Deux fous chez les fous

« Appelez-moi le négrier ». Avant qu’Aurélie Pini et Quentin Ortega n’arrivent au sein de la rédaction, je pensais vraiment que j’allais leur dire ça, au moins en rigolant. Et puis je les ai tout de suite aimés comme les petits derniers d’une fratrie qui aurait progressivement dégénéré. Je me suis trouvé très vieux, pendant un mois de juin que jamais je n’aurais pu imaginer tel qu’il a été. Déléguer des trucs ? Jamais ! Et ben si, en fait, puisqu’ils en sont capables. Ils ont débarqué le 8 juin, et avec mes associés on a été confrontés à une problématique inédite : il a fallu accorder notre confiance à d’autres gens pour contribuer à faire grandir notre bébé. Comme en plus il est vaguement admis que la partie journalistique me concerne au plus près, il m’incombait de me débrouiller avec ce qu’on me donnait : un jeune taré à l’esprit aussi vif qu’un homme canon dans une compétition de ventriglisse, et une fille capable de parler trois fois plus que moi en m’expliquant qu’elle n’est pas stressée. Deux énergumènes de 10 ans mes cadets, qui poussaient leurs premiers cris de gamins insupportables alors que moi je regardais la Coupe du Monde de foot la nuit sur Canal + à l’aide d’un décodeur pirate et d’une télé 36cm, luxe ultime d’années 90 devenues, reconnaissons-le, ringardes. Ça fait bizarre de savoir qu’on est jeune, et de quand même réaliser que fantasmer sur Mallaury Nataf, pour d’autres, c’est un délire d’un autre temps. Quoi qu’il en soit, l’école de journalisme de Nice, qui nous les a envoyés tous les deux dans un package tout-en-un, avait un énorme problème à régler avant de prendre cette décision : ils savent qui je suis, puisque je sors de chez eux. Ils connaissaient donc ma faible propension à faire des concessions, donc à déléguer en faisant confiance. Sauf que nous, chez Bah Alors ?, on a déjà tellement de choses à faire qu’on ne peut pas s’improviser KGB du journalisme local. Alors on les a briefés, encadrés, mais surtout, on les a laissés faire, en attendant fébrilement le résultat. Et ils nous ont prouvé qu’on avait eu raison. J’ai éprouvé une certaine fierté en me rendant compte que ce projet de journal indépendant, local et gratuit, écrit selon des principes assez simples mais très personnels, avait attiré l’attention des lecteurs. J’en ai éprouvé encore plus lorsque j’ai compris qu’il était possible de partager une certaine forme de philosophie avec de jeunes journalistes en pleine formation, qui pourraient en apprendre à des vieux de la vieille sclérosés dans leurs habitudes. Même nous (moyenne d’âge d’exactement 30 ans), on a été surpris. Ils nous ont apporté des idées, un vent de fraîcheur bienvenu, beaucoup de crises de rire (parce qu’ils sont fous à lier). Et surtout, ils se sont montrés compétents, performants, le tout sans être circonscrits dans un étau liberticide pour l’expression. Alors bien sûr, vous allez penser que c’est normal, puisqu’en apparence notre journal n’est pas très compliqué à faire, qu’on n’y polémique jamais, qu’on ne prend pas parti, et qu’on n’y parle quasiment que de ce qui nous plaît. Sauf qu’avec cette recette, si simple soit-elle, Bah Alors? est toujours là, à atterrir sur votre table chaque semaine. C’est peut-être parce qu’on est un peu plus qu’une bande de glandus qui ont voulu briller socialement pendant quinze jours. La preuve, on a même des stagiaires. Et des bons, des vrais, avec des papiers officiels !

Nicolas Muller

Mon expérience chez « Bah alors? »

Le premier stage pour un étudiant est souvent déterminant pour la suite de son avenir: il permet de le conforter ou de le dissuader quand au choix de sa future carrière. Même si ça n’en a pas l’air, un stage peut être une source de stress et d’appréhension. Lorsque j’ai su que le mien allait se passer chez « Bah alors? », j’ai été ravie et enthousiaste pour plusieurs raisons. D’une part parce que je le connaissais et l’avais déjà lu, parce qu’il était basé dans ma ville et parce que j’appréciais déjà son style en général. Lors de ma  » première  » rencontre de travail avec mon rédacteur en chef, Nicolas Muller et le directeur de la publication Ibrahim Berbar, j’ai su immédiatement que j’allais passer un mois intéressant. Maintenant que je suis arrivée à la fin de ce premier stage, je peux certifier que ça a été le cas. Contrairement aux apparences, je ne l’ai pas passé à faire des photocopies et à distribuer des cafés mais à écrire et surtout à écrire sur des sujets qui m’intéressent vraiment. Avec mon co-équipier, Quentin Ortega, nous avons eu la liberté et la chance de choisir presque tous les sujets à traiter. Pour ma part, ce qui m’a le plus réjouit, c’est d’avoir pu écrire sur ce qui me passionne, le cinéma et les livres. Ce stage est passé tellement vite que j’aimerais qu’il dure encore quelques semaines. De plus, Quentin et moi avons été épaulés et aidés par Nicolas et Ibrahim et franchement, on a bien ri avec eux. Si j’avais la possibilité de choisir, mes prochains stages seraient chez « Bah alors? ». Qui n’aimerait pas passer un mois de déconne?

Aurélie Pini

Bah Alors, c’était comment?

à ceux qui me demandent : « alors ton stage, c’est comment ? » Je leur réponds : « c’est le feu. » J’ai fait partie pendant trois semaines entières d’une équipe de fous furieux. Trois semaines de rigolades et de vannes, sans prise de tête. De travail aussi, ça va de soi… Mais faire ce qu’on aime avec des personnes au top, est-ce qu’on peut appeler ça du travail ? Et je ne dis pas ça parce qu’ils doivent nous évaluer, hein…

Entre un viking taillé comme une armoire à glace qui carbure au coca zéro, un fumeur compulsif qui à première vue paraît être le plus normal de tous alors qu’en fait, pas du tout, une hyper-stressée qui secrètement, s’imagine être l’héroïne de la saga littéraire After et un gringalet complètement ravagé, on peut dire que ce quatuor ne ressemblait à aucun autre. Et c’est peut être pour ça que ça marchait si bien.

Si vous ne l’avez toujours pas compris, on a kiffé. On revient quand vous voulez. En plus, on a pas dû leur apporter le café, on proposait et écrivait ce qu’on voulait. Après ils nous ont quand même envoyés au bagne deux ou trois fois. Histoire de montrer qui sont les patrons.

Donc un grand merci à Nicolas Muller alias « Ranko » (le genre de mec qui peut se permettre de mettre des peaux de bananes sur le crâne sans que ça choque personne) et Ibrahim Berbar, surnommé « le punk arabe » par son compère pour nous avoir intégré comme il se doit.

Merci aussi pour l’initiation au heavy métal des années 90 à nos jours, pour les histoires tordues et pour nous avoir rendus un peu plus barjo. Et bon courage aux futurs stagiaires, soyez bons mais pas trop, on tient à notre titre de « meilleurs stagiaires du monde » dixit Ranko.

Quentin Ortega

Nouveau pour vous, pour nous, pour eux

Fallait bien que ça arrive. Des stagiaires chez Bah Alors ?. Quand l’école de journalisme de Nice nous a contactés pour nous dire qu’ils nous « envoient » 3 jeunes de deuxième année, on était partagés entre l’idée de les maltraiter, leur apprendre quelque chose ou encore leur demander en permanence du café et du coca zéro. Finalement après mûre réflexion, et surtout grâce à la gentillesse de notre rédacteur en chef qui sait ce que c’est que d’être stagiaire dans un journal, on s’est dit « on va les laisser faire ce qu’ils veulent, et surtout on va les considérer comme de vrais journalistes ». Avec un peu d’appréhension, on s’est lancés, on les a rencontrés, on leur a expliqué ce qu’on faisait (ce qui a était très compliqué parce que finalement on ne sait pas vraiment ce qu’on fait!). Première semaine, et première révélation : Quentin après deux trois verres peut danser en écoutant Jul, Aurélie n’aime pas les dinosaures… Mais surtout les premiers articles sont terriblement bons. Du coup, on souffle, on échange nos idées, et sans s’en rendre compte on les a adoptés. Pire, Nico tente d’embarquer son nouveau fils adoptif dans une histoire de tatouage et d’exhibition. Entre les cafés réunions, les textos du genre « j’ai écrit une page ça rentre ? » et jusqu’au dernier mail qui parle de technique en spray. Sérieusement on ne peut pas rentrer dans les détails, ça pourrait vous faire peur. Puis finalement on n’a pas envie de rentrer dans les détails, c’est nos stagiaires. Nous on aurait voulu les garder. Et vous savez quoi, eux en redemandent. Et pour nous c’est la plus belle des réussites. Notre bébé grandit, sa famille s’agrandit. J’écraserais presque une larme.

Ibrahim Berbar

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