Bruno N’Diaye est un homme à qui l’on fait confiance. D’instinct. Et parce qu’il a fait ses preuves. Où, auprès de qui, quand et dans quelles circonstances, il n’aime pas trop en parler. Quoiqu’il en soit, cet homme aussi discret dans ses mots que spectaculaire par son imposant physique est aujourd’hui à la tête de la sécurité du Colisee, le nouveau vaisseau amiral du divertissement made in la Cavem. Comment ça marche, la sécurité dans une structure aussi grande et fermée ? Le monde de la nuit, c’est si compliqué ? Bruno N’Diaye parle avant tout de son métier, et pas juste de son gagne-pain. Parce qu’être un agent de sécurité crédible, professionnel et compétent n’est plus aussi simple que dans les années, il nous fallait un témoin de cette évolution devenue nécessaire. On l’a trouvé.

Bruno, de quoi tu t’occupes ?

Je suis en charge de la sécurité, de le cadrer, et de faire prendre la mer à ce gros bateau qu’est le Colisee. On gère une grosse équipe, on a fait appel à un prestataire de services, qui fournit l’efectif nécessaire pour l’établissement. On aurait pu se contenter de ça, mais j’ai voulu proposer le système de physionomistes. Il n’y a rien de très novateur, si ce n’est que dans beaucoup d’établissements, les physios ne le sont pas vraiment. Et ceux qu’on met en place, j’aimerais leur donner un principe de base, une formation connue à l’international mais peu en France.

Eux, ce sont des employés permanents ?

Ils sont rois, deux hommes et une femme, et ils ont des parcours très différents. Ça nous permet de proposer un accueil très pointu, c’est à eux d’avoir le bon regard sur la clientèle et de s’adapter à toutes les facettes de l’établissement, selon les soirées et les thèmes.

C’est un métier qui s’apprend, ou qui fait essentiellement appel à des qualités naturelles ?

C’est là que c’est intéressant. De mon point de vue, qui n’engage pas que moi, le regard sur la sécurité en France n’est pas terrible, c’est mal vu. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup de monde, et tout et n’importe quoi. La plupart des personnes qui se présentent comme des physios en France, sont des autodidactes. Ils ont certes un regard pointu sur le public, une bonne appréciation, et sont capables de prévoir plus ou moins des comportements. C’est pour ça que les gens de sécurité s’orientent là-dedans, et ils sont décelés par les chefs d’équipe, on voit très vite ceux qui sont capables de réaliser ce type d’approche. Plus calculée. Mais je le dis ouvertement, en France, les vrais physios, il n’y en a pratiquement pas.

Et donc, tu parlais d’une méthode…

La synergologie. C’est une science, qui propose de dire que ce qu’on dit est une chose, mais que le corps ne ment jamais. J’invite tout le monde à se renseigner là-dessus. Les responsables du FBI sont formés à ça, pour faire des interrogatoires plus pointus, par exemple. On utilise la synergologie pour envisager autrement la sécurité. Dans certains pays les interrogatoires sont basés à 200%sur la torture, cette science a été créée pour éviter ça. En France on en a entendu parler à l’époque de la diffusion de la série « Lie To Me », qui même si elle n’était pas réaliste pour plein de raisons, proposait un fond de vrai. Et bien les autodidactes sont les mieux placés pour apprendre cette méthode.

Et donc, tes physios, ici, tu aimerais les amener à cette méthode ?

Je vais le faire, j’ai même commencé. D’un commun accord, d’ailleurs. J’ai une responsabilité je l’accepte. Je leur ai proposé de lire un ouvrage de base, pour se renseigner là-dessus, et je sais que le coup de foudre a été général. Ils ont vraiment découvert quelque chose, une autre façon de percevoir les gens. Toute personne aujourd’hui, qui se dit physio, en tous cas, en se penchant sur cette méthode là, comprendra qu’elle ne connaît pas ce métier à fond. C’est en tous cas l’effet que ça m’a fait.

Quelles sont les principales difficultés dans un établissement comme celui-là ?

J’ai un parcours qui m’a amené dans beaucoup de terrains différents, civils ou non. C’est ce qui m’a amené à être beaucoup dans le conseil, ou consultant. J’ai préféré rester dans l’anonymat, je préconise toujours ça, c’est le meilleur moyen d’avancer dans ce métier. Alors finalement, pourquoi je parle aujourd’hui ? Parce que je pense que cet endroit est une très belle vitrine, qui peut bouleverser pas mal de choses, dans l’événementiel, dans les médias, l’engouement, et moi, j’ai un doux rêve. J’espère qu’on va mettre en avant une nouvelle méthode de sécurité, montrer à tout le monde que ça marche, et proposer au public d’avoir un nouveau regard sur la sécurité, et aux gens qui travaillent dans ce milieu de redécouvrir leur métier. Et les gens qui travaillent ici, s’ils font l’affaire, s’ils rentrent dans la politique de l’établissement, j’espère qu’ils vont pratiquer et comprendre la synergologie. Ils auront cette petite graine qui créera de l’émulation, qu’ils restent ou qu’ils partent.

C’est facile d’intégrer des gens de l’extérieur, avec un noyau dur comme celui que tu formes avec tes physionomistes ?

C’est très facile, dans la mesure où la plupart ont une belle expérience d’autodidactes. Ce sont des gens qui ont consacré leur vie à ce métier. Ils ont un regard sécuritaire, une attention sur les événements très affûtée, bien plus que le citoyen moyen. On peut leur donner le crédit d’être des vrais professionnels. Je ne parle pas que des gens de chez nous, je parle de la sécurité en général. Comme tous les autres pays, la France forme des professionnels, j’en connais nombre, je le sais. Il y a des lois, le gouvernement a bien légiféré sur la question, ça a épuré pas mal. De mon point de vue, les cartes pros, c’est une excellente idée. Mais le gros problème qui subsiste, c’est que cette loi a été imaginée par un bureaucrate qui a probablement été touché personnellement, et qui a dû en avoir mare de voir des gros bras qui tapent sur tout le monde devant les portes. Mais elle a été validée très vite, et même si le principe est très bon, il aurait été plus intelligent de la déposer en posant les bonnes questions aux responsables de la Police, de la gendarmerie, des boîtes de sécurité privées. C’était possible de rendre ces cartes professionnelles plus crédibles. Alors certes on a épuré, mais trop de monde prend ce boulot comme une voie de garage. Or ce n’est plus le cas. La vie est dangereuse, le monde a changé, et se lancer dans la sécurité, c’est un vrai métier.

Il n’y a pas si longtemps encore, quand on allait en boîte de nuit, à la porte, il y avait un type énorme qui n’inspirait pas la confiance. Ça a changé, ça, dans l’esprit des gens .

Il y aura toujours l’exception qui confirme la règle. Mais le regard a changé, et heureusement. Les cartes pros y sont pour beaucoup. Je vais te citer un exemple, pendant les années 80. J’étais sur Monaco, et à l’époque on bossait beaucoup avec des autodidactes, bons ou mauvais. Le mur de Berlin est tombé, et tous les mecs des pays de l’Est sont arrivés en masse, avec leur éducation, leur mode de vie, tout était différent. Ils sont arrivés avec en eux la science de la guerre, ils sont nés avec des Kalachnikovs dans le berceau, et ils sont devenus la mine d’or pour les établissements, parce qu’ils ont cassé les prix. Les éléments de qualité qui travaillaient ont été évincés au profit de cette concurrence-là. Les tarifs étaient effarants mais pour eux c’était l’embellie.

C’est étroit, la relation entre un directeur d’établissement et le chef de la sécu, ou c’est ce dernier qui gère vraiment avec sa sensibilité les entrées et sorties ?

Il y a de tout. Il y a des patrons intelligents et qui ont compris que ce métier de la sécurité était plus compliqué qu’il n’y paraît, et qu’ils avaient à leurs côtés des gens qui le connaissent mieux qu’eux. Je pense que ça évolue dans le bon sens, mais il reste des domaines à remettre à niveau. Je n’ai pas la prétention d’être celui qui va changer tout ça, mais je suis un doux rêveur, et je me dis que la synergologie est une bonne méthode, j’espère que ça va laisser des traces et donner des idées.

Sans faire offense à personne, on voit que la sécurité a changé, qu’on a affaire aujourd’hui à plus de gens qui réfléchissent, mais on voit aussi que le format des agents a changé, ils font plus de sport qu’avant !

Bien sûr, et je remercie le patron du Colisee qui m’a donné carte blanche. J’ai avancé pas mal d’idées qui ont été validées, et j’ai mis en place un système qui intéresse beaucoup les salariés d’ici, mais aussi les prestataires. Je veux qu’ils aient une bonne condition physique, une présentation, notre métier, ça commence aussi par ça. Beaucoup trop de personnes, dans la sécu, ne s’entretiennent pas, et profitent de leur gabarit, sans jamais s’entretenir. Et là on peut faire le parallèle avec les années 80, si tu veux. Ils pensent qu’ils n’ont pas besoin de faire de sport alors que c’est tout le contraire. J’ai mis en place  pour eux la possibilité de faire du sport ensemble deux à trois fois par mois. Ça va créer un groupe, une équipe, et le gros fléau dans la sécurité, c’est ce manque de cohésion. Chacun pour soi et dieu pour tous, ça ne marche pas. Peu importe l’établissement. L’union fait la force, on est dans une région de rugby. Il faut que les agents apprennent à se connaître aussi en dehors de l’établissement. Ils ont tous des profils de sportifs différents, judokas, boxeurs, etc. Mais une salle de musculation, ça réunit tout le monde. On ouvrira ça à tout le personnel du Colisee, pour que tout le monde puisse apprendre à se connaître autrement. Le danger c’est que chacun reste dans son coin, dans un grand établissement comme celui-là. Je ne voulais pas voir de gens pointer et se casser, on a besoin d’entente et de fusion. Si cette mayonnaise prend, ce sera super. Dans le monde de la sécurité, il y a beaucoup de testostérone, de champions du monde, mais ce serait fantastique de venir travailler ici avec des amis. Parce que c’est comme ça que ça fonctionne le mieux, si on est des amis.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire