Réjouissons-nous, l’incroyable quiproquo qui s’est tissé autour de t histoire de centre social à Villeneuve est terminée. Enfin, presque. Ceux qui étaient là avant sont partis sous la contrainte parce qu’ils ont milité alors que ce n’était pas l’objet de leur action, la mairie de Fréjus a récupéré les locaux pour mettre en place une nouvelle structure plus « responsable » avec un nouveau nom, les services techniques ont planté un joli totem devant la porte, et fin de l’histoire. Cet imbroglio idéologico-social pourrait se résumer en ces quelques lignes, mais quand il y a dans la même intrigue de la politique, de l’argent et du social, c’est forcément un peu plus compliqué que ça. Dans la tourmente médiatique locale depuis des mois, le sujet épineux du centre social de Villeneuve est passé par bien des méandres, et a rebondi dans tous les sens. Réduction drastique de la subvention municipale (de 250 000 à 134 000 par an suite à l’élection du maire David Rachline), zones d’ombre sur la politisation d’une structure sensée se tenir en dehors de ces considérations, combat de fond pour essayer de préserver les résultats d’un centre qui avait malgré tout réussi à  redonner un peu de vie à ce quartier si particulier qu’est Villeneuve, puis finalement expulsion, refonte, et dernièrement, réincarnation du centre « Les Tournesols » dans la zone de la Palud. Un véritable feuilleton. Finalement, les premiers concernés, les gens de Villeneuve, sont mis devant le fait accompli. Le centre social auquel ils étaient habitués est désormais délocalisé, et attend de savoir quel traitement va lui être réservé par une municipalité qui restera de fait son principal partenaire. Les responsables du centre social ont-ils cédé à la  entation d’afficher leurs convictions politiques à gauche ? Ont-ils utilisé des locaux et des deniers publics pour protester contre l’élection démocratique du Front National et organiser une lutte ? C’est ce que la mairie leur  reproche. Eux s’insurgent contre un jugement exagéré. Toujours est-il que la situation a aujourd’hui changé, et que le quartier de Villeneuve n’a plus, aujourd’hui, un centre social associatif en son coeur, comme La Gabelle ou  l’Agachon. Le Centre d’Animation sera différent, géré par la municipalité, et pourrait servir de modèle à d’autres mutations des centres sociaux. Délocalisé, le centre social continue ses actions avec ses moyens, sans savoir  exactement lesquels. Ils ont toujours leur agrément, leur pancarte « centre social de Villeneuve », mais ils n’y ont  plus leurs locaux. Il était temps d’aller rencontrer les intéressés pour mieux comprendre comment un quartier de Fréjus où le tissu social complexe, fait de mixité, de classes populaires, et de relatif désert commercial, se retrouve avec deux centres sociaux qui vont se faire une bien curieuse concurrence.

L’interview de Fabrice Curti, directeur du centre d’animation de Villeneuve c’est par ici

 

Sandrine Montagard, le Centre Social de Villeneuve réincarné ici à La Palud c’est un petit miracle, en plus c’est allé très vite. Comment vous avez fait ?

En fait nous avons annoncé la fermeture du centre social à Villeneuve le 31 décembre, dans les locaux municipaux. Quand on perd le soutien de la mairie, on perd l’agrément, qui est le sésame qui nous donne accès à notre financement. Normalement… Mais nous, nous l’avons gardé, parce que les financeurs ont souhaité que l’aventure continue parce que le centre social des Tournesols avait fait ses preuves en un peu plus de 5 ans d’existence. Donc ils ont souhaité continuer de nous financer malgré le désengagement de la ville. Un collectif de mamans s’est organisé
pour trouver un nouveau local avec la superficie nécessaire pour abriter l’ensemble de nos activités, pas trop loin du quartier, et accessible dans les tarifs car nous sommes devenus locataires.

Comment vous comptez vous y prendre pour attirer les gens de Villeneuve jusqu’ici ?

On n’a pas encore commencé nos activités, mais l’inauguration c’était plein à craquer, ici (le samedi 14 février, ndlr). On a mis en place un système de navettes. Pour toutes les activités on proposera une rotation avec 3 minibus, on va les chercher, on les ramène. Pareil pour les sorties, on fera un ramassage.

Est-ce que vous allez faire concurrence au nouveau Centre d’Animation, mis en place par la vile en même temps et qui a récupéré vos anciens locaux ?

Ils nous remplacent dans le lieu, mais leur façon de travailler ce ne sera pas la même chose, a priori. Si ce n’est sur le public ado puisqu’ils ont créé un accueil pour les 12-17 ans, et que nous faisons ça aussi. Je pense qu’il y a  suffisamment d’ados sur Fréjus, eux ce sera plus orienté sur l’ensemble de la ville. On commence au même moment, aux vacances de février. Nous on est déjà plein, notre public nous a suivi.

Vous avez réussi à conserver tous les gens qui travaillaient avec vous auparavant ?

Non. On avait perdu 3 postes à la baisse des subventions 15 jours après les élections, puis deux autres postes à la fin décembre 2014 notamment à cause du loyer qu’on paye ici. On était 13 ; maintenant nous sommes 8. Je sais ce que sont devenus les anciens, deux sont retournés chez eux à la Réunion, deux autres ont retrouvé quelque chose. Mais une ancienne employée l’a très mal vécu.

Vous vous êtes inquiétée, quand vous avez su que la mairie se retirait, ou vous avez tout de suite su que vous alliez vous relever?

Ça nous a beaucoup inquiétés. On venait d’obtenir l’agrément pour 4 ans, on était persuadés qu’on allait le perdre, et si on le perdait, on perdait toutes les subventions qui vont avec. Les prestations de nos usagers sont très marginales, on est un centre social !

Vous qui connaissez très bien ce quartier de Villeneuve, vous trouvez qu’il se sinistre avec le temps, ou que progressivement il sort la tête de l’eau ?

Il avait sorti la tête de l’eau. Fin 2013 le quartier avait recommencé à changer, dans le mauvais sens, avec des animosités générationnelles entre les personnes plus âgées et les jeunes. Nous on avait réussi à lisser tout ça, en créant des activités intergénérationnelles. Mais on sent de nouveau ces tensions, on supprime les espaces pour les jeunes. Le citystade déménage dans la maison de quartier. En ce moment c’est assez flou, les gens sont remontés, en colère, ils ne comprennent pas pourquoi on nous a enlevés alors qu’ils considèrent qu’on faisait du bon travail. La nouvelle structure va accueillir des associations déjà existantes, avec leurs propres publics. Ce n’est pas destiné aux
gens de Villeneuve. Ils orientent les enfants sur les accueils de la ville déjà existants, ça va coûter cher aux familles, il n’y aura pas forcément de place, bref…
Et vous allez pouvoir continuer à utiliser les infrastructures de la ville?

On va voir, on va discuter. On a pu organiser notre carnaval, déjà. C’est vrai qu’avant nous avions accès à tout, aux plateaux sportifs notamment, mais la nouvelle structure sera prioritaire sur nous, je pense.

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