Il paraît que le métier d’agent immobilier a changé. C’est un peu d’elle que l’idée de notre sujet est partie. Carine Pellicaen, Coin d’Azur Immobilier, a changé de carrière. Pour elle, l’agent immobilier des années 80 est un modèle hors-circuit. Elle envisage sa mission comme nécessaire, d’utilité publique. Nous avons besoin d’eux, ce n’est pas une raison pour qu’ils se servent de nous, vous voyez la nuance ? À elle de nous expliquer.

Carine, votre métier, exactement, c’est quoi ?

Je suis agent immobilier. Et ma boîte s’appelle Coin d’Azur parce que je voulais vraiment que les gens comprennent que je suis passionnée à la fois par mon métier, mais aussi par la zone où je l’exerce, parce que ce que je vends se trouve ici.

On a tendance à penser que l’immobilier ici est super cher. Est-ce que vous allez essayer de le nier, ça ? Et est-ce que ces biens sont faciles à vendre ?

C’est plus un métier passionnant que difficile, ici. Même si c’est vrai qu’il y a eu une hausse très importante des prix pendant quelques années, maintenant la tendance est à la baisse, 2015 et 2016. Mais on est dans une super région, avec un attrait très important y compris pour les étrangers. Le but c’est de maintenir le marché, en fournissant des services autour. Mon idée c’est de valoriser les biens pour faciliter les transactions, et assortir tout ça de prestations de services autour. Soigner l’accueil lors des entrées dans les nouveaux logements, y compris pour les locations saisonnières, pour que les gens qui arrivent dans notre région se sentent bien. On nous a souvent traités de marchands de soleil, j’aimerais qu’on casse cette image. Il faut qu’on soit à la hauteur de notre région.

L’agent immobilier tel qu’on le connaît, c’est quelqu’un qui vend un bien à la place du propriétaire pour une raison de commodités, et prend une commission. Ça a changé ?

Moi je ne le vois plus comme ça. Les clients sont de plus en plus exigeants et informés.

Les vendeurs ou les acheteurs ?

Les deux ! Les acquéreurs sont confrontés à un certain niveau de prix, et ils se renseignent de plus en plus. Les lois changent, aussi, nous sommes obligés d’apporter des conseils, des garanties financières, une certaine assurance. Notre rôle c’est d’accompagner nos clients, parce que l’immobilier s’inscrit dans un projet de vie, quand même.

C’est une profession compliquée, avec beaucoup de textes légiférant sur plein de choses qui nous échappent…

C’est là qu’un agent doit intervenir. Il faut qu’on étudie chaque cas individuellement. Moi par exemple, je ne me cantonne jamais à la transaction, surtout que je fais aussi de la résidence secondaire et de la location saisonnière. Et ça, c’est un autre métier, encore. J’essaie de dégager le propriétaire de soucis matériels, de lui dégager un revenu, de le faire bénéficier d’un régime fiscal avantageux, et tout ça ça peut lui échapper. Certains sont au courant mais pas tous. J’essaie de m’inscrire dans la vie des gens, de développer des partenariats, des solutions globales, gagnant-gagnant. Et pour les locataires, j’essaie de les accueillir un peu comme s’ils entraient dans un hôtel, avec un petit book des activités, du linge de toilette, un petit vin local, comme s’ils étaient des invités. On leur donne de bonnes adresses, des conseils, et on fait le ménage en fin de séjour. Pour les résidences secondaires c’est un peu différent, on peut gérer leurs maisons ou leurs appartements à distance, comme un syndic, en tant qu’agent immobilier. On peut faire visiter le bien, dresser des comptes-rendus réguliers, leur faire des rapports en photo, gérer les déclarations de sinistres éventuels, préparer les aménagements, faire travailler des prestataires extérieurs et coordonner toutes ces opérations. Tout ça en tant qu’agent immobilier !

C’est important, les partenariats avec les prestataires locaux ?

Très ! Je souhaite vraiment développer ça, je le fais déjà avec une société qui fait du home-staging, un peu comme ce que fait Stéphane Plazza sur M6 : Deco by S-Design.

C’est à dire : vous avez un bien à vendre, on le remet en état en amont ?

Voilà. Home-staging, ou s’il y a trop de travaux à faire, on peut créer une visualisation 3D et on a un autre partenaire qui chiffre les travaux. Comme ça, le vendeur et l’acquéreur, surtout, savent dans quoi ils s’engagent. Je travaille aussi avec une photographe de talent pour faire de belles photos des biens, on développe les visites virtuelles. Ça permet aux acquéreurs de visiter quand ils le veulent, si les vendeurs occupent encore le bien, ils ne sont pas dérangés inutilement. Et si la personne vient le voir en vrai, ça veut dire qu’elle est réellement intéressée, on évite de perdre du temps, comme ça. C’est très « à la carte », tout ça.

On va profiter de votre connaissance du territoire, Carine. Est-ce qu’il y a vraiment tant de logements vides que ça, l’hiver, ici ?

Il y en a quand même pas mal. Énormément de résidences secondaires, c’est ici qu’il y en a le plus. Et le Var détient environ 30% des résidences secondaires de la région PACA. Il y a une vraie demande des gens sur ce secteur-là.

Est-ce que l’immobilier, ici, est si cher que ça ?

Il faut distinguer les Alpes-Maritimes et le Var, c’est plus cher là-bas. Il y a des distinctions partout, entre Saint-Raphaël et Fréjus où c’est un peu moins cher, entre le bord de mer et Draguignan par exemple. Et puis il y a les dynamiques, à Fréjus c’est en train de changer. C’est très bien parce que localement ça fait travailler du monde. Il ne faut pas dire que l’immobilier est trop cher.

C’est un marché qui se régule tout seul ?

En fonction de l’offre et de la demande, et notre région est très attractive. La crise économique a été une réalité. Les gens partent en vacances moins loin et moins longtemps, mais ils continuent quand même à partir en vacances ! Donc il faut leur fournir un service. Et l’idée c’est d’assortir l’immobilier avec les services. L’immobilier peut devenir « plaisir », grâce à services autour, pourquoi pas des fleuristes, du champagne, que sais-je encore ? La question c’est « qu’est-ce que je peux m’offrir ? », sans rentrer dans des choses exorbitantes systématiquement. L’immobilier, ce n’est pas que des considérations techniques. Les gens ne sont pas des vaches à lait, l’immobilier doit s’inscrire dans la promotion de notre région. L’économie locale en ressortira grandie !

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