Jadis les groupes de rock usinaient en studio leur dernier LP – ce lexique trahit l’homme préhistorique -, avant de l’aller vendre sur les routes au fil de tournées prodigues en excès de toutes sortes, à commencer par leur durée. Nolens volens, il n’en va pas autrement de nos jours pour les écrivains, qui fourbissent leur collection printemps-été dans la quiétude de leurs mansardes, les doigts gourds sur leur clavier d’ordinateur – l’homme préhistorique eût parlé de machine à écrire, je vous signale – pour l’automne venu sillonner routes et chemins vicinaux à la rencontre de leur lectorat. Cependant les groupies en offrande érotique ne surabondent point. En un mot comme en cent – et quiconque a écrit, écrit, écrira préfère(ra) en cent -, ce second volet de la vie de littérateur est jalonné d’avanies multiples.
Avec La politesse, le nouvel opus de François Bégaudeau, enfin la comédie littéraire se fait littérature (comique). Il s‘agit en effet d’un livre très drôle, parce que mieux vaut en rire, mais enfin le sort du plumitif en service après-vente n’a rien d’enviable ; d’abord, la personne censée l’avoir lu ne l’a pas fait ; ensuite, le public n’est pas là ; quand il est là, c’est essentiellement pour fourguer un manuscrit au malheureux qui n’en peut mais ; enfin, les confrères ne sont pas tous des anges de miséricorde, et même eux – surtout ? – ne l’ont pas lu. Phrase-gimmick, qui résume tout : « Quiconque voudrait ne jamais parler littérature doit vivre dans l’enclos littéraire ».
Le livre contient d’ailleurs un name-dropping foutraque et drolatique, auquel il n’y a rien à objecter (zéro surprise ; le plus con est Michel Onfray, le plus cool Foenkinos, sans les connaître j’aurais dit pareil) : les lecteurs qui par extraordinaire ignoreraient ce who’s who littéraire n’ouvriront jamais ce livre. Au reste, l’auteur lui-même ne s’y épargne pas : d’abord stoïque et drôle, il finit quand même, à force de subir désinvolture, désintérêt et impolitesse – d’où le titre – par se crisper quelque peu, et par renvoyer leur agressivité aux plus néfastes de ses interlocuteurs. L’autodérision est une cuirasse trouée.
Un livre intelligent et drôle, dont le plafond de verre – qui en est un peu le sujet, l’auteur étant tout le contraire d’un étourdi – est qu’il ne séduira que ceux qui lisent déjà des livres intelligents et drôles.

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