Sébastien Costamagna nous raconte :

Le Mas a l’air de très bien fonctionner, pourtant le Mas a perdu 40 000€ lors de l’exercice 2014, ce qui a mis en péril la structure.

Effectivement, ça marche très bien les soirs où il y a des têtes d’affiche, et beaucoup moins bien avec les artistes en développement. C’est la première fois qu’on a une baisse de la fréquentation, normalement on augmente d’environ 15% par an, cette fois-ci on a dû constater une baisse de 6%. Chaque année on est entre +10 et +15% de masse salariale pour assurer sereinement la croissance. On se rend compte qu’il y a un problème au niveau du pouvoir d’achat, des gens qui venaient 4 ou 5 fois dans la saison sélectionnent aujourd’hui un peu plus les spectacles.

Est-ce que les places sont chères ? Les artistes, sont chers ? Les négociations avec eux sont compliquées ?

Places trop chères au Mas c’est faux. Avant de mettre en vente en spectacle, on utilise deux outils fantastiques : Infoconcerts et Excel. Avec ça on fait une moyenne du prix des places pour voir les artistes qu’on programme en France, en général on est toujours un petit peu en-dessous. On essaie toujours de programmer des artistes qui sont en tournée, on essaie de les faire jouer au bon moment suivant leur routing, pour avoir un coût qui reste relativement faible. Il y a effectivement une polémique autour des cachets artistiques trop chers, mais pour ceux qui demandent trop, ils peuvent se produire dans des jauges plus grandes que la nôtre (1000, Ndlr).

Tu as connu de grosses déceptions en 2014 ?

Oui, parce que des artistes auxquels j’ai cru n’ont pas rencontré les faveurs du public. N’importe quel programmateur peut se planter. J’ai dû composer avec la morosité générale, et puis avec le danger pour tous les festivals de plein air : la météo. On a annulé 2 dates, on a fait une pool-party le 5 juillet avec un temps gris toute la journée alors que normalement c’est un rendez-vous un peu festif assez facile à organiser qu’on a complètement planté. Il faut bien savoir qu’avec un spectacle qui marche bien, on gagne un peu, mais quand ça ne marche pas on perd beaucoup. La balance a été difficile. Les festivaliers ont dépensé 1€80 de moins de ticket moyen, multiplié par 17 000 personnes ça fait beaucoup.

Tu as dû passer des moments particuliers avec les chiffres…

Pendant deux mois je m’appelais Excel, en modélisant dans tous les sens les solutions. C’est comme ça qu’on a déduit qu’il était judicieux de réduire le nombre de dates, de 25 à 15 pour schématiser, pour être en corrélation avec le potentiel d’achat du public.

Tu vas te faire un peu moins plaisir avec les artistes en développement ?

On a trouvé une nouvelle formule ! Plutôt que d’avoir une programmation qu’on va qualifier de « mélangée », avec du développement et des têtes d’affiches réparties, on va se garder un weekend de 3 jours consacré au développement, avec une communication axées dessus, ça correspond aux envies du public qui est avide de découvrir des choses.

Le fonctionnement du Mas s’est toujours articulé autour de peu de subventions, en comparaison de beaucoup d’autres. Cette année tu as dû refaire le tour de tous les partenaires possibles, en leur expliquant que ça devenait compliqué. Comment t’ont-ils accueilli ?

Globalement, bien. Tout le monde est conscient que le Mas est un produit de culture qui existe depuis 12 ans. Le Conseil Général a moins d’argent, la Cavem aussi, la mairie a dû financer la réforme des rythmes scolaires….Tout le monde essaie de trouver des solutions, Georges Ginesta et Guillaume Decard à la Cavem ont poussé le projet pour que l’on ait un peu plus d’argent.

Pour faire tourner la machine tu as aussi lancé un Crowdfunding, à hauteur de 30 000 euros. Ça représente quoi, dans le budget de fonctionnement du Mas ?

Ça correspond à 8%, à peu près. Mais ces 30 000 euros on en a besoin. Le modèle économique de notre activité nous pousse à explorer plusieurs modes de financement, en faisant appel à des gens qui sont intéressés par le projet. On sent qu’il y a un intérêt, on va coupler ça avec des vidéos d’artistes qui nous soutiennent, qui encouragent dans des vidéos qu’on a faites tous ensemble à Paris les gens à participer. On les postera au fur et à mesure, je les remercie encore. Le Mas, ce n’est qu’une illustration de ce qui se passe en France. Il y a 144 lieux de diffusion culturelle qui ont fermé en 6 mois, et ça devient un sujet dans les journaux nationaux.

Tu connais bien les autres organisateurs de festivals, qui sont pour beaucoup en grande difficulté. C’est quoi, l’ambiance générale, on pense à demain ou on règle essentiellement des problèmes ?

L’ambiance, elle est pas bonne ! Les producteurs parisiens ont du mal à placer leurs artistes, surtout en développement. Le plus vieux festival de France, de musique classique à Strasbourg, est mort cette année. Alors Chante à Montauban ne fêtera pas son 30e anniversaire. Tout le monde est passé par là. Ici, le Gaou est mort, la Crazy Week aussi. La question qu’il faut se poser, elle n’est pas au niveau des subventions. Le crowdfunding est une solution qui a le mérite d’exister.

Avec la surpopulation estivale, les gens qui ont de l’argent qui viennent ici, les festivals qui ferment c’est normal ?

Ça nous inquiète, en tous cas. Pour le cas particulier du Mas, on ressent un réel soutien, par le public, les programmateurs et les artistes. C’est un truc à part, vraiment. Il y a une grande volonté collective de le sauver. L’industrie de la musique est en crise, on essaie de trouver des solutions. J’espère qu’on sera encore là pour en parler en 2016. On parlait de la sur-affluence des touristes, mais est-ce qu’il n’y a pas, du coup, une sur-offre ? Il se passe tellement de choses, des spectacles de rue, des concerts partout, du théâtre. La proposition de spectacles tout confondu a considérablement augmenté, il va y avoir un écrémage, j’espère être du bon côté.

Cette saison tu fais acte de courage, en embauchant du monde et en retournant malgré tout au combat. Tu as longtemps réfléchi, avant de te lancer ?

L’idée c’est d’y aller en prenant un risque, ou de ne pas y aller du tout. J’ai une équipe solidaire, qui joue le jeu en disant qu’eux non plus n’ont pas envie que ça s’arrête. Beaucoup sont là depuis le début, c’est une histoire humaine. On prend tous un pari. C’est aussi en temps de crise qu’on doit remettre les choses au carré, en analysant les choses : « ça on peut le faire, ça on ne peut plus ». Dans des conditions économiques acceptables, on va essayer de livrer un beau produit culturel au public. Je me suis posé la question pendant deux jours. Avec des dettes, c’est compliqué. Merci à la Sacem, vraiment, qui a accepté de réunir l’essentiel de la dette et de nous faire un échéancier assez souple.

Qu’est ce qui pourrait se passer comme catastrophe pour que l’an prochain ce soit vraiment impossible ?

Si on aligne le même résultat financier, on sera obligés de fermer. Mais avec une programmation un peu moins osée, qui rentre plus dans les tendances, en prenant moins de paris, en gardant les artistes en développement dans des plages adaptées, y compris en ouverture, on devrait arriver à fédérer.

Tu ne nous diras pas quels sont les artistes auxquels tu penses, mais tu travailles déjà sur la programmation. Donne-nous de l’espoir et dis-nous que ça va le faire…

Avec les artistes auxquels on pense, je crois vraiment que si ça ne fonctionne pas avec eux, il faut tout arrêter. À moins d’une déferlante d’orages ou d’une tempête sans précédent, on accueillera beaucoup de monde au Mas cet été, j’en suis convaincu.

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Une réponse

  1. Nina

    Bonjour

    Grosse difference l’année dernière, la très mauvaise ambiance du pour beaucoup à l’emploi d’une société de sécurité qui était limité impolie, abusait de ses droits (fouiller des poches, ouvrir mes boîtes de médicament et du coup divulguer des infos de l’ordre du secret médical, mal parler aux gens dont mon mari mon fils de 5 ans et moi même… J’en passe). Du coup au lieu des 5-6 concerts auxquels on allait d’habitude on est allé qu’à 2. Et c’est chiant aussi d’avoir l’impression d’être un portefeuille ambulant; le camion a pizza, à sandwich le bar par ci le bar par la… C’était mieux avant! On est plein à avoir vu ces changements, gonflants…. On se retrouve au milieu de l’intelligencia frejusienne et raphaeloise…. Assez prout prout pour certaines soirées. Après ce n’est pas le cas de toutes. Ayo, la soirée Reggae, la soirée d’ouverture étaient super chouettes mis à part les désagréments cités plus haut.
    Mais on ira eau coup moins voire pas cette année si ça reste ainsi, ce qui est super dommage car le Mas c’est une super programmation, originale, engagée! Je suis ouverte à discussion.nina

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