au plat avec du pain rassis ça aurait été parfait ! Je me suis rapproché de ma famille, je suis revenu sur mes terres,c’est incomparable. La structure je la reprends à ma façon, j’essaie d’être dans la consultation, la participation, j’écoute tout le monde. Je n’ai pas de jugement à porter sur ce qui se passait avant que j’arrive. L’ère de mon commandement commence le 1er janvier 2015. On a besoin de rassurer la population, c’est un métier difficile. Pour ça, on a besoin d’être soudés, et de venir travailler sans problèmes personnels ou professionnels. Mon rôle c’est de dépolluer la vie professionnelle de mes hommes, et de les aider à se débarrasser de leurs soucis ici. Moins on a de problèmes, plus on est opérationnel.

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