Actuellement en stage à Ténérife, une île des Canaries située au large du Maroc, le groupe Elite (hommes et femmes) du club de triathlon de Saint-Raphaël prépare activement sa saison sportive et son grand prix de D1. Morgan Steinackre, l’entraîneur et directeur technique du SRNT depuis quatre saisons, est un passionné. Ni plus, Ni moins. Interview

 

Le stage à Ténérife, ça devient une habitude pour le groupe Elite, pourquoi ?

Effectivement, c’est désormais la 4ème fois que j’y vais avec le groupe ou même des individualités afin d’y préparer les objectifs de la saison. Nous y allons toujours +/- sur la période des vacances scolaires d’hiver car Ténérife reste une île au climat tempéré et l’enchaînement des entraînements dans cette période foncière s’y passe beaucoup mieux que dans le froid. J’y vois aussi un bon moyen de faire un regroupement de la quasi intégralité des 2 équipes, ce qui renforce la cohésion et donne une toute autre dimension au club. Lorsque vous vous entrainez à 95% du temps sur le même spot, il est bon parfois de couper cette routine et de découvrir d’autres lieux, modifier les horaires d’entrainement et y découvrir une autre culture. Me concernant, j’y ai mes habitudes et mes repères à l’entrainement et puis avec le temps j’ai commencé a tisser certains liens avec des Canarios qui sont très accueillants.

Saint-Raphaël, c’est sept ans dans l’élite française, comment expliques-tu cette longévité ?

En effet, 7ans pour les hommes et 4 ans pour les femmes. Je pense que déjà, rien ne serait possible si nous n’avions pas le soutien de la ville, Nous avons à disposition des conditions d’entrainement quasi-parfaites. Outre le climat clément que nous avons ici, je tiens à souligner que nous avons droit à des installations et des infra-structures de haut niveau, le stade nautique avec son bassin olympique de 50m, les différents parcours qui nous entourent pour la pratique de la course à pied et du vélo, le Creps avec sa piste d’athlétisme ou encore des partenaires privés qui nous soutiennent matériellement parlant comme Azur Satory Gym pour son accès a sa salle de musculation. Je n’oublie pas tout les autres partenaires qui nous aident dans notre fonctionnement quotidien, qu’ils soient financiers ou matériels. Je pense que le club peut s’appuyer sur des volontés fortes, de toujours penser avec un temps d’avance sur les différentes actions à mener, d’essayer de créer des nouveautés régulièrement et enfin de pouvoir avoir la chance d’être composé d’une équipe d’encadrement soudée, motivée et performante.

Ton ressenti sur la saison écoulée ?

Mon sentiment est partagé. D’un coté, l’équipe femmes a créé la surprise en venant s’emparer de la 4ème place au classement général du championnat de France 2014. Elles ont réalisé le « hold-up » sur l’étape niçoise qui faisait office de finale en s’emparant de la 2nde place de l’étape. Le classement était tellement serré entre la 4ème place et la 8ème place que nous savions que tout était envisageable avant la finale. En revanche coté hommes, ce fut le schéma inverse de nos féminines. Ils ont très bien débuté la saison puisque à l’issue de la 3ème étape (GP d’Embrun), nous étions encore 5ème au classement général, cependant des blessures d’un côté et l’indisponibilité de courir de l’autre, nous ont fait dégringoler dans le classement sur les 2 dernières étapes. Du coup, sur la finale à Nice, nous avions décidé de composer une équipe 100% jeunes car nous savions que le maintien était assuré. Ce fut l’occasion pour eux d’engranger de l’expérience dans une course de haut niveau.

Comment se passe le recrutement des athlètes étrangers ?

C’est assez simple, il faut savoir que pendant 2 mois (octobre/novembre) tout se bouscule assez rapidement. Il y a tout d’abord des athlètes qui postulent au club de leur propre chef, j’examine à 90% la candidature afin de savoir si leur potentiel pourrait être un atout dans l’équipe que ce soit sur le plan individuel ou alors en complémentarité d’un autre. Sur certains formats de course nous pouvons encore avoir besoin de certains profils d’athlètes (exemple; un nageur+rouleur pour des épreuves contre la montre par équipes). J’en discute par la suite avec Olivier Marceau et Pascal Petel (nouveau venu) afin qu’ils me donnent leurs ressentis sur le profil des athlètes. Par la suite, nous faisons également des propositions à des athlètes qui nous semblent bon d’inclure dans le collectif, par leur vécu, professionnalisme, expérience, niveau ou encore spécialités. Nous sommes désormais assez exigeants sur l’image qu’ils peuvent colporter et renvoyer du club, même si nous les voyons très peu dans l’année, nous essayons de tisser quelques choses de fort. Je pense que nous n’en sommes pas loin car si on prend l’exemple de certains athlètes de renommée mondiale comme Igor Poliansky, cela fait maintenant sa 5ème année au sein de l’équipe et l’entente est toujours aussi bonne. Personnellement, les mercenaires ne m’intéressent pas, c’est la facilité et il n’y a rien de glorieux et de motivant à avoir une équipe composé à 99% de gars ou de filles que vous récupérez à l’aéroport le samedi pour la course du dimanche et ça, 5 fois dans l’année.

 

Y a t-il des leaders dans les deux équipes ?

Alors oui, même si je ne souhaite pas forcement le faire transpirer au quotidien ou encore en GP, je m’appuie sur des éléments d’expérience avec, forcément, un passé sportif et un savoir-faire bien rodé. Cette saison les 2 capitaines d’équipes sont Anne Tabarant chez les femmes et Aurelien Lebrun chez les hommes. Ils ont tout deux défendu la France la saison dernière sur des manches de championnat du monde. Coté communication, cela donne un coté plus professionnel aussi, hiérarchiser a minima ses équipes est une obligation lorsque l’on tend vers le haut niveau. Après, il est évident que nous pouvons nous appuyer sur ces leaders d’équipe et leurs résultats pour chercher des nouveaux partenaires qui souhaiteraient nous soutenir dans notre projet.

 

Un mot sur la formation au club et la place des jeunes ?

C’est un secteur extrêmement important pour nous, car il s’agit de la base et la vie du club. J’ai mis en place depuis 2 ans une nouvelle section, appelée « groupe promotion », un groupe ouvert aux jeunes de minimes à juniors et ayant une pratique du triathlon intense et surtout suivie. Dans cette démarche, nous proposons une planification individualisée en fonction des objectifs de chacun, bien souvent les championnats de France jeunes de triathlon, duathlon et aquathlon. De nombreux créneaux d’entrainement supervisés et en cohérence avec leurs planifications, avec 5/6 créneaux natation, 3 créneaux course à pied et 2 créneaux vélo par semaine sont mis en place. Ce groupe ne cesse de grandir au fil des années. Il a été formé suite à une belle croissance de l’école de triathlon, actuellement nous approchons la quarantaine de « petit(e)s triathlètes » , 6 ans pour la plus jeune. A cet âge, nous parlons pas d’entrainement mais plutôt de découverte des sports enchainés que compose le triathlon. Il a fallu repenser à un encadrement en corrélation avec ces 2 groupes afin de pouvoir être au quotidien avec eux et pourvoir les suivre correctement. Nous avons a ce jour 6 entraineurs répartis sur ces 2 groupes, sans compter les bonnes volontés qui nous prêtent parfois main forte.

Est-ce difficile de gérer le timing entre le championnat D1 et les courses individuelles ?

Ce n’était pas toujours évident car les étapes de GP étant organisées sur une période de 6 mois, nous rencontrions parfois des problèmes de composition d’équipe si le même jour une course internationale avait lieu. Cette saison les étapes du GP sont assez condensées, 2 en juin, 1 en Aout, 1 en septembre et la finale début octobre. Je crois qu’il s’agit là d’être attentif dans le recrutement. Si vous avez un athlète régulièrement retenu en équipe nationale, il sera difficile de le faire courir sur un Gp le même week-end et parfois même le week-end d’avant ou d’après. Nous soutenons aussi le projet personnel de nos athlètes engagés vers une démarche de haut niveau et pour pallier à cela, nous essayons d’avoir un réservoir d’athlètes suffisamment important afin de pouvoir jouer sur les effectifs et de ne jamais rencontrer de difficultés de composition d’équipe qui pourraient mettre en péril le résultat.

Comment est l’ambiance entre les clubs sur les étapes du Grand Prix ?

A vrai dire, il y a peu de rapport entre les clubs, c’est même assez froid pour ainsi dire. Cacher une stratégie? Intimider les autres équipes? Peut-être. Quoiqu’il en soit, jusqu’à présent, c’est relativement sain. C’est toujours quand même délicat quand un manager ou un président de club possède deux casquettes en étant par exemple en fonction au sein d’un comité décisionnaire fédéral. Quelle attitude adopter lorsqu’il faut trancher sur une décision sans que l’impact direct soit pour son propre club ? Là est peut être le vice de certains qui sont prêts à tout pour gagner quelques précieux points sur la saison.

Toi personnellement, comment vis-tu ton rôle de directeur technique au sein du club ?

Je vais attaquer ma 4ème saison pleine au sein du Saint-Raphaël Triathlon. J’ai envie de dire que cette fonction s’est façonnée de manière naturelle car elle est le fruit d’un travail de restructuration sur ces dernières années. J’ai tout d’abord commencé à m’occuper de l’entraînement de tous les groupes au sein du club. Nous étions alors 2 entraîneurs, Anne et moi-même, puis par la suite, Natacha a intégré l’encadrement sur l’école de triathlon puis Olivier Marceau, plus impliqué, une fois sa page de sportif de haut niveau tournée. Ce n’est que depuis 2 ans que je me positionne en tant que directeur technique, car tout d’abord l’effectif de l’encadrement m’a permis de le faire et la reconstruction de ce projet depuis quelques temps devait être assumée pleinement. Désormais, je suis fier de ce que le Saint-Raphaël peut renvoyer comme image, et c’est loin d’être terminé, tant qu’on me donnera la possibilité d’évoluer au sein de cette structure, je donnerai tout.

Comment se passe la collaboration avec le président Alain Chateigner sur les décisions à prendre ?

Notre collaboration est très étroite, nous nous voyons, appelons régulièrement afin de discuter de tout ce qui gravite autour du club. Il ne prendra pas une décision importante sans m’en parler et vice-et-versa. Nous évoluons dans un climat de confiance. A ce jour, je lui dois pas mal de chose sur le plan professionnel, car c’est quand même grâce à lui si aujourd’hui j’en suis là, que ce soit sur le plan associatif ou bien territorial puisque j’appartiens à la ville de Saint-Raphaël en tant qu’éducateur territorial. De plus nous sommes très complémentaires, il est pointilleux et expérimenté sur le plan administratif et juridique, je pense le compléter sur tout l’aspect sportif et spécificité triathlon. Il ne faut pas oublier qu’Alain fut entraineur de natation durant de nombreuses années par le passé, ce qui lui donne une grosse expérience de terrain et bien entendu dans la gestion de l’humain.

Les objectifs de cette saison ?

Les objectifs de cette saison sont clairs, un top 5 pour les 2 équipes. Compte tenu du résultat des filles la saison dernière, il ne serait pas prétentieux de penser au podium et chez les hommes, l’idéal serait de s’emparer d’une de ces 5 places au classement final mais ce championnat réserve parfois son lot de surprises, alors qui sait ?

Qu’est-ce qui manque à Saint-Raphaël pour accrocher un top 3 ?

L’argent étant le nerf de la guerre, il serait difficile de passer a côte de l’aspect financier. Prenons un exemple, demain il arrive un mécène qui nous délivre un demi-million d’euros, je pense que le top 3, voire le titre, n’est plus qu’une question de mois, cependant ce n’est pas comme cela que ça marche. Il faut composer avec nos moyens qui sont déjà très bons. On a prouvé la saison passé que chez les filles, nous ne sommes pas passés loin. Donc on y croit chaque année. Je pense qu’avec une année régulière et un soupçon de réussite, nous pouvons espérer un jour de monter sur la boite, surtout avec notre équipe femmes.

Que penses-tu de la médiatisation du triathlon en France ?

Le triathlon commence a prendre une place importante dans le monde du sport en général. C’est un sport olympique depuis les jeux de Sydney en 2000 et rien de tel que cet événement sportif pour promouvoir un sport. Il y a également de plus en plus d’épreuves relevant des sports enchainés comme l’aquathlon, le duathlon ou encore le triathlon vert (avec le vtt et le trail) qui permettent de diversifier la pratique, et de satisfaire un plus grand nombre de personnes. La communication autour de tout ces événements est donc plus large et permet d’entendre parler du triathlon plus régulièrement. Nous agissons sous forme d’équipe, si l’on évoque que le grand prix, mais le triathlon reste principalement considéré comme un sport individuel. En complément de l’épreuve individuelle, nous allons avoir une épreuve d’équipe sur la prochaine olympiade voire celle de 2020. Il faut sans cesse continuer de promouvoir de manière positive le triathlon, les clubs doivent communiquer plus sur l’année, que ce soit pour un événement organisé, un projet à défendre ou simplement quelques articles dans leur presse locale. Enfin, je pense que la médiatisation en France ne va cesser d’augmenter car tout les chiffres que la fédération peut enregistrer progressent régulièrement, preuve d’un intérêt certain pour ce sport.

 

Equipe femmes : Alexandra Razarenova, Anna Maria Mazzeti, Anne Tabarant, Caroline Lopez, Charlotte Morel, Elena Danilova, Elisa Marco, Félicity Sheedy-Ryan, Heloise Botin, Justine Guérard, Liubov Polianskaya, Paula Findlay, Rebecca Robisch, Sara Vilic Simone

Equipe hommes : Amitai Yonah, Andréa De Pontu, Aurélien Lebrun, Aymeric Petel, Bryan Keane, Giulio Molinari, Igor Poliansky, Julien Pousson, Marco Van Der Stel, Massimo De Ponti, Stefan Zachaeus, Stefen Justus, Thomas André

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