La loi du marché a triomphé à Cannes. En tous cas, Vincent Lindon, le prolo moustachu en galère intense et infernale, a obtenu un prix d’interprétation franchement mérité. Ce que ne savent pas, en revanche, ceux qui n’ont pas vu le film, c’est qu’il est symptomatique d’une surdose de pathos proprement hallucinante. Quand il s’est retrouvé à la barre d’un projet qui réunissait tant de phénomènes sociaux si peu engageants, le réalisateur Stéphane Brizé ne s’est pas laissé arrêter par si peu. Un mec de 50 ans qui perd son emploi, qui élève un adolescent polyhandicapé, qui sort d’un stage de grutier qui n’a débouché sur rien, et qui se prend la tête avec sa banquière, son conseiller Pôle-emploi, casse sa bagnole, vend à contrecœur son mobil-home à un rapiat de la pire espèce, ses anciens collègues qui veulent faire la révolution… Reste sa femme, cool, apaisante, qui tente de le pousser à apprendre à danser le rock. Il trouve un job horrible, d’agent de sécurité, où la délation fait partie de ses missions. Il y a même une chorale, et un suicide. C’est certes bouleversant, c’est surtout abominable à regarder. Parce que devant tel flot d’horreur quotidienne, tout un chacun ayant traversé un tant soit peu la mouise se retrouve projeté dans un vortex de malaises, d’aigreur, de dramaturgie. Un portrait de la société française ultra-déprimant, mais tristement crédible. Pire c’est, plus on y croit, et on n’a aucun problème avec ça. Serait-ce ça, le plus triste ? Pourtant je vous jure qu’au bout ‘un moment, ça va tellement loin dans l’agonie personnelle que ça en devient démesuré. Vincent Lindon, un sourire ? Pourquoi faire ? Un peu de musique dans le film ? Celle du supermarché suffira. Un peu d’amour ? Ça oui, il y en a. Mais il est générateur de problèmes. Bon allez, merde. Tu vas trop loin, Stéphane Brizé. Et nous, comme on y croit, on va trop loin aussi.

 

Par Didier Frelon-Vert

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