2015 – Réalisé par Tim Burton
Avec Amy Adams et Chritoph Waltz

Il n’y a ni Helena Bonham-Crater, ni Johnny Depp, ni vampires. Et pourtant c’est bel et bien un film de Tim Burton, ce « Big Eyes », l’histoire vraie d’un arnaqueur mythomane égocentrique qui usurpe les talents de son épouse pour développer un empire artistique et flatter son propre ego en remplissant ses poches. Loin de ses terrains de prédilection (les manoirs hantés, les orages à 14h30 de nuit et les gens avec des têtes très bizarres), Tim Burton se fait un petit film sincère et réfléchi, sur un thème qui fait plus penser aux frères Coen qu’à Edward aux mains d’argent. Avec une touche perso quand même, parce qu’il ne faut pas déconner.

Des couleurs et des idées, dans cet ordre-là

La première chose qui frappe quand on découvre les premières images de ce « Big Eyes », c’est la violence graphique des couleurs. L’univers Burton, la plupart du temps assez sombre (en tous cas lorsqu’il est au sommet de son art – Batman, Frankenweenie, Nightmare before Christmas) est ici placé sous un spectre ultra-coloré. C’est assez proche, graphiquement, de Charlie et la chocolaterie, voire même de sa version d’Alice au Pays des merveilles. Tout est criard, très vif, presque agressif. C’est particulier au début, mais on se rend vite compte que c’est une excellente option pour donner du corps à cette histoire qui met en scène un couple de peintres, dont l’œuvre, un ensemble de toiles représentant des enfants avec des yeux démesurément grands, sera au centre de l’intrigue.

L’idée de génie de Burton, c’est d’articuler son film autour d’une histoire aussi abracadabrante que celles qu’il écrit lui-même. Celle de Walter et Margaret Keane, un couple composé d’une peintre usurpée et d’un escroc accroc au pognon et à la gloire, qui vont tant bien que mal unir leurs efforts dans une gigantesque entreprise d’arnaque artistique, lui signant les toiles de sa femme parce qu’il estime être le plus doué pour les vendre, jusqu’à rencontrer un succès énorme qui donnera à ce système commercial une tournure forcément bancale. Dans les rôles principaux, Christoph Waltz (toujours très bon depuis son adoubement chez Tarantino) et Amy Adams (magnifique en mère indignée, en épouse cloîtrée et en artiste maudite) se donnent la réplique avec l’énergie des gens qui ne savent pas s’aimer, mais qui voudraient bien. Ça sonne juste, et plus on flirte avec l’invraisemblance de cette histoire pourtant vraie, plus la partition interprétée par l’ensemble des protagonistes prend son sens. D’un petit fait divers oublié, Tim Burton pond un film ambitieux, personnel, débarrassé de ses encombrants gimmicks, et passionnant de bout en bout. Il a même le bon goût d’éviter l’écueil de certains biopics, en menant à terme l’histoire de ce couple très spécial, sans abandonner le public à ses interrogations. Nice shot, dude !

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