Joël Da Silva se souviendra longtemps de sa première année sur le banc du Saint-Raphaël Var Handball (SRVHB). Cette édition 2014/2015 a été riche en émotions puisque son équipe a réalisé une énorme saison en décrochant la troisième place du championnat de France, une place qui pourrait être synonyme de coupe d’Europe. Et avec en prime, une nomination aux « Trophées LNH » pour le titre de « meilleur entraîneur ». Rien que ça. Mais celui qui se dit « être un entraîneur différent » ne compte pas s’arrêter là et voit grand pour le SRVHB. Anecdotes, les objectifs pour la saison prochaine, le centre de formation, les transferts et la Coupe d’Europe, l’ancien entraîneur du Fénix Toulouse Handball ne fait aucune impasse.

Sur un plan personnel c’est votre saison la plus aboutie ?

Non parce que ça voudrait dire qu’il faut que j’arrête. Elle est humainement très forte, ça oui parce que ce groupe avait beaucoup souffert. Mais quand je suis arrivé, j’ai dit très haut et très fort : « ce groupe-là va faire quelque chose cette année ». Certes, ici on m’a peut-être regardé en se disant : « allez c’est bon encore un qui parle fort ». Et ce qui s’est passé jeudi dernier (victoire contre Dunkerque 23-21) c’était… Pour le coup, c’était le match le plus abouti personnellement, sur le plan émotionnel. A Toulouse j’ai vécu des choses fortes, des matchs marquants, mais celui-là il est au-dessus. Aujourd’hui, ce qui pourrait être plus fort que ça, c’est de gagner un titre avec eux. Parce que dans deux-trois ans, certains vont arrêter leur carrière etc. Alors j’aimerais gagner quelque chose avec cette équipe avant qu’elle ne change. Pour les Raphaël Caucheteux, Aurélien Abily, Adrien DiPanda etc. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est une saison aboutie mais je pense qu’on peut faire mieux. On a laissé des points contre Nantes, Créteil, Cesson. On devrait avoir six ou sept points de plus et on se rendrait compte qu’on jouait pour la 2ème place avec Montpellier. Saint-Raphaël est le huitième budget et on pouvait jouer la deuxième place…

Vous avez douté à un moment donné dans cette finale pour la 3ème place ?

Non. J’étais très serein, très calme. D’abord, je ne devais pas être excité à cause de l’enjeu du match, pour le public, les joueurs… Si j’étais dans le même état qu’eux, je ne suis pas certain que ça aurait été efficace. J’étais très serein, très détaché de l’événement. Cette finale on l’a gagnée avant, contre Chambéry. On était mené de quatre buts, il restait six minutes. On ne fait pas un mauvais match mais en face c’est mieux, plus costaud. Et pourtant on gagne sur le dernier ballon. Donc contre Dunkerque je savais que dans le « money-time », il se passerait quelque chose. Le public, la rotation, l’enjeu qui était plus fort pour eux ont fait que. Le fait qu’on ait joué à domicile est aussi un facteur qui a été primordial. Le public a été primordial dans ce match et tout au long de la saison. Il a été exceptionnel et nous a beaucoup aidés, surtout contre Dunkerque. « Rares » (Dan-Rares Fortuneanu, l’entraîneur adjoint) qui est au club depuis longtemps m’a dit que c’était la première fois qu’il avait vu un public comme ça.

Expliquez-nous cette histoire de dossier pour participer à la Ligue des Champions qui est un peu flou pour beaucoup de monde.

Le Luxembourg, Israël, la Grèce et la Belgique ont abandonné la Wild Card (tournoi qualificatif qui permet au vainqueur de participer à la Ligue des Champions). En fait, seul le champion de France est qualifié en Ligue des Champions, le deuxième, troisième, quatrième ou le vainqueur de la coupe sont en EHF, qui est l’équivalent de l’Europa League pour le foot. C’est assez compliqué. Et même en étant quatrième on est pas sûr d’être européen, ce qui ne me paraît pas normal. Aujourd’hui il y a douze places attribuées pour le tournoi et il y a douze noms, dont Nantes et nous. Il est fort probable qu’il y ait quatre équipes françaises en Ligue des Champions.

Vous êtes optimiste ?

Sportivement, il n’y a pas de place requise pour le troisième normalement. On savait par contre que sur dossier, une place pouvait être envisageable mais qu’on allait se battre avec beaucoup de clubs. Il ne faut pas se mettre contre Paris parce que c’est la locomotive qui nous permettra d’aller régulièrement en Ligue des Champions, de prendre des points et peut-être que ça nous libérera des places supplémentaires. On a de fortes chances d’y être parce qu’on a une certaine représentation au niveau international grâce à l’Equipe de France et parce qu’on a le deuxième meilleur championnat au monde. Dans les critères pour accéder à la Ligue des Champions, le classement, l’expérience européenne, la salle, le marketing, la capacité a créer un événement et le diffuseur TV entrent en compte. Bein Sport diffuse les matchs de cette coupe donc il pourrait appuyer les candidats français et dire : « les trois dossiers doivent être validés ».

Préparer la saison prochaine…et celle d’après.

L’objectif pour la saison prochaine c’est quoi ?

L’objectif c’est d’être dans le top 4 régulièrement pour être européen, gagner des finales. Cette année on a joué le championnat, la coupe de France et la coupe de la Ligue. On s’est rajouté le Trophée des Champions en Tunisie et une coupe d’Europe qui sera la Ligue des Champions ou l’EHF Cup. En coupe de la Ligue on est exempt du premier tour puisqu’on a fini dans les 4 premiers. Donc on n’est plus qu’à un match du « final four ». Et si on a un tirage favorable pourquoi pas aller au bout ? La coupe d’Europe, quelle que soit celle qu’on jouera, on ira pour apprendre. L’objectif restera le championnat. Montpellier et Paris seront toujours bien placés mais je pense que Dunkerque sera derrière nous. Si on parle du top 6, il y aura aussi Nantes et Chambéry. On sait qu’on sera attendus l’année prochaine.

Après une saison pareille il y aura forcément plus de pression sur vos épaules, les matchs seront plus durs.

Ils les étaient déjà mais aujourd’hui on est considérés, respectés, ce que le club n’était pas. A l’extérieur, on nous reprochait de lâcher quand ça tapait un peu. Mais on n’a pas lâché à Cesson. On sait être caméléon, s’adapter. Maintenant si on veut prétendre à mieux, il reste encore la première et deuxième place. Les joueurs qu’on a recrutés vont arriver avec de grandes ambitions personnelles qui seront forcément au bénéfice de l’équipe. On aura une équipe un peu plus équilibrée avec Jan Stehlik dès le début de saison, Geoffroy Krantz ne sera plus suspendu. On aura deux arrières droits, deux demi-centres et quatre arrières gauches. Derrière on a trois jeunes capables de nous dépanner avec en plus, Corentin Vauglin qu’on est en train de former pour faire souffler « Raph » (Raphaël Caucheteux). Puis deux gardiens, deux pivots, un ailier droit qui est un soldat et le petit Vigneron qui doit être dans les deux ans, le numéro un.

Le recrutement est bouclé ?

On a déjà recruté un gardien (Mihai Popescu) pour avoir plus de solidité défensive, un arrière gauche puissant qui défend (Alexandru Simicu) et Arthur Vigneron qui va monter. On va prendre un joueur, un jeune à très fort potentiel pour ne pas toucher à l’économie du club. On compte se le faire prêter un an. Donc si ça se fait, tant mieux, sinon on ne prendra personne. Je ferai de la promotion interne avec le centre de formation. L’objectif c’est déjà de préparer la saison d’après. Des contrats vont être terminés, on prépare le recrutement de l’année prochaine, on va fixer aussi certains joueurs comme Di Panda ou Wissem Hmam. On est vraiment dans une construction sur les deux-trois ans.

Justement, le centre de formation est tellement fort que c’est quasiment du recrutement chaque année ?

On a récupéré un gardien qui était au Pôle d’Eaubonne, 1m97, né en 1997. Il fait partie des quatre gardiens de sa génération en équipe nationale et il va rentrer dans la rotation de nos gardiens puisqu’il sera le numéro 3. Après on a Kolakovic, un demi-centre ou arrière gauche qui a un gros potentiel. On a Marco Belin, arrière gauche de 2m02, encore introverti mais avec du potentiel. Corentin Voegtlin, un arrière de formation mais qu’on va basculer à l’aile parce qu’il jumpe bien. C’est un Caucheteux mais avec des qualités physiques encore plus grandes. Pour le tournoi amical en Allemagne, on va en prendre au moins trois pour les mettre dans la moulinette, les mettre dans le bain. L’objectif pour l’année prochaine, c’est de pouvoir laisser des joueurs au repos sur des matchs à domicile. Quand une équipe en difficulté viendra jouer chez nous, j’aimerais pouvoir laisser un Aurélien Abily au repos et le remplacer par un Marco Belin sans que l’équipe se mette en danger. Je veux pouvoir compter sur un groupe de 20 joueurs qui pourrait nous permettre d’aller loin dans les compétitions qu’on va jouer.

Un coach différent mais efficace

Votre nomination comme entraîneur de l’année ça représente quoi pour vous ?

Rien. Dans la même semaine j’ai eu deux finales : le match contre Dunkerque et cette nomination. Je n’aurais pas été heureux du tout si j’avais dû aller aux Trophées LNH si on avait perdu contre Dunkerque. Hansen (joueur du PSG et international danois) est venu me voir et m’a dit : « Ils se sont trompés. C’est toi qui aurait dû être entraîneur de l’année. » Mais pour moi, l’essentiel c’est que mon groupe croit en ce qu’on va faire ensemble. Je suis très heureux d’avoir été nominé mais je suis surtout content que « Raph » (Raphaël Caucheteux) ait été nominé comme meilleur ailier gauche et que « Dip » (Adrien DiPanda) décroche la timbale (meilleur arrière droit de la saison). Ce sont des victoires individuelles liées à la saison du collectif.

Surtout qu’Adrien, si on regarde sa première saison ici, jamais on se dit qu’il va gagner ce prix et être appelé en Equipe de France.

Il y a ça aussi, l’Equipe de France. C’est une des discussions que j’ai eu avec lui en début de saison : qu’est ce qu’il voulait être ? Qu’est ce qui a fait la différence cette saison ? Le groupe a redécouvert des choses qu’ils avaient perdu individuellement. La plus belle des récompenses que j’ai eu c’est que les joueurs venaient avec plaisir à l’entraînement. Il leur tardait de s’entraîner parce qu’ils savaient qu’ils allaient passer un bon moment. Quand le joueur a envie, c’est qu’il a retrouvé le plaisir de l’essence même de son métier. Pour Adrien, on lui a clairement fait confiance. Et c’est ça, cette équipe a retrouvé confiance en elle et c’est ce qui a fait la différence contre Dunkerque notamment. Elle a pris conscience de ce qu’elle était capable de faire et il ne pouvait rien se passer d’autre, cette année était pour nous.

Qu’est ce qui vous différencie des autres entraîneurs ?

Michael Guigou (joueur de Montpellier et international français) est venu me voir et m’a dit : « je tenais à te féliciter pour l’équipe, la place, la saison… On me dit que du bien de toi. » Je lui réponds : « parce que je suis différent ». Et là, il a pas su quoi dire. On peut être totalement différent mais réussir parce qu’on travaille dur. Joël Da Silva c’est ça. C’est pas un joueur de haut niveau, c’est quelqu’un qui n’est pas passé par des filières fédérales classiques, c’est un mec qui a travaillé avant. Pour lui, le handball c’est une passion, il est allé dans des clubs, il a encadré, il a évolué socialement et intellectuellement parlant etc. Donc aujourd’hui, j’ai une façon de travailler qui est forcément différente. Pour autant, cette méthode de travail je la remets en question. Parce que pour pouvoir réussir l’année prochaine, il ne faut pas que ce soit pareil.

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