Il est d’origine réunionnaise, il connaît d’ailleurs parfaitement bien l’histoire de sa famille et de son île. Mickaël Hoarau est le patron de Pressur, une entreprise de sécurité fréjusienne qui a survécu à la mutation du métier, depuis l’intronisation des cartes professionnelles et l’augmentation de la sévérité des contrôles. Tout ça, il nous en a parlé. La sécurité, un métier qu’il a pratiqué pendant plus de la moitié de sa courte existence (32 ans), et qu’il connaît sur le bout des doigts. Pourtant, croyez-le bien, c’est très compliqué ! Mais ça, c’est un vrai spécialiste qui va vous l’expliquer !

Mickaël, Pressur, ça représente combien de personnes ?

Ça varie beaucoup à cause de la saisonnalité. Disons que l’été on est beaucoup plus nombreux que le reste de l’année, au plus fort de la saison on peut monter jusqu’à 70. L’hiver 2014 on est jamais descendu en-dessous de 20, cet hiver c’était un peu plus difficile, on était un peu moins nombreux. Ça change tout le temps, notre cœur d’activité c’est majoritairement le tourisme et le BTP. Et ce sont des domaines où l’on nous demande beaucoup de flexibilité. On travaille avec beaucoup de gros groupes de bâtiments locaux, ce sont eux les donneurs d’ordre sur les chantiers.

La sécurité privée serait la plus grande force de surveillance en France, devant la police et la gendarmerie. Comment ? Pourquoi ? Est-ce que c’est vrai, déjà ?

C’est tout à fait vrai, et ça ne peut pas se faire dans n’importe quelles conditions. La sécurité privée soufrait jusqu’à aujourd’hui d’une image assez peu reluisante. Il y a eu beaucoup d’abus, rien que localement il suffit de regarder le nombre de sociétés qui se sont créées et qui ont eu une durée de vie très courte, avec un passif moyen d’un million d’euros derrière les liquidations judiciaires. Ce passif il est payé par tous, par toute la société. On avait beaucoup de margoulins. Pourtant c’est très réglementé depuis 1983, malheureusement en France on fait les choses à l’envers : on pond des lois, on est très forts pour ça, et 20 ans après on se demande encore comment on va faire pour les appliquer. Notre secteur d’activité était sur le pied de guerre depuis des années pour avoir les moyens d’appliquer ces lois, que les acteurs de la sécurité montrent patte blanche et respectent une liste de règles déontologiques. On a réussi à obtenir ça du précédent gouvernement, qui a renforcé les règles et les lois qui encadrent la profession, et qui ont surtout mis en place des règles et des contrôles censés faire respecter ce qui existant déjà. Un exemple : avant, pour ouvrir une boîte de sécu, il suffisait d’avoir un casier judiciaire vierge. Donc si par exemple, vous, vous aviez été coupables de faillites frauduleuses, il suffisait de prendre un gus qui passe par là et de lui proposer de signer des papiers contre rémunération. Facile. Aujourd’hui, ce même gus doit avoir une vraie formation, un Bac+5 e rapporta avec la gestion d’entreprises, et avoir le titre de dirigeant d’entreprise de sécurité privée. Tout ça, ça s’apprend, on sait tout ce qu’on peut ou ce qu’on n’a pas le droit de faire. Les gens sont informés, aujourd’hui. C’est pour ça que le nombre de sociétés de sécurité en France a beaucoup baissé. Rien qu’à Fréjus, en 2008 on était une dizaine, aujourd’hui il n’y a plus que la mienne. AES est un confrère de grande importance, mais il est à Puget. Les sociétés qui se développent encore, à ma connaissance, il reste AES et nous.

On a l’impression de voir des agents de sécurité partout, mais on ne sait jamais si les agents sont salariés de l’endroit où ils sont ou s’ils sont des prestataires extérieurs. Les agents de sécurité de Carrefour, par exemple, ils sont salariés du groupe Carrefour ?

Non. Et c’est d’ailleurs un excellent moyen d’évaluer le sérieux d’une entreprise. Tout est encadré, parce que l’activité est très réglementé. Il n’y a pas de liberté artistique ! Il y a plein de règles à respecter. Il doit être immédiatement identifiable, avec sa fonction, et le nom de la société qui l’emploie. S’il n’y a pas ces deux signes distinctifs, il ne respecte pas la déontologie. À chaque fois qu’on embauche un agent, même si c’est 4 fois dans la même année, on doit lui remettre le code de déontologie de la sécurité privée. Ça résume un peu, les agents sont censés le connaître. Pour que les agents le respectent, encore faut-il que son employeur le lui fournisse. Il doit aussi avoir la carte pro.

Ça aussi c’est récent, la carte professionnelle.

Oui, c’est un gros changement. Avant, pour employer un salarié, il fallait demander l’autorisation au préfet de département, qui exerçait une délégation donnée par le ministère de l’intérieur. Le préfet prenait à sa charge les autorisations, et déléguait le contrôle aux forces de Police et de Gendarmerie, qui n’avaient toutefois pas les moyens techniques de le faire. Ça permettait certaines dérives, mais il y en avait administrativement, aussi. Avant, pour recruter des agents dont j’avais besoin en juillet, je les recrutais en juin, admettons. Il fallait envoyer un courrier à la préfecture, et je ne pouvais pas attendre le retour de courrier de la préfecture. Alors je leur faisais des contrats légalement, avec une clause « sous réserve d’acceptation de votre dossier à la préfecture ». Le problème c’est que dans le meilleur des cas, la préfecture nous répondait dans le meilleur des cas au mois d’octobre. Donc on travaillait en toute bonne foi avec des gens qui n’étaient pas autorisés à le faire, qu’on avait déjà payés, etc. L’année d’après, quand je le savais, je ne les reprenais pas, mais je les voyais ailleurs, ils faisaient leur petit bonhomme de chemin. La carte professionnelle a changé tout ça.

Comment ?

Ça a été mis en place par les syndicats des professionnels de la sécurité. On a réfléchi à un modèle ensemble, on l’a proposé au gouvernement qui pour une fois, nous a écouté. On a créé le le Conseil National des Activités Privées de Sécurité. Dès la création de l’organisme, il y avait 200 contrôleurs. Aujourd’hui, il faut demander une carte à cet organisme, et pour l’obtenir, il faut justifier de son ancienneté. Les employeurs s’en sont occupés pour leurs salariés. Il y avait aussi des passerelles, des expériences de gardiens de la paix ou de gendarmes à faire valider par votre hiérarchie. Enfin, il y a désormais la possibilité de passer le CQP, certificat de qualification professionnelle. Ça ne permet pas de devenir un excellent agent de sécurité du jour au lendemain, amis ça donne les bases, les bonnes bases : droits, devoirs, déontologie, il y a un peu de pratique. Avant, il n’y avait rien. C’est insuffisant par rapport aux grandes responsabilités qui incombent aux agents, mais ça va dans le bon sens.

Les lois sont très compliquées ?

Ça ne s’arrête pas là. Ne peuvent exercer l’activité d’agent de sécurité privée que les personnes employées par des sociétés de sécurité privées. Et c’est une activité exclusive pour les sociétés. Si demain j’ai envie de vendre des tongs dans mon local, je ne peux pas le faire. Et même si c’est quelque chose de proche, comme proposer des hôtesses d’accueil, je n’ai pas le droit, il faut que je sois à 100 % dans les clous. Même toutes les fonctions liées à la sécurité privée ne sont pas toutes miscibles entre elles. Si je veux faire de la protection rapprochée, je dois créer une autre entité. Si je veux faire du convoi de fonds je peux, mais avec un autre agrément.Pour chaque mission, gardiennage, sécurité aéroportuaire, il y a des agréments différents. Pour une discothèque c’est possible d’avoir des employés qui s’occupent de ça, mais l’entreprise doit créer une entité spécifiquement dédiée à la sécurité. Il y a toujours une tolérance, mais de moins en moins, parfois le couperet tombe.

Tu gères une société qui exécute des missions. Tu changes sans cesse de terrain et de domaine, comment ça se passe ?

Ce n’est pas très compliqué! Ça fait plus de 16 ans que je fais ça, plus de la moitié de ma vie, j’ai l’habitude. Et quand je pense que ça sent le plant trop compliqué, je n’y vais pas.Le plus important, c’est de savoir sur qui on peut compter. Notre métier, c’est essentiellement de la ressource humaine. C’est rare, les entreprises à taille humaine. AES, par exemple, est une énorme boîte. Nous on doit faire valoir autre chose, on doit établir une relation de confiance entre les employés, et entre nous et les clients. Sur un chantier, il faut que nos clients puissent dormir tranquilles, avec l’assurance que l’outillage et les matériaux soient toujours là le lendemain matin, cuivre, électricité, robinetterie, etc…On leur vend de la confiance, et ça commence par la confiance que moi je peux accorder aux gens avec qui je travaille. C’est là-dessus que je base tout parce que c’est comme ça que ça fonctionne. On n’est pas parfaits, mais on n’a eu aucun sinistre, vol ou dégradation.

Tu me parlais en off de « réponse adaptée », à propos de gens qui débordent. Comment fait-on pour rester dans le cadre de la légalité avec des gens qui pètent littéralement les plombs, notamment sur des manifestations publiques ?

C’est l’objet, enre autres, du CQP. On n’est pasla force publique, nous n’avons le droit d’utiliser la force que pour nous défendre nous-mêmes ou pour défendre autrui. Un agent de sécurité agressé a le droit de se défendre, comme tout le monde, mais il faut que cette réponse soit proportionnée. Une claque à un agent ne doit pas donner lieu à une riposte démesurée. Et libre à nous de porter plainte. Si quelqu’un vient vers moi pour me frapper mais qu’il ne s’arrête pas, je vais devoir me défendre. Et c’est vrai que c’est compliqué, parce que ma responsabilité peut être engagée, si c’est moi ou l’un de mes employés. À nous de faire régulièrement le point avec nos agents, et d’être régulièrement sur le terrain. Quand c’est tendu, je ne suis jamais au chaud dans mon lit. Le volume le plus important des agents que nous employons est en CDD, et on en reconduit beaucoup. C’est pas un métier facile, il faut aimer ça.

Comment se passe la collaboration avec les forces de l’ordre ? Vous travaillez souvent ensemble ?

Ça dépend des sites, quand c’est problématique on fait appel à eux régulièrement. À Fréjus on a la chance d’avoir un commissariat de police nationale bien géré, et une police municipale bien pourvue en moyens humains et bien équipé. Quand on fait appel à eux en général ça se passe toujours bien. On essaye aussi de les informer, on travaille ensemble. On va de plus en plus vers la privatisation e la sécurité, dans les aéroports, les tribunaux, partout. Et on doit tous respecter les règles, former de mieux en mieux les agents, sur plusieurs niveaux de compétences, et proposer de l’évolution professionnelle. C’est très important, tout ça, parce qu’on va avoir de plus en plus de responsabilités.

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