On la connaît bien, cette bravade de Fréjus. On y célèbre Saint-François de Paule, le protecteur de la ville. On y voit des gens déguisés, en soldats napoléoniens, en tenue folklorique. On y fait hurler les mousquets, au péril des tympans de ceux qui sont à proximité. On y défile dans les rues. Et les gens adorent ça. Parce que la bravade, c’est la sortie des terrasses, les beaux jours, c’est une fête populaire qui ne changera jamais, à quelques détails près, parce qu’il faut bien tester des petits trucs, mais jamais rien chambouler. Une valeur sûre, une vraie. Pour notre première couverture de l’événement, nous avons rapidement déclaré forfait face à l’ampleur du calendrier : trois jours de traditions, pour les punks que nous sommes au fond de nos cœurs, c’était peut-être un peu trop. Mais quelques mots échangés avec un passionné comme Jérôme Orlandini, le responsable de tout ce qui touche à la musique pendant ce grand week-end de festivités, ça, c’était dans nos cordes.

Jérôme, vous dirigez les musiciens de l’association « les amis de St-François de Paule », qui animent la bravade pendant les trois jours. Qui compose vos troupes ?

Des fifres, des tambours, des clairons pendant le défilé, auxquels viennent se rajouter des trompettes pour le concert du vendredi soir, qui lance, quelque-part, la manifestation.

Dans l’esprit des gens, la bravade est surtout une fête traditionnelle qu’affectionnent les anciens. Pas du tout ?

E bien moi j’ai 41 ans, mais vous verrez qu’il y a beaucoup d’enfants qui défilent le dimanche, par exemple. Ça peut paraître un peu daté, mais chaque année c’est toujours aussi vivant. Le côté fête votive, religieux est bien sûr très présent, mais c’est surtout une affaire de traditions fréjusiennes. Il y a des gens qui sont très croyants, et d’autres qui le sont beaucoup moins voire pas du tout, mais qui participent quand même parce que la bravade, c’est culturel, c’est une grande fête locale de Fréjus. La tradition.

Vous vous occupez de la musique, ce qui doit vous prendre beaucoup de temps et d’énergie. Comment vous en êtes venu à vous investir autant ?

Comment on s’y met ? Je peux vous donner mon expérience personnelle, mais elle sont multiples. Mes parents étaient dans un groupe folklorique, j’ai participé à la bravade sans jamais vraiment me poser de question. On rentre dedans, on naît avec ça, on est petit, on voit les couleurs, les coups de fusil, la fête, on s’habille dans les compagnies avec les autres enfants, et on fait son chemin.

C’est beaucoup de préparation, le concert du vendredi ?

Oui, énorme. Sur le temps que je passe à à préparer la bravade, 95% est consacré au concert du vendredi. Le reste, ça tourne tout seul. Ce soir ce n’est pas un concert de musique folklorique. Les fifres et tambours on appelle ça la batterie fanfare mais le nom est mal approprié. On va jouer des musiques très éclectiques, quelques pièces d’origine folklorique mais jouées de façon très martiale, on joue de la musique du premier empire, des morceaux historiques, de la renaissance, de la restauration, du second empire, des choses plus modernes anglo-saxonnes, c’est très éclectique.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer clairement ce qu’on fête, pendant trois jours ? Parce que tous ceux qui n’ont jamais vu ça dans les rues vont être surpris !

On fête le Saint-patron de la ville de Fréjus, Saint-François de Paule. En allant à la cour du roi Louis XI au XVe siècle, est arrivé par bateau d’Italie et a trouvé Fréjus malade de la peste. Il est venu prier dans l’église, et la croyance dit que depuis ce jour Fréjus a été libéré de la peste. La bravade, c’est typique du Var, par exemple à Saint-Tropez, on fête Saint-Tropez de Pise, le saint-patron de la ville. Comme ici.

La bravade, c’est aussi le moment qui réunit toutes les associations folkloriques ?

Sous la bannière des amis de Saint-François de Paule, effectivement, dont l’unique but est d’organiser tout ça. Nous faisons appel à toutes les associations folkloriques pour cela, mais pas seulement puisque par exemple, l’harmonie aurélienne va cette année participer aux animations. On essaie de faire participer le maximum de personnes. Il n’y a pas de concurrence, à partir du moment où on sait tirer au fusil, jouer du fifre ou du tambour, on a envie de participer !

Vous qui adorez ça, c’est un moment que vous attendez toute l’année avec impatience ?

Oui, même si c’est ma …je sais plus combien ! Après Noël, une grande partie de mon temps libre est consacrée à préparer cette fête.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c’est que ce costume ?

C’est un costume de grenadiers de la garde de Napoléon 1er, ça date du premier empire. C’est pas tout à fait de la reconstitution, c’est pas 100% authentique comme peuvent le faire les gens qui sont spécialistes de reconstitution, il y a des petites variantes, mais on essaie de rester dans l’esprit.

Le vendredi il y a donc un concert, mais le gros de la fête se déroule le samedi et le dimanche.

Le samedi soir et le dimanche, oui. Tout le monde participe, les gens sont conviés. Le samedi soir, les civils défilent avec nous, il y a juste des moments où l’on tire et où l’on demande au public de ne pas se mélanger avec nous pour des raisons de sécurité. On essaie aussi de faire participer au maximum ceux qui ne sont pas en costume, c’est une fête qui appartient à tout le monde et pas seulement aux bravadeurs. Le samedi soir et le dimanche, ça fait beaucoup de bruit ! On sera un peu plus de 200 à défiler en costume en comptant les enfants, dont 80 tireurs, avec le plus de monde possible autour de nous, en tous cas on l’espère !

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