Fréjus, Saint-Raphaël, Puget, Roquebrune…Quatre villes, quatre patrimoines, quatre ambiances, mais finalement, une seule et même population. Ce ne sont pas les têtes pensantes de la Cavem qui le disent, ou les candidats aux cantonales qui essaient de grapiller des voix aux électeurs en prônant le rassemblement. C’est vous, nous, tout le monde. Nous sommes 100 000 et quelques, dans ces quatre villes. Et nous sommes jaloux. Oui, jaloux des estivants, jaloux de ceux qui ne viennent chez nous que 15 jours par an, parfois un peu plus, souvent beaucoup moins, et à qui l’on promet monts et merveilles en plus d’un soleil de plomb et d’une mer azur.

Il se trouve, chers lecteurs, que nous ne sommes qu’au mois de mars, et qu’en regardant le thermomètre à 7h du matin avant d’aller travailler, la plupart d’entre nous constate qu’il fait 6 degrés, que parfois il pleut, et que la petite laine n’est pas de trop. Bref, c’est l’hiver, jusqu’à la fin du mois, et l’hiver, chez nous, il n’y a que nous. Et nous sommes comme les autres : quand on ne travaille pas, on essaie de se détendre. On sort, on mange, on drague, on boit des coups, on fait du shopping. Les sudistes ne sont pas seulement des adeptes de la pétanque et du barbecue, même si les autres savent qu’on est les meilleurs.

Cette semaine, Bah Alors ? Est allé enquêter sur le Fréjus/St-Raph nocturne, celui du milieu de semaine, celui du bord de mer en février, celui des restaurants fermés, des boîtes de nuit aux devantures éteintes et des bars qui plient les gaules à 18h. Celui d’un temps de crise difficile, où faire travailler les gens coûte cher. Celui d’une époque qui n’est définitivement plus la même que celle d’avant, celle dont les moins jeunes d’entre nous se souviennent avec nostalgie, avec les soirées dînette de La Playa les jeudis soirs, celle du B4, celle du Café Kro ouvert tard le soir même en janvier, des sorties de boîte au petit matin 3 jours par semaine. Une époque où les couche-tard et les lève-tôt se croisaient aux premières lueurs. Même le dimanche, avec un peu d’imagination. Nous ne pouvions pas aller voir tout le monde, vous vous doutez bien que les patrons que nous avons rencontrés ne sont pas les seuls à ouvrir le soir et le dimanche. Nous avons simlement été guidés par le hasard de nos pérégrinations. Comme vous.

Zones clés et conjoncture

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Le plus surprenant quand on essaie de comprendre pourquoi les endroits ouverts le soir sont assez rares, c’est de constater que les établissements susceptibles d’offrir du divertissement nocturne sont très nombreux. Nous n’avons pas voulu faire un « guide du noctambule », vous êtes assez grands pour savoir qui ouvre et qui ferme, quel jour et à quelle heure. Et qui propose quoi, et pour quel genre de public.

Ce qui nous a le plus frappé, c’est le découpage stratégique de notre bassin de vie. Les établissements sont tous situés en dehors des centre-villes, et avec le temps, ils tendent même à gagner les zones industrielles. Ce sera notamment le cas pour le Colisée, la grande boîte de nuit qui ouvrira à la fin du mois de mai à St-Raphaël. Au-delà du fait que le député-maire de St-Raphaël a déclaré que c’était probablement « la plus belle du monde » (on se fera nous-mêmes un avis quand ce sera ouvert), il précisait lors de ses voeux en janvier que sa localisation au Cerceron était un argument en faveur de la sécurité des quelques 1600 personnes qui pourront y danser et boire toute la nuit, loin de l’agitation de la ville, avec un grand parking sur lequel il sera possible de se reposer, etc. Pas faux, pas vrai non plus, puisqu’il faut désormais, très souvent, prendre la voiture pour aller en boîte, dans un Pub ou au restaurant. On peut boire un coup à La Palud aussi facilement qu’à Fréjus-Plage, et bien plus qu’en centre-ville, une fois le soleil couché. On peut danser à Santa-Lucia, et bientôt au Cerceron, mais plus sur le bord de mer de Saint-Raphaël, sauf le weekend. On peut manger à peu près ce qu’on veut au restaurant à Port-Fréjus, pourvu qu’il soit midi. Le soir, compliqué.

Beaucoup de choses ont changé depuis les années dorées de nos parents (nous avons 30 ans, à la rédaction, grosso-modo). La peur du flic a calmé les ardeurs des oiseaux de nuit. Le coût du travail a dissuadé beaucoup de patrons qui pourraient ouvrir plus, à condition d’agrandir leurs équipes. L’ère du commissaire Gérard Moréna, véritable terreur des établissements de débit de boisson, dont la spécialité reconnue (y compris par l’intéressé) était le respect des horaires de fermeture, voire même leur recul de quelques heures. Il le disait lui-même, « la fermeture administrative, c’est un peu ma spécialité.  Les restaurateurs, les patrons de bars et de boîte de nuit ont appris à me connaître, et ils savent et qu’ils ont surtout intérêt à se plier aux règles. Je ne fais pas la loi, mon travail c’est de l’appliquer. On me reproche d’avoir demandé des fermetures administratives, mais comme les pirates dans Astérix, certains établissements ont fermé d’eux-mêmes.  » (Var-Matin, 6 février 2012). Et à force de tomber sur des portes closes, les clients que nous sommes, que vous êtes, ont développé la culture du « tous chez moi » plutôt que du « tous dehors ».

Aujourd’hui, le commissaire Moréna est parti, l’eau a coulé sous les ponts, les établissements ne sont plus les mêmes, les patrons ont tenté des choses. La Playa n’est plus, l’Odyssée non plus, mais certains sont toujours debout et vaillants. Ce sont eux qui ont tenté de nous expliquer pourquoi, l’hiver, notre lieu de vie passe sur un courant alternatif un peu faiblard en watts.

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