Les politiques ne sont jamais fatigués quand il s’agit de couvrir publiquement de ridicule leur mouvement. La sur-interprétation des péripéties verbales de chacun sont autant d’exercices de style périlleux auxquels s’adonnent avec une voracité intellectuelle gourmande en neurones les gens du camp d’en-face. Sans cesse, tout le temps, aveuglément, sans se poser la moindre question. Des hamsters hyper-actifs et trépanés dans la roue du débat médiatique. Cette semaine, c’est le trio Nicolas Sarkozy / Michel Sapin / Jean-Christophe Cambadélis qui a plongé en apnée dans la fosse des Mariannes du néant intellectuel. L’ancien président, un homme cerclé de conseillers de comm’ et de gens affublés de titres ronflants qui correspondent à pléthore de nouveaux métiers qui ne servent à rien (des mecs qui twittent, en gros), s’est maladroitement exprimé sur les compétences de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem, arguant que « dans le combat contre la médiocrité, [Christiane Taubira] est en passe d’être dépassée par la ministre de l’Éducation nationale ». Il parle de la réforme des collèges. Il n’a pas pesé ses mots. On a pu le trouver injuste, on a pu le taxer d’inspecteur des travaux finis, de mec sans rôle précis qui s’exprime sur tout et n’importe quoi, tout le temps. Le ministre de rien qui se plaint que les autres bossent comme des glands, pour sous-entendre que ses potes et lui auraient fait mieux.

Mais dans le coin rouge, on n’a pas entendu que ça. On a aussi décelé une faconde fasciste chez un homme aigri qui déverserait son fiel sur deux femmes qui auraient en plus du défaut de ne pas être des hommes, celui de ne pas être blanches. Michel Sapin lâche un temps ses dossiers pour penser que « ça n’est pas par hasard si Sarkozy a mis dans une même phrase, et dans des termes injurieux, la ministre de la Justice et la ministre de l’Éducation nationale ». Jean-Christophe Cambadélis a évoqué le caractère « légèrement xénophobe » de l’attaque de l’ancien président envers Najat Vallaud-Belkacem. À deux millimètres du point Godwin (Instant d’une conversation où les esprits sont assez échauffés pour qu’une référence au nazisme intervienne), en moins de quelques heures, et par médias interposés. La médiocrité d’un forum Internet non-modéré à l’échelle de l’Etat. Et les radios qui s’excitent, des chefs de rédac en alerte, un buzz pas possible. Du vent, des bras et des langues qui s’agitent dans le vide, des neurones qui fusent dans le vortex pendant qu’il serait utile de penser à autre chose qu’à deux phrases un peu puantes. C’est moi qui délire, ou bien ?

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