Sébastien Perrin, tous ceux qui s’intéressent à la politique le connaissent comme étant l’un des vice-présidents de la Cavem. Avant de se lancer en politique, ce jeune homme de 32 ans est avant tout un garçon proche de la terre, qui exerce depuis dix ans déjà la profession si difficile d’agriculteur. Engagé, plein d’idées, il est passé directement de l’école au tracteur, sans reprendre l’exploitation de son père qui exerçait une toute autre profession. Il revient sur un parcours plein de risques et de paperasse, et nous expose une vision moderne et jeune de l’agriculture, un domaine où la jeunesse pourrait bien révolutionner en profondeur certaines idées préconçues qui ont fait leur temps.

Sébastien tu t’es installé à 22 ans. Pourquoi as-tu choisi de t’embarquer dans cette profession si difficile ?

En fait c’est très simple. J’avais ça dans le sang, mon grand-père qui disait toujours ‘y a pas de plus beau métier que de nourrir son peuple » !

C’est un métier qui n’est pas répertorié comme un « métier de jeunes », il faut gérer beaucoup de choses, des bêtes, des terres, le climat. Comment s’est passée ton installation ?

Mes débuts n’ont pas été comme le sont souvent ceux des agriculteurs, puisque je n’ai pas repris l’ exploitation de mon père, ce qui est souvent le cas. Mon père n’a pas fait ce métier, mais j’avais quelques terres de famille. Je suis reparti avec des crédits, certes mes parents qui m’ont un peu aidé, et j’ai replanté des cultures sur les terres de mon grand-père, vignes, pêchers, oliviers, figuiers. La problématique c’est que tout ça met un peu de temps à produire, 3 ans pour la vigne, 10 pour les olives, et ces dix ans sont économiquement difficiles.

Est-ce qu’au début, quand tu as présenté ce projet à des banques, c’était compliqué à cause de ton jeune âge ?

Non parce que je suis passé par le cursus aidé de l’Union Européenne, la Dotation aux Jeunes Agriculteurs, qui permet de faire un épi, une sorte de plan sur plusieurs années pour nous aider à l’installation. C’est étayé et validé par la chambre d’agriculture, ce qui donne une certaine sécurité aux banquiers.

C’est un métier qui s’ouvre volontiers à la jeunesse ?

En tous cas on essaye. Mais c’est un métier très dur, et qui ne fait plus vraiment recette. Il y a toujours de jeunes agriculteurs, mais il y en a de moins en moins. La démographie agricole est en chute libre. Il y a une nouvelle vague qui commence à s’intéresser au maraîchage bio, de proximité, et qui a envie de reprendre le flambeau. Le problème c’est que ce sont souvent des gens qui sont issus d’autres horizons, qui n’ont pas les connaissances théoriques ou de terrain, et qui n’ont pas de foncier. Et ici, le foncier est très, très cher.

Si tu n’avais pas eu de terres de familles tu ne te serais pas lancé ?

J’avais des terres, et après j’ai pris énormément de fermages pour développer mon exploitation. J’avais 10 hectares, maintenant je travaille sur une quinzaine.

Tu fais partie du syndicat des jeunes agriculteurs, comment ça se passe pour les autres ?

Ceux qui passent par le syndicat ont 98% de chances de s’en sortir. Ceux qui veulent s’installer d’eux-mêmes, par une filière relativement simple (on dépose un dossier à la chambre d’agriculteur), on constate 43% de pertes en cours de chemin, dépôt de bilan en 5e ou 6e année, en général.

Qu’est-ce qui rend ce métier si difficile ?

Les marchés. On est sur sur un marché devenu mondial, avec des pays autour de nous qui n’ont pas les mêmes normes sociales ou environnementales. On a des cahiers des charges très stricts et précis, et les pays qui nous concurrencent n’ont pas les mêmes, ils peuvent parfois proposer des produits deux ou trois fois moins cher. L’exploitant français, qui doit payer ses salariés selon la loi, gérer son exploitation selon des normes, ne peut pas toujours s’aligner sur le prix proposé par les autres, prix qui est indexé à un cours, le cours des denrées. La salade, par exemple, est à quelque chose comme 35 centimes, les Espagnols la sortent à 20, les grandes surfaces achètent donc de l’espagnol.

Tu travailles seul ?

Je prends des saisonniers. Quand je me suis installé je n’en avais pas besoin, maintenant je suis obligé. Heureusement qu’on a des dégrèvements de taxes patronales sur le travail saisonnier, mais c’est quand même un surcoût.

Ça surprend les gens, quand tu leur dis que tu es agriculteur, qui plus est depuis dix ans ?

Oui bien sûr! Il y a encore des communes rurales autour de chez nous même si on vit essentiellement du tourisme. Mis les touristes sont friands des produits locaux, on a quand même un terroir. C’est une attractivité, on en aura toujours besoin.

Qui sont tes clients ? Les grandes surfaces ?

Je suis passé par un autre biais, les points de vente collectifs. Des associations de plusieurs exploitants qui créent un magasin, et fournissent une gamme complète. On est en roulement de vente permanent, toutes les semaines, ça élimine les intermédiaires, ça nous évite d’avoir des salariés pour les faire tourner, ça nous permet de proposer des produits très frais aux consommateurs, et de tirer de la valeur ajoutée.

On imagine que les grandes surfaces achètent aux gros exploitants. C’est le cas ?

Pas forcément. De plus en plus, pour attirer les clients, les grandes surfaces ont besoin d’un rayon « produits du terroir », ça se développe à la Cavem. Les grandes surfaces viennent vers nous et nous proposent des prix plus conformes à nos réalités. Mais ça ne prend en compte que de très petits volumes, les grands volumes sont occupés par les grands faiseurs de produits alimentaires.

Le fait d’être jeunes, toi et tes collègues, vous permet de mieux suivre l’évolution du métier ? Est-ce qu’il évolue vraiment, d’ailleurs ?

Constamment. C’est sûrement le métier qui se renouvelle le plus, il faut s’adapter au marché, produits qui plaisent, d’autres qui ne plaisent plus. Les variétés, la recherche pour correspondre aux goûts des clients. On de nouvelles maladies non répertoriées en Europe, on cherche des solutions pour lutter contre des nouveaux parasites et de nouveaux champignons, en essayant d’utiliser les méthodes les moins chimiques possible. Un paysan c’est le premier consommateur de ses produits, et les produits phyto-sanitaires coûtent très cher, donc on s’en passe le plus possible ! On cherche aussi de nouveaux moyens de commercialiser, en passant le moins possible par des intermédiaires. Nos aînés, c’était « on travaille, on livre au grossiste et on attend », nous on est sur le qui-vive.

Les anciens, quel regard portent-ils sur vous ?

Il y a dix ans ils nous prenaient pour des extra-terrestres, maintenant ils ont compris qu’ils se sont trompés une bonne partie de leur vie. Ils ne nous demandent pas de conseil, parce que leurs marchés sont établis et qu’ils ont leur manière de travailler, mais si c’était à refaire, ils le disent, ils feraient comme nous.

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