Eve Baquey a 22 ans, et suit le sillon creusé par sa maman : elle sera commerçante. Après une émancipation personnelle passée part les antipodes australiens, elle est revenue sur ses terres avec des idées fraîches pour proposer quelque chose de nouveau aux femmes qui souhaitent s’habiller différemment. Avec 22 ans au compteur et beaucoup de lucidité, c’est au sortir d’un défilé de mode très compliqué à organiser que la jeune entrepreneuse nous a raconté comment on fait, à 22 ans et avec un peu d’aide mais pas trop, pour creuser son propre sillon dans le monde du prêt-à-porter.

Eve tu as ouvert cette boutique Vagabond depuis combien de temps ?

On fête nos deux ans.

Tu as donc commencé à 20 ans. Comment on fait, à 20 ans, pour gérer un business entre les banquiers, les fournisseurs, les loueurs ?

J’ai eu beaucoup de chance parce que ma mère était derrière moi, pour s’occuper de toute la partie administrative. Mais en ce qui concerne la déco, les collections, c’était ma partie. Je pense qu’il faut avoir du tact avec les gens, savoir les écouter pour bien construire les collections. J’ai mis à peu près six mois à tout sélectionner, les tranches de prix.

Parlons un peu de ce défilé (le vendredi 8 mai, le magasin a présenté ses collections en réservant la rue de la République à St-Raphaël pour un défilé très réussi). Il paraît que ça a été un peu galère à organiser !

La mairie nous a dit oui à tout, puis a fait machine arrière. On a pensé à l’annuler une semaine avant la date, parce qu’on n’avait pas de podium, pas le droit de mettre les tentes, pas le droit de diffuser de la musique, mais finalement ça s’est arrangé.

Comment ça s’est passé au tout début, ça te faisait quel effet d’être la patronne ?

C’était compliqué parce que je n’avais jamais fait ça, mais j’avais de la volonté, de la poigne, faut y aller.

Et quand les gens constatent que la patronne a 22 ans, ils changent de regard ?

Au début c’est un peu compliqué, je pouvais comprendre qu’ils n’aient pas forcément confiance en une personne qui est très jeune et qui vient d’ouvrir une boutique. De mon côté il fallait que je propose de l’originalité, en m’inspirant des grands créateurs, avoir « les sens des tenues ».

Est-ce que tu penses que les anciens ont des choses à apprendre des jeunes ?

Oui je crois. Je suis une formation en conseil commercial, et je vois bien qu’il y a plein de choses à enregistrer. On possède des techniques que les personnes plus âgées, qui ont leurs boutiques depuis très longtemps, ne maîtrisent pas forcément, des choses que l’on peut constater très rapidement tous les jours et qui leur passent complètement à côté, sur Internet mais pas seulement.

Tu discutes de tout ça avec tes homologues ?

J’ai pas mal d’amis commerçants, on organise un autre défilé ce mois-ci, en faveur de la recherche pour lutter contre la polychondrite atrophiante. C’est aussi l’occasion de se mettre ensemble sur un projet, de regarder comment ça se passe pour chacun. On a de la chance, la tranche de prix et d’âge de la boutique nous permet d’avoir un public assez large. Et ce genre d’événements c’est attrayant pour les gens, ils n’ont pas l’habitude de voir ça ici.

Le fait que tu travailles souvent avec ta mère, est-ce que ça laisse penser aux gens que c’est elle la patronne ?

Pas du tout, elle a sa boutique, j’ai la mienne, chacune sa collection. On a des points communs, mais c’est tout. Ça fait longtemps que je suis indépendante, je suis partie en Australie, je suis revenue ici avec la volonté de proposer quelque chose de nouveau à Saint-Raphaël, une ville où les gens sont vachement bloqués sur l’apparence, mine de rien. Des événements comme celui-là je pense que ça ne peut que contribuer à faire bouger les choses.

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