Pour le savoir, après avoir contacté sans beaucoup de succès les patrons de La Réserve et de La Bodeguita de Noche qui ont préféré ne pas s’exprimer, nous avons trouvé un interlocuteur en la personne de Didier Segui, patron du Goa et du Macao à St-Aygulf, qui atend encore de savoir si son Bellini va pouvoir ouvrir cet été. Le milieu de la nuit, la concurrence, ses confrères, il nous donne son point de vue éclairé. Et ce qui l’inquiète, ce n’est pas ce qu’on pourrait penser a priori.
Tu connais bien le monde de la nuit. Le Colisée va ouvrir, pour un établissement comme le tien ça va être un énorme concurrent. Comment tu imagines cette perspective ?

Pour moi ce n’est pas un concurrent. Plus il y a d’endroits pour sortir, plus les gens vont venir à Fréjus/St-Raphaël, tourner dans le coin. Je me dis que si là-bas on les refoule ils vont venir chez moi, ou si ça ne leur plaît pas ils vont venir chez moi. Plus on est nombreux, mieux c’est !

C’est le même discours qui est tenu par les gens du Colisée. Ils espèrent créer une espèce d’effervescence dans toute la ville.

Avant il y avait 10 boîtes de nuit, ici, l’Odyssée à 100 m de la Playa, la Réserve à peine plus loin, et tout le monde fonctionnait, tout le monde travaillait correctement. Depuis que le Goa a ouvert, les autres boîtes de nuit ne reçoivent pas moins de monde d’après ce que j’entends. Au contraire. La Bodeguita, le Camino, avec les multiples endroits pour sortir la nuit, les gens trouvent toujours une bonne raison pour aller dehors. Ils font le tour.

C’est de la saine concurrence ?

C’est la même chose qu’avec les zones commerciales. Tu mets un centre commercial énorme au milieu, les magasins autour fonctionnent aussi. Le Colisée a réglé son problème de parking, comme nous. On aura des débuts difficiles, quand ils vont ouvrir, parce que leur inauguration et leurs premières soirées vont attirer du monde. Le but du jeu, pour nous, c’est d’être meilleurs en permanence. C’est pas parce qu’on est petit qu’on ne peut pas travailler comme les grands.

Tu as discuté avec tes confrères, de ça ?

Ici, tout le monde se considère comme le concurrent des autres. Il y a très peu de partage et de cohésion. Les gens se voient comme des concurrents qui se piquent la clientèle. Alors qu’on pourrait discuter en amont, s’arranger, « tu fais quelle soirée ? Moi je vais faire autre chose à ce moment-là », et non. Tout le monde se bouffe, j’en ai eu la mauvaise expérience avec le Bellini. Bien marcher, c’est mal vu par ceux qui marchent bien aussi. Nous, on a une clientèle locale, notre ambition c’est de tourner l’hiver. C’est bien d’avoir une grande boîte de nuit qui peut accueillir 1800 personnes, mais en hiver il va falloir remplir.

Mais si ce que tu dis est vrai, à propos de la cohésion, comment ça va se passer quand Le Colisée va ajouter son agenda à celui des autres ?

Tout le monde va faire venir les guests en même temps et les gens ne sauront plus où aller. On va tous se tirer la bourre au lieu de dire « toi, fais venir tel guest le vendredi, moi je le fais venir le samedi ». L’été, tout le monde fanfaronne parce qu’il y a beaucoup de monde, c’est facile d’attirer les touristes. L’hiver c’est plus compliqué. Les établissements qui ont déjà leur réputation ont du mal à la changer. Je sais que le patron de La Réserve aimerait sortir un peu de l’image très jeune qui colle à son affaire, il va avoir du mal. Le Colisée va devoir choisir avec qui il veut remplir sa boîte. S’il veut faire de l’Ultra VIP c’est faisable, mais c’est difficile. Je lui souhaite d’y arriver.

Mais tu penses que c’est impossible, d’arriver à plus de cohérence dans l’offre, en discutant ?

Invite-moi à venir chez toi et je viens. Ma porte est ouverte. Le directeur artistique de La Réserve est venu ici, quand j’ai ouvert, sans que je l’invite. Mais inconsciemment, on s’apprécie tous, on fait tous le même métier, on a tous les mêmes problèmes. Le problème du Colisée c’est qu’il a une mauvaise image avant même de démarrer, cette image de boîte soutenue par le maire de St-Raphaël, etc…On verra comment ils s’en sortent, en espérant que la police les laissera tranquilles. Parce que là-haut, c’est un cul-de-sac, tu sors de là t’as qu’une route ! Le nerf de la guerre de l’été ce sera peut-être ça, tiens !

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