Erick Sainz est un homme très occupé. Mais c’est un choix, il n’avait qu’à laisser de côté sa passion pour le handball, ou être moins ambitieux. Et obtenir moins de résultats. Or il se trouve que son HBVA, le HandBall Val d’Argens, club de Puget, réalise depuis quelques saisons de superbes performances chez les filles. De la formation des jeunes aux départs trop tôt vers le SRVHB, de la Nationale 3 qui finira par devenir rop petite à la Nationale 1 qui semble encore un peu loin, des réalités économiques d’une région aux valeurs véhiculées sur le terrain, Erick Sainz nous explique comment le HBVA s’est fait une place dans une région où le handball se joue essentiellement en jaune et bleu. Président, c’est à vous !

Erick Sainz, vous êtes le président du club de handball de Puget, le HandBall Val d’Argens. Vous pratiquez, aussi ?

Je pratiquais, là je suis en peu en rupture. Mais j’ai coaché, aussi, j’ai tout fait, dans ce club !

Quel âge il a, ce club ? 

Il a 30 ans, en fait c’est l’émulation de la section handball de l’Association Multisports de Puget/Argens.  La municipalité a changé il y a 7 ans, et a souhaité que l’AMSPA se dissolve, alors on a pris notre autonomie pour créer le HBVA. Et je suis à la présidence depuis.

Vous êtes donc vraiment à l’origine de l’essor du club, notamment de l’équipe féminine qui fait beaucoup parler d’elle. Comment ça s’est passé ?

Quand j’ai pris la direction, le constat c’était que Puget c’était sympa, du plaisir, des équipes loisirs, mais c’était pas compétitif. Et ça, ce n’est pas dans mes gènes. J’aime la compétition, j’aime le haut niveau, donc le but a été de construire un club  et de former des cadres compétents, de les amener à parfaire la formation des jeunes, pour à terme améliorer le niveau des séniors. On s’est ensuite naturellement orientés vers le secteur féminin, puisque dans le Var-Est il n’y a pas d’équipe féminine, et que les garçons sont dans les clubs voisins qui fonctionnent très bien. J’étais pourtant issu d’un club très focalisé sur le handball masculin (l’ASBTP Nice, ndlr) et j’ai découvert le handball féminin ici. J’ai apprécié, je les ai coachées pendant de nombreuses années, et j’aime leurs valeurs de vaillance, j’ai les mêmes.
On se situe dans quelle division ?

C’est de la Nationale 3, le 5e échelon national. On est montés l’année dernière, on s’est brillamment maintenus cette année en finissant 4e de la poule avec un effectif pratiquement inchangé.on a juste récupéré 3 moins de 18, et une jeune fille qui vient de Toulon. Pour un village de 6 000 habitants c’est bien. Mais ce qui est intéressant c’est que depuis 4 saisons,  nos jeunes jouent au plus haut niveau régional possible. Nos -de 18 ont joué vaillamment leur chance au niveau national. Tout ce travail de formation est très intéressant, nos entraîneurs apportent beaucoup d’envie, de connaissances.  Le but du club, à l’origine, c’était de rebâtir des fondations solides, il y avait une centaine de licenciés. On a épuré pour éliminer ceux qui ne voulaient pas s’inscrire dans le projet « haut niveau ». Il nous fallait des cadres, et on s’est rendus compte que le problème,  c’était ça.  On a eu la chance de récupérer M. Roger Flamand, qui connaissait bien ce milieu du handball féminin, et qui est aussi formateur de cadres à la fédération. Il est venu nous apporter ses compétences, il forme nos entraîneurs, qui progressent, et qui font aussi progresser nos jeunes.

Le club s’appelle « Val d’Argens », mais il est très pugétois. Il englobe aussi le Muy et Roquebrune ?

Le club du Muy était un club voisin, mais il a explosé. Mon projet était de positionner le club en tant que club de territoire. On travaille bien avec les communes : Puget fait du hand, Roquebrune fait du basket. L’idée c’était de pouvoir nous ouvrir à tout le territoire, c’est aussi pour ça qu’on s’est rapprochés de la section masculine de l’AMSLF à Fréjus. Nos garçons étaient très rapidement appelés par le SRVHB, qui leur proposaient du niveau de jeu, mais pas forcément de temps de jeu. Beaucoup de jeunes qui vont là-bas ont du mal à suivre le projet de sport d’élite.

C’est l’enjeu du haut niveau, c’est normal, ça.

Tous n’ont pas l’état d’esprit pour jouer au haut niveau, et certains ont besoin de temps. Plus de maturation, d’encadrement, pour se développer un peu plus tard. En se rapprochant de Fréjus, on voulait proposer du niveau de jeu dans le secteur garçons, de la formation de qualité qui serait faite chez nous. Fréjus était en N2 cette année, ils descendent en N3, pareil que nos filles. On est champions régionaux en – de 18, ça veut dire que le projet est intéressant. Ils peuvent aujourd’hui rentrer dans l’équipe première de Fréjus, on est dans l’idée d’amener nos jeunes à un certain niveau, et si o détecte un jeune qui a vraiment un bon profil, on l’oriente très tôt vers Saint-Raphaël.

Comment faites-vous pour les créneaux dans la salle Jean Villain ?

On la partage !

Pour les jeunes garçons, c’est un objectif, Saint-Raphaël ?

Oui, mais souvent ils se trompent. Ça ne devrait être un objectif que pour ceux qui ont le profil. Jonathan Mapu avait le profil, il est aujourd’hui en équipe de France de jeunes. En moins de 14 on avait déjà identifié ses qualités athlétiques hors-normes, très fort potentiel. On l’a aiguillé vers le collège Alphonse Karr et sa section handball adaptée, puis il a joué naturellement au SRVHB. La difficulté c’est que chez nous, on a des effectifs de 14 ou 15, chez eux c’est 60, il faut faire sa place. Seuls ceux qui ont les qualités techniques et physiques mais aussi des qualités morales le peuvent. Tout le monde n’a pas ça.  C’est pour ça que je cherchais une solution pour leur donner du contenu, une vraie formation, et leur permettre d’évoluer à leur rythme. S’ils ont des qualités on les envoie à Saint-Raphaël, sinon on essaie de les garder.

Pour les filles c’est différent, les clubs susceptibles de capter vos joueuses sont plus loin, géographiquement.

On la chance d’être assez tranquilles au niveau des jeunes. Mais des clubs comme Cannes viennent nous voir, plus Antibes qui a des ambitions à long terme, et Nice et Toulon qui sont en D1, et qui viennent parfois nous voir aussi. La Garde, qui joue en N1. Et je sais que ces gens sont intéressés par nos filles.  Je trouve que souvent les jeunes sont un peu trop pressés. C’est pas parce qu’on passe deux ou trois saisons à un certain niveau qu’on doit perdre toute ambition légitime. Il faut être capable de prouver sa qualité sur la durée,  d’évoluer, de développer ses qualités, avant de faire un saut maîtrisé, je dirais. On a cette problématique-là. Nos jeunes, quand ils sont bons, et qu’ils ont leur bac, vont dans des villes où il y a des facs et des bons clubs. On a une joueuse qui part à Montpellier. Faire de la formation c’est bien, mais pour moi, l’intérêt c’est de former des jeunes du cru qui viennent grossir les rangs de nos équipes premières. On peut se demander si c’est la bonne solution !

Surtout que la N3 n’est pas une fin en soi. 

Mon ambition à terme, c’est d’atteindre la nationale 1. Il faut que Puget soit capable de ça. Bien sûr il  a pas mal d’étapes, mais on n’en est pas si loin que ça. De la Nationale 2, déjà. On ne termine pas à la course pour la montée, mais on est jeunes, on perd pas mal de matches d’un but, on va jouer chez les premiers et on les tape. La marche n’est pas si importante que ça, il faut continuer à travailler.

On parle beaucoup des éléments qui s’en vont, mais il doit aussi y avoir des éléments qui arrivent. Vous continuez à prospecter ?

C’est pas dans notre ADN. Mon état d’esprit c’est me baser sur la formation, et de faire monter les plus jeunes. Cette année, il y a eu deux – de 17 qui ont joué avec nous. Recruter quelqu’un, ce n’est pas toujours facile, parce qu’il faut pouvoir être capable de lui proposer une insertion dans la vie sociale locale. Et c’est là que ça pêche un peu, ici. On ne se rend pas toujours bien compte, mais quand on veut amener un club à jouer à un certain niveau, même en moins de 16, ça coûte cher. Par exemple le championnat Méditerranée, ça regroupe la Provence, de Montpellier au Vaucluse, t jusqu’ici, chez nous. Ça fait beaucoup de déplacements. Les championnats de France je vous laisse imaginer. C’est pour cela qu’il faut attirer des sponsors, obtenir des résultats, être capable de faire parler de nous pour qu’on vienne nous aider. On en a besoin pour se développer, parce qu’on a besoin de moyens financiers pour avancer. Et si on veut attirer des talents extérieurs pour faire progresser l’équipe, il faudra qu’on soit capables de les insérer professionnellement.

La mairie joue un rôle, là-dedans ?

Elle nous donne un coup de main, mais ce n’est pas son rôle, principalement. C’est à nous, associatifs, de tisser ces réseaux-là, d’être capable d’intéresser le monde professionnel.

Les villes comme Fréjus ou Saint-Raphaël ont l’habitude d’insérer leurs sportifs. Puget c’est tout neuf, c’est ça, la difficulté ?

Ici ce n’est pas évident du tout. C’est une vraie problématique on n’a pas cette histoire de club. C’est très difficile de changer l’image du club, aussi, de passer d’un état d’esprit festif, à compétitif. On essaye de garder le côté plaisir, mais il y a certains boulets qu’on traîne. Pour l’instant, on a des relais très forts avec les élus, mais je me demande si ça continuera si les gens qui nous suivent s’en vont, on continuera d’avoir du soutien. On a de l’écoute, ils sont bienveillants.

Un club comme le SRVHB est catalogué haut niveau, donc un sportif lambda qui souhaite se mettre au hand peut y aller à reculons. C’est pareil, maintenant, à Puget, ou ça reste un club ouvert à tous ?

On a du loisir, pour les séniors, on a des équipes un peu moins compétitives. Mais on grignote des créneaux parce qu’on manque d’espace pour travailler, et heureusement qu’on a lié ce partenariat avec Fréjus pour pouvoir, par exemple, aller entraîner nos garçons à Villeneuve. Et leurs filles viennent chez nous. L’idée c’est de structurer un club de bassin.

Si jamais, hasard ou exploit, la N2 c’est à la fin de la saison prochaine. Vous êtes prêts ?

Rien ne changerait fondamentalement. Si on y arrive, c’est que le groupe était prêt, que les filles  ont progressé. Alors oui, peut-être qu’on chercherait à recruter deux ou trois talents qu’on serait capables d’insérer dans le secteur, mais on ne changerait pas grand-chose. On veut donner à nos joueurs et joueuses l’opportunité de jouer à un certain niveau, c’est le but.

Et ce n’est pas hors de portée !

Non. C’est important qu’on soit à l’image du territoire, c’est important qu’on le représente. On compense nos lacunes, de taille, de physique, par énormément de courage, d’abnégation, de combativité. C’est un sport qui permet de véhiculer ce type de valeurs. On est souvent tout petits par rapport aux équipes d’en face. Ici c’est Puget, et à Puget, pour gagner, il faut prouver sur le terrain qu’on est le plus fort, avoir une belle carte ça ne suffit pas.

Question au président bénévole : comment faites-vous pour allier cette activité très chronophage avec votre vie professionnelle ?

J’ai donné beaucoup d’autonomie à mes collaborateurs, et j’ai la chance d’être super bien encadré. Et ça m permet d’avancer correctement. De toutes façons, on ne peut pas tout faire, et je ne veux pas être ce président à tout faire. Si tout le monde respecte ses engagements et fait ce qu’il est censé faire, ça devrait bien se passer, on peut les faire avancer avec nous. Ça meuble bien mes week-ends, mes nuits aussi ! Mais c’est une passion, c’est comme ça.

Et vous continuez à jouer ?

Je me suis arrêté l’année dernière, j’ai repris cette année. Faut que je m’y remette à fond, là !

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