Les érudits-rock, rien de plus stimulant par intermittence, rien de plus pénible au quotidien. L’autre jour je prenais – en tout bien tout honneur – un café avec une jeune fille, lorsqu’un hymne grandiloquent s’y éleva des enceintes : « tiens, dit-elle, avec une ingénuité finalement très sexy, la musique des Experts ». Non, Mélanie, ce n’est pas la musique des Experts, c’est Baba O’Riley, extrait de Who’s next ? un des plus grands albums de l’histoire du rock.
Paru en 1971, la même année que Led Zep IV, et au lendemain de la séparation des Beatles, cet album marque l’apogée et le passage de ligne du groupe mod, qui dans les golden sixties s’était surtout signalé par la dinguerie de son batteur Keith Moon (mort en 1978), et par le record du concert le plus bruyant. C’est bien, et c’est très rock’n’roll, mais ce n’était rien encore. Au reste, ça résume un peu l’histoire de ce genre musical : d’abord on fait un max de bruit et de boxon, et quand on a acquitté ce ticket d’entrée, alors on a le droit de tutoyer les dieux. Brown bomber, Who’s next ? même combat.
Cet album, c’est un morceau de paradis chu sur nos platines et dans nos enceintes ; et aussi un exemple parfait du mantra ultime du rock : « si c’est trop fort, c’est que vous êtes trop vieux. » Depuis que j’ai écouté Behind blue eyes, plage 8, je cède tout – lamentablement – à une jolie fille, pour peu qu’elle ait les yeux bleus. Ecrire au journal, qui transmettra. Et ça s’achève sur un hurlement de fin du monde, Won’t get fooled again : je ne me laisserai pas avoir une autre fois, une devise valable pour une vie entière (quoique contradictoire avec la séquence précédente, pasque les yeux bleus, je me suis fait eu un wagon de fois), non ?
C’est Londres qui a été désigné pour accueillir les Jeux Olympiques de 2012 ; lors de la cérémonie de clôture, tout le Hall of Fame gaillardement sexa/septuagénaire du great rock’n’roll circus était là le doigt sur la couture du pantalon, pour rappeler qu’en plus du bed and breakfast

et du bus à impériale, l’Angleterre a offert à la civilisation la musique de notre temps. Ce sont les Who qui ont volé le show, avec un Roger Daltrey faisant voltiger le micro comme à ses plus beaux jours. Au risque d’être accusé de n’être point patriote, je me disais in petto devant mon écran de télé : et si Paris avait gagné, mais on aurait mis qui, nous autres ?

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