C’est le printemps, et chaque année, au printemps, l’éducation nationale et le CLEMI essaient de conjuguer leurs efforts pour intéresser leurs usagers, de 5 à 18 ans, à peu près, à tout ce qui concerne la presse et les médias. Vaste programme pour une génération qui, paraît-il, ne s’intéresse plus à rien, si ce n’est aux pérégrinations des Anges de la Téléréalité, aux buts de Leo Messi et à la rivalité Ios/Androïd. Pour tordre le cou à quelques idées reçues sur la capacité de compréhension du monde de nos jeunes, nous sommes allés traîner nos guêtres dans deux établissements qui n’ont absolument rien à voir, histoire de discuter avec Véronique Grandjacques et Valérie Cordier, deux professeurs-documentalistes qui encadrent la 26e édition de cette semaine de la presse, respectivement au Lycée Pro Galliéni (Fréjus) et à l’Institut privé Stanislas. Pour elles, pour leurs élèves, pour nous et même pour vous, vous allez voir que finalement, c’est beau un monde qui bouge.

 

Gallieni – « une histoire de références »

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Véronique, cette année le CDI de Galliéni a mis en place un atelier sur les caricatures.

Les élèves travaillent dessus, on définit ce que c’est qu’une caricature, on étudie les procédés humoristiques, on essaie de comprendre ensemble ce qui fait rire ou sourire.On évoque les métaphores, les métonymies, l’ironie, on étudie une caricature de Plantu sur la Guerre du Golfe. Et à la fin, ils essaient de dessiner quelque chose, avec un thème : l’opposition riches-pauvres dans le monde

Comment ils s’en sortent ?

Ça dépend des classes mais en général pas trop mal. Ils ont pas mal de connaissances.

C’est une bonne surprise, pour vous ?

Je m’en doutais. On a choisi ce thème là parce qu’il était en relation avec les attentats et la liberté d’expression, mais on a évité toutes les caricatures religieuses pour éviter de lancer un débat sur ces questions-là, ce n’était pas le but. Je voulais juste les amener à comprendre à quoi servent les caricatures et comment elles fonctionnent, mais pas les amener sur le terrain de la polémique. Ils se sont montrés intéressés par tout ça.

Parce que ça leur parle ?

Ça leur parle mais c’est parfois difficile à comprendre pour eux, parce qu’ils faut avoir des références, politiques souvent, sociétales, qu’ils n’ont pas toujours. Ils ne les ont qu’en partie, c’est mon rôle de les aider. Par exemple la caricature de Plantu sur laquelle on travaille date de 91, ils ont un peu de mal à saisir le ressort humoristique. Mais je les connais, je sais ce qu’ils savent ou pas, donc on a travaillé sur des images d’Hollande et Sarkozy parce que je sais que ce sont des références qu’ils possèdent.

Et quel rapport ont-ils avec la presse papier ? Ils connaissent les journaux ?

Ça dépend un peu de ce que lisent leurs parents. Souvent ils connaissent assez bien les noms des journaux mais ne savent pas trop ce qu’il y a dedans. Ils sont plutôt au courant de ce que font les journaux locaux. Depuis quinze ans que j’anime ces ateliers-là, je les trouve toujours aussi intéressés par l’actualité. Ce qui change, c’est que les alertes sur les téléphones mettent tout le monde au courant en même temps, y compris les jeunes. On en discute directement, tout le monde est au courant beaucoup plus vite.

 

Stanislas – « leur apprendre à faire le tri »

Valérie, comment ça se prépare, la semaine de la presse à l’école, à Stanislas ?

On travaille chaque année avec les professeurs d’éducation civique et le CLEMI qui nous envoie des journaux de presse écrite. On prend tout ce qu’on peut avoir, souvent beaucoup de choses sont prises tout de suite. Cette année on a eu un peu de chance , on a pu en avoir plus que d’habitude. On est déjà abonnés à pas mal de choses, qui correspondent aux tranches d’âge.

Cette semaine le thème c’est la liberté d’expression, c’est conséquent aux attentats de janvier contre Charlie Hebdo. Vous en avez discuté avec eux, de ça ?

J’ai eu un cours de méthodologie avec des gamins de 6e le lendemain des événements. Je ne suis pas allée en profondeur sur ce sujet-là avec eux mais j’étais obligée d’en parler, parce qu’on allait recevoir les unes des journaux. J’ai préféré laisser leurs profs d’éducation civique leur en parler plus longuement, et certains professeurs de français, qui avaient déjà abordé le sujet avec eux. Mais j’étais à l’écoute de toutes les questions, et de l’expression de leur ressenti.

Des questions ils en ont beaucoup, même les petits ?

Oui. On avait déjà réalisé un panneau dans le CDI, sur la liberté de la presse, conçu avec les secondes, on a essayé de le compléter avec des informations liées à l’actualité sur les attentats.

Pendant cette semaine de la presse, vous essayez de faire se rencontrer les jeunes et les journaux ? Ils se connaissent déjà ?

On leur fait faire des ateliers. Ils choisissent quelques journaux, ils essaient d’analyser la une, le contenu, via des questionnaires. On leur enseigne le vocabulaire typique de la presse, quotidien, hebdo, en général ils ont tout oublié. Il n’y en a pas énormément qui lisent des périodiques. Le kiosque est là toute l’année, mais évidemment ils sont un peu plus affairés autour pendant cette semaine-là.

Ils sont très au courant de tout, malgré tout, grâce aux smartphones.

Ça fait partie de notre métier, de leur apprendre à faire le tri. À partir du moment où c’est la bonne info qui leur parvient, il n’y a pas de problème. Mais il faut apprendre à la lire, pour ça, et à comparer ce qui se fait sur Internet et sur les versions papiers. Les supports s’additionnent. Ils découvrent des magazines qu’ils ne connaissent pas, on leur demande leur avis, on prend les retours. Ils ont du mal, quand même. Pourtant ça fait partie de leur programme en français et en éducation civique, ils se retrouvent fatalement un jour ou l’autre devant un journal. La semaine de la presse ça sert aussi à ça, à leur apprendre à développer un esprit critique, sur ce qu’ils entendent, ce qu’ils voient. Avec l’histoire du crash de l’hélico en Argentine, on peut assister à des méthodes assez affolantes, de journalistes qui sont allés à la course à l’info. Idem avec les attentats de Charlie Hebdo, quand on entend un élève de 6e nous demander si c’est un complot, il faut qu’on essaie de savoir comment il en arrive à nous poser cette question.

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