J’ai absolument voulu savoir ce que c’était. Parce que je suis seule depuis deux ans et qu’à force de voir mes copines enchaîner les mecs dans leurs appartements transformés en garçonnières de banlieue, je commençais à trouver les samedis soirs en compagnie de mes lives de Mylène Farmer un peu longs. À 36 ans, j’ai pas d’enfants, pas de mec, même pas une friandise occasionnelle à me mettre sous la couette. Tout ce qui me reste, ce sont deux ex un peu envahissants, et la libido d’une horde de pucelles des 80’s parquées dans une arena géante pour un concert des New Kids On The Block. Je crève la dalle, et pour une fille, c’est mal perçu. Alors comme j’ai eu marre d’en parler et d’agresser les mecs comme mes homologues québécoises le font régulièrement sans que ça n’émeuve personne (hormis les Français), j’ai décidé d’aller crever la dalle sur le web. En envisageant le projet sous une forme que j’espérais unique en son genre. Quelle prétention, je ris de moi-même. Je croyais pourtant sincèrement que j’irais là-dessus par simple curiosité, pour voir un peu sur quel genre de blaireaux fans d’eux-mêmes je pourrais tomber. Et puis j’ai rapidement constaté à quel point les gens pouvaient être tristes. Bien plus que moi, souvent. Internet, c’est l’antichambre du désœuvrement. Tout ce qui survit dans le solitude finit par y constituer la communauté la plus disparate qui soit, composée par une masse de gens qui ne veulent plus être seuls, mais qui se rendent compte rapidement qu’ils ne veulent surtout pas se rencontrer non plus. Mes soirées sont devenues encore plus longues, parce qu’en surfant sur ces centaines de pages à la recherche de l’âme sœur, je contemple toutes les quinze minutes, à peu près, la vacuité de ce que je suis en train de faire. Se rendre compte qu’on perd son temps est une activité particulièrement angoissante. Je me suis en revanche découvert des facultés d’empathie assez surprenantes, et je ne peux pas vous cacher que je n’aimerais pas, vraiment pas, être un homme trentenaire seul en 2015. Parce que si autrefois les hommes draguaient au bal et pouvaient être fixés assez vite sur l’aboutissement de leurs travaux, le monde virtuel a fabriqué une nouvelle maladie, celle de l’homme en soldes. Nous les femmes, on clique à l’infini, on sait qu’ils sont là, on sait où les trouver, comme avant, mais encore plus vite, encore plus simplement. Ils sont à notre merci, mais je suis pas très sûre que c’est vraiment ce qu’on voulait. Moi, je m’ennuie. Discuter avec un inconnu qui me dit que je suis belle, c’est rassurant pendant une heure ou deux. Mais à la fin, il y a Mylène qui murmure, et on en est toujours au point de départ.

Par Patricia Klass

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