Ils ont obtenu le Saint Graal : la délégation de service public décerné par la mairie de Fréjus. La Patrouille de l’événement s’est ainsi placée, pour les trois prochaines années, comme la société qui va organiser les plus gros événements culturels sur le territoire. Comment ? En proposant un dossier en béton, en amenant des idées, en ayant un projet sur le long terme, et en restant ouverts aux propositions extérieures. Parce qu’ils ne feront pas tout tous seuls. Pourquoi de spectacles thématiques plut^t que des têtes d’affiches ? Pourquoi pas encore de festival à la Base Nature ? Quelles idées pour 2016 ? Romain Petitjean nous explique tout, entre deux méga prises de risques. Parce qu’organisateur d’événements, c’est quasiment du funambulisme !

Romain, explique nous ce qu’est la patrouille de l’événement.

C’est une boîte de production de spectacles, d’organisation d’événements. On intervient un peu partout en France mais aussi à l’étranger. On a une palette d’interventions assez large, ça va du conseil au développement artistique à la production pure de spectacles. Dans la production il y a plusieurs axes de réalisation possibles, la co-production, la co-réalisation, la production pure, on reste ouverts à tout. Sachant que le travail de producteur c’est trouver les bonnes initiatives, mais aussi les bons partenaires. Il faut être à l’écoute pour travailler avec les bons porteurs de projet. Notre société est très présente à Fréjus tout l’été, dans le cadre d’une délégation de service public. Ça va durer trois ans, mais on intervient ailleurs, aussi.

Parlons justement de cette DSP. Les gens trouvent ça un peu flou, avant c’était la ville qui organisait tout avec l’Office de Tourisme, puis la Patrouille est arrivée. Parle nous du processus qui a amené ce changement.

C’est pas flou du tout, et c’est l’occasion de leur expliquer. C’est une procédure classique d’appel d’offres, tout est transparent et communiqué au public. La nouvelle municipalité a cherché à s’appuyer sur un professionnel du spectacle pour porter la saison. Évidemment la ville et l’OT continuent de faire leur travail mais il y avait besoin d’un élan pour apporter des solutions. Le maire a lancé la procédure, classique, avec des notes techniques, financières et artistiques. Nous, o s’était positionnés parce que l’an dernier on avait déjà organisé des choses à Fréjus, donc nous étions légitimes dans l’ensemble des candidatures. Ça s’est fait naturellement. Je ne veux pas parler à la place de la mairie, mais je pense qu’elle a besoin de serrer les boulons financièrement, et si c’est u tiers qui produit des choses et prend des risques financiers, ce n’est plus la ville qui le fait. Elle s’appuie sur un pro et diminue les risques financiers pour une ville qui cherche à remettre ses comptes à niveau. Ils sont tenus au courant de tout, de la programmation, des coûts, de le communication, mais ils ne prennent pas les risques. Il faudrait leur poser la question, mais je pense que c’est ça !

Cette DSP dure 3 ans. Vous allez gérer l’été exclusivement, cette année ce sont vos premiers événements. Mais les prochaines années, c’est là que se situe l’intérêt.

Je suis déjà très content de ce qui se passe cette année. On a réussi à booker une programmation en deux mois, puisque la DSP est tombée très tard, et pour ceux qui connaissent un peu ce qu’on propose, ils savent que c’est un petit miracle ! Le bon délai pour monter une saison, c’est un an de travail, il faut trouver des financements, des partenaires, préparer une communication. La vraie saison où l’on va pouvoir travailler, ce sera 2016. Là on va pouvoir montrer notre savoir-faire. Cependant c’est avec beaucoup de plaisir qu’on fait ce qu’on fait cet été, ça nous permet de rôder les installations techniques, de parfaire des relations qui sont bonnes avec les services techniques, les partenaires média, tous les intervenants avec qui on retravaillera la saison prochaine. Une tête d’affiche, normalement, il faut poser une option en février-mars pour être sûr de l’avoir, pour être sûr qu’elle ne joue pas dans un rayon de 250 km sinon ce n’est pas intéressant. Il se passe beaucoup de choses ici l’été, et on se téléphonera par exemple avec le Mas des Escaravatiers pour ne pas organiser le même type d’événements au même moment. Il faut rester cohérent et efficace !

C’est pour ça qu’il y a plus de concepts que de têtes d’affiches ?

C’est la raison. Pour tout dire aux Fréjusiens, il y a eu de la réservation de têtes d’affiches pendant l’appel d’offres, mais on ne pouvait pas bouger dans l’incertitude. On n’était pas sûrs de gagner. J’ai rappelé les groupes quand le marché était gagné, mais ils m’ont dit « t’es gentil, c’est trop tard » ! C’est pour ça qu’il y a plutôt des spectacles thématiques cet été.

Est-ce que tu peux nous faire un petit récap’ des soirées ?

Pour l’instant il y a eu le rodéo dont je suis très content, 1500 personnes aux arènes pour un spetacle jamais vu ici. C’est aussi nore rôle de proposer de nouvelles choses. Les touristes n’étaient pas encore arrivés, ça veut dire qu’il y a de la place pour le refaire ! C’est un spectacle intéressant, on peut créer un rendez-vous. Les gens savent qu’il y a un grand festival de ce type en Ardèche, pourquoi pas en créer un ici. Il y a aussi Irish Celtic, et tout ça c’est pas du fake, tout à l’heure je vais chercher à Nice les artistes qui viennent tous d’Irlande, comme les gars du Rodéo étaient de vrais Américains. Ce sont e vrais beaux spectacles, qui tournent et qui ont fait leurs preuves. On essaie de faire des prix les plus populaires possibles, ça faisait partie de l’appel d’offres. Certes la population était souvent habituée aux choses gratuites, mais ça ça va disparaître parce que l’Etat ne donne plus d’argent aux villes pour offrir ce genre de choses. Mais la ville offre quand même le before de la fête de la musique. À nous de réussir à leur faire des prix abordables, des tarifs réduits aux associations fréjusiennes, on a de bons retours, ils attendaient ça. Les locaux ont de petits privilèges. Après nous avons un gros plateau électro avec WaterMat, Etienne de Crécy et Tara MacDonald, qui va nous amener jusqu’à 2h du matin. Si les gens veulent filer en boîte de nuit après c’est possible, et les professionnels du secteur sont au courant. En général quand on arrive en boîte à cette heure-là on est très motivé, et c’est important de trouver une harmonie avec ce qui se fait déjà ici. On reçoit la Souris Déglinguée, un veux groupe de rock français, devenu culte. On va avoir des spectateurs qui les suivent depuis très longtemps, ainsi que des jeunes qui vont vouloir les découvrir. Là c’est important de le signaler, il y a une partie des recettes qui sera reversée à l’association Village Karenni, qui vient en aide à des populations en Birmanie. C’est un peuple noyé dans le Triangle d’Or, au milieu des trafics d’ares de drogue et de diamants. C’est un projet très cher à Thaï-Luc, le leader de la souris. On aura ensuite Podium 80, avec plein de stars de ces années-là, les Avions, Herbert Leonard, Julie Pietri, Desireless. C’est vraiment bon enfant, les réservations sont déjà pas mal.

Celle-là est en co-production ?

Oui, avec une association locale de Fréjus qui a compris que ce n’était plus la mairie mais la Patrouille qui s’occupait d’organiser ça. D’ailleurs la porte est ouverte, proposez-nous des choses. Il y a des choses qu’eux font mieux que nous, et inversement, il suffit de tomber d’accord sur pas mal de paramètres et on peut travailler avec d’autres gens. On maîtrise la technique, eux les relations avec ces artistes-là.

Quand on remporte une DSP, on devient en quelque sorte régisseur des installations ?

C’est un peu ça, et c’est très important de le souligner pour l’année prochaine, la porte est grande ouverte, à toutes les initiatives. On aura toujours tendance à privilégier les locaux, pour le public et pour les spectacles. Les locaux seront toujours prioritaires, mais on laisse la place à des producteurs ou managers avec des choses à proposer plus conséquentes. L’année prochaine il y aura trois fois plus de choses. Notre idée c’est de monter une scène du 10 juillet au 15 août, et cette scène pourrait tourner tous les jours. On aura un kit son monté en permanence, des choses à résidence, la sécurité, la Croix Rouge, une communication globale sur tous les événements de la saison. Il faut que toutes les personnes intéressées se rapprochent de nous, on discute du projet pendant l’hiver, et au printemps on finalise et on lance les choses. Il y a toujours des problèmes de dates, il faut faire des choses cohérentes. Notre rôle, c’est de faciliter les choses. Par exemple, cette année, les Choeurs du Sud et Podium 80 vont partager la date, parce que ça les faisait marrer, même s’ils ne se connaissaient pas.

Question sur le pan personnel : comment on en arrive à se lancer dans ce genre d’aventures ?

C’est comme faire un bébé, ou déménager. On se lance, on se retourne six mois après en se disant que c’était pas si compliqué. Faut se lancer, c’est comme tout. Ça fait quinze ans que je fais ce métier, mon associé ça fait 30. On a commencé tous les deux e bas de l’échelle à pousser des fly-cases, on a ça dans le sang, c’est un métier qui nous plaît dans tous ses aspects. On ne joue jamais les stars, on monte la ferraille, on mouille le maillot, on distribue des flyers et on le fera toute notre vie, parce que ça fait partie du métier et c’est ça qui est intéressant. Le spectacle c’est passionnant, le moment où ça commence c’est génial. On peut y perdre sa chemise, mais si on fait les bons choix, on peut aussi gagner sa vie. On n’est pas venus là par hasard, le potentiel de Fréjus est…Fréjus a une histoire, tout le monde est venu ici, les sites sont exceptionnels. Je préfère travailler aux Arènes qu’au Zénith. La Base Nature c’est fabuleux, les Vielles Charrues se font dans un champ à l’arrache, ici c’est au bord de mer, sur un aérodrome, on peut y faire l’un des plus gros festivals de France !

Tout le monde en rêve, d’un festival là-bas, mais l’an prochain…

C’était trop court cette année, niveau délais. Mais l’année prochaine il y aura un festival de rock sur deux jours, un festival electro fin août, et de la place pour d’autres événements. Il faudra se rapprocher de nous encore plus tôt, c’est très compliqué à monter, il y a des contraintes techniques fortes, la gestion du vent, des fluides, les hommes et les véhicules. On a l’habitude de travailler au Champ de Mars, donc on sait à quel point c’est compliqué. La préfecture attend des dossiers techniques trois mois avant que ça commence, donc il faut tout faire longtemps à l’avance. Il faut que ce soit abouti, financièrement et techniquement.

C’est quoi, ton plus beau souvenir de date ?

Je dirais Dominique A quand je l’ai programmé à Berlin. C’était bien parce que le public berlinois aime l’électro française. Ils adorent la chanson française, aussi, on a fait Benjamin Biolay, super ! Tu vas me dire qu’ils ne comprennent pas les paroles, et alors ? Tout était bien, des coulisses à la scène. J’ai vu Dominique A se concentrer, comme une souris, tout ça m’a marqué. Quand il est arrivé sur scène c’était presque violent, c’est bizarre dit comme ça parce que c’est de la chanson française, pourtant je te jure on aurait dit du punk rock. C’est long de créer une alchimie, c’est pas magique. La notion de rendez-vous est importante, il faut créer ça à Fréjus ! J’espère qu’on va y arriver. Pourquoi ça marche ou pas, c’est mystérieux, mais il faut que tout le monde joue le jeu !

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