Cette biographie sera un peu particulière, parce que cette fois-ci je vais vous parler d’un homme qui a des racines profondément ancrées dans une France qui m’est chère, une France qui n’a jamais vu le véritable azur d’un ciel bleu, une France où il pleut un jour sur deux, et où l’hiver même les phoques et les pingouins pourraient se cailler les miches. Dans ce numéro 7 je vais vous parler d’un Lorrain pure souche, d’un mec qui malgré sa réussite fulgurante et son aura de superstar parle encore ce français émaillé d’un accent terroir qui moi m’évoque avec tendresse les vacances de mon enfance. Un mec qui est né dans le même bled que mon père, la même année que mon père, qui a usé ses t-shirts sur les mêmes bancs d’école que lui, qui était là quand il s’est bousillé le coude en jouant au foot un matin de 1961, et dont le grand-père est enterré à moins de 10 mètres du mien. Ce soir, je vais vous parler de l’immense Michel Platini, et ce qui est génial, c’est que même ma grand-mère m’a raconté des trucs sur lui.
platini maradona
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Né en l’an de grâce 1955 dans le bled paumé de Joeuf, département 54 Meurthe et Moselle Represent, Michel Platini est un enfant frêle qui n’a a priori pas les qualités pour devenir un grand polytechnicien. Et comme il a la VO2max d’une chèvre malade, le sport c’est pas fait pour lui non plus. En tous cas c’est ce que lui disent certains de ses éducateurs, parce que ses copains, par contre sont formels : mon père me l’a dit, et je le cite , »avec un ballon, peu importe le sport, il était beaucoup plus fort que tout le monde tout le temps, et ça a duré jusqu’à ce qu’il parte jouer sérieusement dans un club ».
Metz : « Platini ? Pas fait pour le foot » XPTDR ?
Et s’il a commencé, comme tous les gamins, par le club de son village natal, Michel a vite en vue le club de ses rêves, le FC Metz. Parce que oui, quand on est Jovicien, je sais c’est bizarre comme gentilé, on est à 25 bornes de Metz qui est dans le département d’à côté, et à 50 de Nancy, la préfecture du 54. Donc à Joeuf on est supporter de Metz, sauf qu’à Metz, les recruteurs en place en 1973 sont des gros blaireaux. Après s’être massacré la santé sur un spiromètre, une sorte de gros tuyau dans lequel on souffle en courant sur un tapis roulant, et où il est zéro, on le jette. Parce qu’à Metz, on n’a pas compris que Platini ferait toute sa carrière en marchant, comme bon nombre de joueurs qui triompheront aussi, du genre Zico, Socrates, Pirlo, Trézéguet, Zinedine Zidane, et plus récemment, Zlatan Ibrahimovic. Donc puisqu’il est un génie incompris, Platoche se casse de Metz et va sonner chez le voisin Nancéien, qui va tout comprendre à son potentiel et le laisser traumatiser toutes les défenses de France.
Comme mon père, encore une fois, il fait son service militaire en 75 et joue avec l’équipe nationale militaire. Il se retrouve avec une bande de génies du ballon rond, max Bossis et Olivier Rouyet en tête. A cette époque-là, tout le monde a déjà compris que Platini était le dieu vivant du coup franc, même Curkovic le gardien des verts s’est fait doser en coupe de France, deux fois dans le même match.  Avec ses potes il se qualifie pour les JO de Montréal, où Guy Drut va lui voler la vedette en 13 secondes et quelques haies englouties. Mais le destin de Platini est ailleurs. Lui, il veut gagner des titres, et dans les années 70, les titres, ça se gagne à St-Etienne, le seul endroit en France qui sent encore plus le charbon et la sidérurgie que sa Lorraine natale. Donc il finira par signer chez les verts, après avoir déjà intégré l’équipe de France A, mis la misère absolue à un Dino Zoff atterré qui s’est cru sauvé après un coup-franc victorieux donné à retirer (pas de pot le deuxième a fini dans la cage aussi, honte absolue), et même gagné la coupe de France avec Nancy, truc impensable, impossible, inimaginable, surtout que c’était contre Nice. Il fait une coupe du monde pas terrible en 78 chez les Argentins du dictateur Videla.
Il a 23 ans quand il revient de Buenos Aires et le public le hait parce que les supporters, dans un élan d’intelligence absolue, considèrent que si la France perd c’est de sa faute. Et c’est d’ailleurs surtout à Saint Té qu’on le siffle, et c’est même là qu’il s’explose la malléole en 79. Bref, signer chez les verts, fallait en vouloir, mais il y va quand même. Il y disputera 146 matches, y inscrira 82 buts, finira champion, détruira des grands d’Europe comme le PSV Eidhoven qui en prendra 6 à Geoffroy Guichard en 79 ou le MSV Hambourg qui se fera éclater 5-0 un an plus tard, et sera le maître à jouer d’une équipe de dingos.
Folie italienne, et genou en vrac
En équipe de France, Michel et son carré magique vendent du rêvent. En Espagne, les bleus sont les plus beaux, les plus grands, les plus romantiques. Des matchs beaux à pleurer, des drames homériques, et le plus grand match de foot de l’histoire contre une bande de terroristes allemands, Harald Schumacher en tête et son fameux Utsiko Geri sur Patrick Battiston. Un match de titans devant lequel mon père, pas encore papa mais presque, a perdu le peu d’intérêt qu’il lui restait pour le foot et a cultivé sa misanthropie, sûrement en énervant ma mère enceinte qui ne demandait qu’à regarder autre chose à la télé que, je la cite aussi, et je cite probablement ta mère à toi aussi, voire même ta femme, cher lecteur, « une bande de cons qui gagnent des millions pour courir derrière un ballon ».
Après ça, c’est la grosse folie. Platini file à la Juve, gagne absolument tout ce qui est gagnable, la coupe d’Europe des clubs champions, le scudetto, la coupe des coupes, et même le championnat du monde des clubs. Il écrase l’euro 84 de sa classe et devient prophète en son pays. Il se nique le genou pour de bon, fait des pubs pour Sirosport, et prend une retraite prématurée à 32 ans. Les supporters de la juve remplissent le stade rien que pour lui dire adieu, adieu à celui qu’ils ont adopté en moins d’une seconde 3 ans auparavant, à celui qui a ramassé trois ballons d’or en trois ans, fait deux demi-finales épiques de Coupe du monde, tout gagné avec la Juve, et comme il le dit lui -même « joué avec le club de sa ville, le plus grand club de France, et le plus grand club du monde ». Mais il aura aussi baigné dans une affaire merdique de caisse noire, vécu le drame affreux du Heysel, et ruiné ses jambes sur tous les terrains du monde. Souvenez-vous qu’il n’était pas solide, quand il était petit. C’est sûrement pour ça qu’il est mieux dans le fauteuil de président de l’UEFA, où il bosse bien sur son histoire de fair-play financier, mais où il a un train de retard sur cette putain de vidéo, sujet sur lequel mon père reste partagé, à mon humble avis par principe plus que par raison.

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