Il a fait ses armes auprès de Guy Roux, dans une AJ Auxerre au sommet du championnat français. Il s’est hélas blessé et a dû trouver un moyen de rester au cœur de l’univers du football. Quelques années plus tard, après avoir fait ses preuves sur une côte d’azur qui l’a définitivement adopté, Gaëtan Laclef est à la tête d’une équipe de 35 éducateurs qui gèrent la jeunesse du football local, à l’Étoile Fréjus-Saint-Raphaël. Respecté par les jeunes, écouté par ses pairs, l’éducateur ne veut surtout pas mélanger son statut avec celui d’entraîneur pro. À l’heure où l’Étoile redéfinit son projet sportif avec le départ de Michel Estévan à l’inter-saison, Gaëtan Laclef restera une pièce maîtresse dans la politique de développement des jeunes formés au club. Parce que le football s’apprend parfois très tôt, parce que c’est un sport qui brasse beaucoup d’argent et qui peut rendre fou, parce que c’est un vecteur social de premier ordre, le football a besoin de ces éducateurs qui contribuent à l’équilibre sportif et humain d’une ville. Gaëtan Laclef est de cette espèce-là.

Gaëtan, quel est ton statut exact dans l’organigramme de l’Etoile Fréjus Saint-Raphaël ?

Je suis responsable de la pré-formation, c’est tout ce qui regroupe les catégories U-6 jusqu’à U-15. J’ai bien sûr des relais pour m’aider dans cette tâche, pour gérer l’école de foot j’ai Hervé Gerland, pour les U-11 il y a aussi Arnaud Del Sol. Moi je m’occupe surtout des catégories plus âgées jusqu’à u-15, même si je garde toujours un œil sur ce qui se passe en-dessous. J’ai entièrement confiance en eux, ils font chacun de l’excellent boulot et ça me soulage énormément.

Tu es le coach des équipes premières dans ces catégories d’âge, c’est ça ?

En gros je gère surtout la politique éducative et de formation du club, on la met en place et avec l’équipe d’éducateurs on essaie de la faire fonctionner.

Ce club est énorme, c’est l’un des plus gros de la région PACA.

Il a été le premier, cette année il est le deuxième plus gros dans la région en nombre de licenciés. Au niveau français on est dans les 15 premiers.

Où est-ce qu’on recrute, dans un si gros club, quand on est dans une ville de taille modeste comme Fréjus. Chez les jeunes il n’y a que des locaux ?

Il y en a beaucoup qui viennent de la Cavem, au sens large. Jusqu’à l’âge de 10 ans, il n’y a que les jeunes de Fréjus/St-Raphaël. C’est à partir de la catégorie u-10 que les jeunes de toute la Cavem arrivent chez nous. À partir des U-14 et U615, comme on a des équipes qui jouent à un bon niveau, DHR en U-14 et division d’honneur en u-15, et qu’il n’y a que 4 clubs en région PACA qui sont dans ce cas-là (Olympique de Marseille, OGC Nice, Air Bel et l’Étoile, ndlr), il y a des gens qui veulent venir jouer ici dans un rayon de 80 km. Là c’est une question de niveau.

Ils viennent d’eux-mêmes ou vous allez les chercher ?

Ils viennent d’eux-mêmes, on ne va pas les chercher. En moins de 17 ans par contre on commence à aller les chercher parce qu’on a l’équipe première qui joue en National, et qu’il peut nous arriver de recruter des jeunes capables de rivaliser avec les joueurs de l’équipe pro. Ce ne sont pas mes catégories mais je me tiens au courant de tout, cette année les moins de 17 ans se maintiennent en Nationaux avec beaucoup de clubs pros, en n’ayant que des petit moyens, donc il faut parfois recruter large, dans le 06 ou dans l’ouest-Var, vers Toulon. On est obligés de faire ça parce que si on ne devait faire jouer que des jeunes d’ici, on serait trop vite limités, c’est quand même petit. L’an prochain je pense qu’il devrait y avoir moins de recrues à faire, parce qu’aujourd’hui la fusion a 5 ans. Aujourd’hui ça porte ses fruits. Les u-15 en DH qui finissent dans les 5 premiers, c’est l’un des meilleurs classements qu’on ait jamais eu, on les a au club depuis 5 ans. On voit bien le travail qui a été fait, toutes les générations confirment.

C’est ton rôle de devoir dire « non » à certains jeunes qui veulent jouer ici ?

On dit non si ce n’est pas pour jouer dans une équipe 1. Si c’est pour jouer en 2 ou en 3 ça ne sert à rien de recruter à l’extérieur, on a trop de joueurs et on ne peut pas se permettre de les accueillir. Quand je dis en 1, c’est en 1 de leur génération, mais par exemple un joueur né en 2001 peut jouer dans l’équipe 2 de la génération 2000, parce qu’on sait que c’est dans le but d’en faire un bon joueur de 1 l’année d’après.

Est-ce que le football est toujours un facteur d’insertion ?

Ah oui, énormément. Je sais qu’on souhaite supprimer des équipes parce qu’on manque d’infrastructures, de terrains, et c’est dommage parce que je pense que les petits sont mieux sur un terrain de foot qu’à faire les imbéciles dans la rue. C’est pratique pour les tenir, quand ils aiment ça. On discute souvent avec les parents, et par exemple quand il y a un problème scolaire, les éducateurs ont un rôle. Nous ils nous écoutent, le week-end on les sanctionne, on les sanctionne à l’entraînement, on ne les fait pas jouer. Ils savent qu’ils auront des problèmes au foot s’ils ne font rien à l’école. Je sais qu’il y en a beaucoup qui travaillent bien par rapport au foot.

Tu gères une grosse équipe d’éducateurs ?

Ils sont 35, il y en a quelques-uns qui sont issus des quartiers, on a l’habitude de gérer ces trucs-là. L’avantage du foot c’est que c’est abordable pour tout le monde, quel que soit le niveau social. C’est un mix, un mélange, on a des enfants qui viennent de partout, de l’Aspé comme des Issambres, de Villeneuve comme de la Tour de Mare, ou de Valescure, de l’Agachon. Il y a des parents au RSA comme des parents chefs d’entreprise, mais quand on les regarde, il n’y a aucune différence entre eux.

Tu communiques beaucoup avec le coach de l’équipe pro ? Il vient se documenter, sur les jeunes ?

Je lui en parle, mais c’est plutôt dans des conversations personnelles. Michel…je ne vais pas dire que « les jeunes c’est pas sa tasse de thé », mais il fait confiance à ses éducateurs. Quand je lui dis qu’il y a un jeune qui est bon, il n’hésite pas à venir, ça lui arrive d’intervenir sur une séance d’entraînement et il le fait volontiers. C’est aux éducateurs d’être demandeurs. Il y en a beaucoup qui se plaignent mais qui ne demandent jamais, alors qu’on est là pour ça. On est tous là pour s’entraider, même Charly Paquilé qui s’occupe de la DH sénior, comme Michel, il lui arrive de nous donner un coup de main. Mais je dois avoir la chance d’avoir beaucoup de Guardiola ou de Mourinho dans mon effectif d’éducateurs, puisqu’ils sont rarement demandeurs. Je trouve ça dommage.

L’infrastructure est énorme, c’est difficile de faire circuler les infos ?

Ça communique, mais j’ai besoin de relais, Arnaud et Hervé me font des rapports, ils gèrent chacun leurs éducateurs dans leurs catégories d’âge. On discute, et moi je discute avec Michel Estévan. Lui c’est un entraîneur, pas un éducateur, il n’a pas le temps de s’occuper de ça. Nous on est là pour éduquer les enfants en plus de les faire jouer au foot, il ne faut pas se tromper de métier.

Toi qui a vu passer de très bons joueurs en catégories de jeunes, comment on fait pour expliquer à un gamin qu’il est bon, sans qu’il prenne la grosse tête ?

C’est compliqué parce que le travail ce n’est pas tellement sur le jeune qu’il faut le faire, mais plutôt sur les parents. Ce sont eux le plus gros danger. Le jeune c’est facile de lui dire « attention, reste dans le bon chemin, prend les bons conseils ». C’est quand les parents leur disent le contraire que ça devient compliqué.

Eux se rendent compte de leur niveau ?

Moi je le sais. La seule fois où je l’ai dit, c’était avec Layvin Kurzawa, il avait 4 ans et demi, j’ai dit à sa mère « lui il sera professionnel, plus tard ». Il avait 4 ans et demi, il jouait avec des gosses de 7 ans, je connaissais ses parents, je ne me faisais pas de souci pour lui. Mais je connais aussi des parents qui me poussent à émettre des doutes, ils gèrent leurs enfants sous la pression, ils veulent aller trop vite. Bien souvent ils ne connaissent pas le football, ils ne sont pas passés par là, le danger, c’est ça.

Avant d’être ici, tu as suivi quel parcours de joueur ?

J’étais dans un petit club parisien, à Roissy-en-Brien, puis j’ai joué à Melun, j’étais en sport-études à Fontainebleau. Ensuite je suis devenu stagiaire-pro à Auxerre, où j’ai été blessé pendant un an à18 ans, fracture du cartilage ça ne se soignait pas. J’étais jeune, je jouais avec la réserve et je m’entraînais avec les pros. La chance que j’ai eue, c’est que Guy Roux m’a gardé un an de plus pour que je passe mon bac même si je ne jouais pas, et il a négocié pour que je vienne ici parce qu’il me fallait un endroit avec un climat chaud pour pouvoir jouer plus, les rhumatismes m’auraient handicapé pendant tous les mois froids. Je ne connaissais pas du tout la région. Je suis rentré à la mairie de Saint-Raphaël pendant six mois, et il fallait que je fasse mes preuves. Au début j’habitais au camping de l’Eléphant dans une canadienne deux places, le temps que je joue bien sur le terrain, après c’était au niveau de la mairie. C’est ma 29e année, j’ai vu passer des présidents, des entraîneurs, je suis toujours là, c’est que le boulot est fait correctement.

La fusion, c’est une bénédiction, pour toi ?

J’en ai toujours rêvé, même quand j’étais joueur. J’aurais adoré, à l’époque on était 3e division, avec les frères Soler, Caballero, Dos Santos…Les joueurs avaient une très bonne mentalité, moi je me suis tout de suite identifié à ma ville, on était proches des gens, le maillot c’était l’étoile, on était fiers. Aujourd’hui les joueurs s’identifient moins à la ville, et ne sont pas sages, c’est dommage.

Ils se mélangent moins aux gens que les handballeurs, par exemple.

On va y remédier à partir de l’an prochain. Le président m’a demandé de m’occuper des actions en dehors du club et ça va bouger. On fait déjà pas mal de trucs, surtout dans les quartiers. Mais ce qu’on fait n’est pas médiatisé, les gens ne le savent pas. On fait ça naturellement, nous. Le foot a des vertus sociales, donc on ne pense pas à faire venir la presse. Les joueurs s’entraînent avec les jeunes des quartiers en partenariat avec le CCAS pendant les vacances scolaires, cette semaine ils ont participé à un tournoi en salle avec eux, je pense que les gens ne sont pas au courant.

Et pour les enfants, cette fusion, c’est aussi une bonne chose ?

Ceux qui sont nés en 99 ne se rendent pas compte. Mais pour les plus grands, on a des u-17 en nationaux, ce qu’on n’aurait jamais eu avec Fréjus ou St-Raph séparément, pareil pour le niveau des u-15, en 19 ans on ne serait peut-être pas en DH. On végétait autrefois dans des niveaux inférieurs. Et pour les u-13, c’est la 2e fois qu’on va à Cap-Breton en 3 ans, un tournoi qui réunit 24 équipes, une par région y compris l’outre-mer. On représente la ligue méditerranée, dans le Var on est les seuls, et des clubs amateurs qui ont fait ça, il n’y en a pas beaucoup, face à l’OM, l’OGC Nice. On est très bien lotis en u-13, parce qu’il y a un travail de fond qui est fait. On mise déjà sur les générations d’après, les 2004, les 2005 aussi.

La montée en ligue 2, tu y crois ?

Je pense que oui, et j’y crois avec une belle ossature. Des joueurs confirmés, des pros avec une belle mentalité, bien payés, qui peuvent apporter quelque chose à nos jeunes au quotidien, à l’entraînement. Et nos jeunes, ils auront un beau challenge sportif. On n’a pas les moyens de payer des joueurs très cher pour viser la ligue 2, donc il faut commencer par les fondations. Et ça, c’est les jeunes, de bons éducateurs, et au niveau des équipes 17, 19, PHA, DH, National, des gens intelligents qui n’ont pas peur de surclasser un joueur s’il est bon. Si l’entraîneur de la National a envie de prendre un joueur dans une catégorie inférieure, il faut qu’il le fasse, même s’il ne joue pas, il s’entraînera, et l’année d’après il entrera carrément dans le groupe. Si on arrive à faire ça, on formera quelques jeunes qui seront bons.

Pour l’instant c’est frileux ?

Ils sont en train d’y réfléchir, on se dirige sur un challenge comme ça. Pendant trois ans on a fonctionné autrement, les trois prochaines années devraient être différentes. Il ne faut pas qu’on soit l’OM du Var, à dire qu’il nous faut absolument des résultats tout de suite, et nous taper dessus si ça ne vient pas. Il nous faut un peu de temps, et surtout, il faut monter avec nos propres moyens.

Articles similaires

Laisser un commentaire