Jordan Latrasse est né en décembre 1987. Il est pourtant déjà un ostéopathe installé, avec son propre cabinet, sans associé. Un cursus scolaire impeccable, une orientation qui s’est révélée être immédiatement la bonne, un joli plan de carrière, des bonnes idées, des compétences, et le tour était joué. Pénétrer dans le microcosme des professions médicales à 22 ans, un défi insurmontable ? À en croire l’intéressé, pas forcément, mais un parcours semé quand même de quelques embûches qu’il convient d’éviter avec une certaine dose d’intelligence. Ce dont ne manque pas ce thérapeute qui adore son métier, et parler de son métier, même s’il l’avoue lui même, il ne le fait pas assez. C’était l’occasion !

Jordan tu es né en décembre 87, et tu es ostéopathe depuis combien de temps ?

J’ai obtenu mon diplôme en 2010, j’ai fait un an de consultations à domicile pour évaluer le marché local, puis j’ai ouvert mon cabinet en 2011. C’est jeune, oui.

Dans l’ensemble, les ostéopathes sont jeunes, comme toi ?

Il y a deux types de population : ceux qui sont installés depuis un moment, notamment les kinés formés en ostéopathie, et toutes les nouvelles générations d’ostéopathes qui arrivent, puisqu’il n’y a jamais eu autant de gens formés à ce métier-là que maintenant.

C’est une médecine parallèle en vogue ?

Le problème c’est qu’il n’y a aucune régulation du nombre d’ostéopathes qui sortent par an. Et comme les écoles sont privées, les dirigeants n’ont aucun intérêt à limiter le nombre de leurs élèves. Donc forcément on se dirige petit à petit vers une surpopulation ostéopathique, avec un tri qui se fera selon la qualité des soins, de la formation, de la spécialisation, etc.

Tu t’es lancé sur le marché à 22 ans, malgré les difficultés que ça comportait. C’était difficile d’être pris au sérieux ?

Pas évident, surtout qu’en sortant de l’école on est un peu hésitant, mais la confiance en soi vient petit à petit à force de voir des patients. Au téléphone ils ne voient pas l’âge que j’ai, et quand ils arrivent il sont parfois un peu surpris, mais en général ça se passe bien, j’estime avoir un bon contact avec les gens. L’essentiel pour moi c’est que mes patients soient soulagés. Un ostéopathe qui a 40 ans d’expérience va évidemment travailler un peu différemment, il en a plus dans les mains, c’est métier palpatoire donc ça on ne peut pas le nier. En revanche le métier évolue, il y a toujours de nouvelles techniques, de nouvelles approches, et certains vieux ostéos ne se mettent pas toujours à jour, alors que les jeunes sont plus en phase avec tout ça.

Tu t’intéresses beaucoup à toute l’évolution du métier ?

Ça fait partie de ma culture, je suis thérapeute, c’est important de savoir ce qui se fait à côté. Et puis nous sommes nombreux, donc il faut savoir se différencier, donc je me suis intéressé à tout ce qui est en lien avec le psychisme. J’ai suivi une formation qui s’appelle l’approche somato-émotionnelle avec un ostéopathe belge, et la Sigmund Freud University, une école de psychothérapie qui a créé une formation dédiée aux ostéopathes. C’est l’ostéopathie psycho-somatique, qui met en lien les problèmes conscients et inconscients susceptibles d’influer sur la vie du patient en se manifestant par des symptômes physiques.

Quand il a fallu prendre un local, tu as rencontré des difficultés ?

L’ostéopathie, étonnamment, inspire confiance. La banque m’a dit que c’était prometteur, ils savent que ce sont des créneaux qui fonctionnent relativement bien. La propriétaire m’a fait confiance, aussi, et les parents qui se portaient garants m’ont aussi permis de gagner du temps, sinon je ne sais pas comment j’aurais fait. Les ostéopathes n’ont pas énormément de frais pour le cabinet, j’ai deux fauteuils, un bureau, un tabouret, une bibliothèque, le plus gras investissement c’est la table électrique. Mais par rapport à un dentiste ou pire, un radiologue, l’investissement est quasi-nul.

Il y a une confrérie, dans l’ostéopathie, ou c’est purement de la concurrence ?

Il y a des syndicats, plusieurs. Je ne suis pas syndiqué, mais je soutiens l’ostéopathie dans son ensemble, c’est une grande famille, surtout pour tous ceux qui sont ostéopathes exclusifs, dans le sens où l’on est très précautionneux vis-à-vis de tout ce qui se passe dans la profession, pour les nouveaux venus par exemple. On essaie de surveiller un peu, d’encadrer la profession, surtout quand les nouveaux font de la pub sur Facebook, par exemple, c’est toléré mais ça décrédibilise l’ensemble de la profession. Je suis en très bon contact avec mes confrères, ça m’arrive d’envoyer des patients chez d’autres. On est concurrents, mais ça reste un métier lié à une philosophie.

Tu étais avec des gens du même âge que toi, en formation ?

Je faisais partie des 3 plus jeunes de ma promo, la plupart c’étaient des gens qui avaient raté médecine ou pharma, kiné, des choses comme ça. Moi j’y suis allé directement, pour six ans. Ça aussi c’est compliqué, l’OMS a préconisé 5000 heures de formation, et quand la France a reconnu l’ostéopathie ils ont accrédité la formation à 3500 heures au lieu de 5000 à l’international. Donc aujourd’hui on a des personnes qui ont le certificat d’aptitude à 3500 heures, et la seule chose qui peut attester des 5000 heures c’est le D.O. (diplôme en ostéopathie), délivré par les écoles et qui stipule qu’on a fait 6 ans d’études dont une année entière consacrée à la clinique pure et des séminaires, puis qu’on a passé un clinicat devant deux ostéopathes et un médecin, et qu’on a soutenu un mémoire. Ce travail m’a beaucoup séduit, la découverte de l’humain, la prise en charge globale du patient, l’aspect psychique, c’est très complet, j’ai vraiment trouvé ça très intéressant !

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