Yoann Aglio, fondateur et président du club Hermes joutes en 2003, fait découvrir son club et explique plus en détail son sport.

Comment est né votre sport ?

Les premières traces de joutes remontent à l’Egypte antique 5 000 ans avant Jésus-Christ, c’était de la joute nautique avec des esclaves qui étaient mis à mort sur le Nil. Ce n’était même pas un sport, mais une sanction, il s’agissait de spectacle nautique de mise à mort. Après ça s’est un peu perdu et c’est revenu à l’époque de la Rome antique avec la construction d’arène nautique. Là par contre, c’étaient des gladiateurs spécialisés qui avaient suivi des entraînement spécifiques.

Et à l’époque actuelle ?

Depuis 1968, la joute est structurée au sein d’une fédération française présidée par Louis Nicollin qui est aussi président du foot à Montpellier. Il y a un règlement officiel, je suis moi-même arbitre, j’ai eu une formation de cinq ans ou on devient arbitre fédéral avec un règlement spécifique pour notre tradition, car il existe des méthodes différentes selon la région. Nous en PACA ça va de Nice à Arles, il y a 16 clubs qui existent. Il y a d’autres méthodes sur le bassin de Sète, le bassin lyonnais, en Alsace et en Nord Loire Picardie qui s’exporte en Belgique.

Qu’est-ce qui différencie la méthode provençale des autres ?

Notre méthode à nous a ce caractère très particulier qui est le fait d’aller au contact de l’adversaire avant l’impact, on est les seule à pratiquer cela. Les autres méthodes sont un peu plus « folklore », ils ont le droit de dévier les coups. On est aussi la seule méthode ou on a un plastron attaché sur la poitrine et les lances qui sont dentées d’une couronne en inox pour pouvoir accrocher dans le bois, donc on ne peut pas dévier sinon on se fait très mal et on fait mal à l’autre.

Quels sont les équipements nécessaires pour jouter ?

On a le plastron qui est un pavois de bois attaché par le cou et les bras en accordéon dans le dos qui est sur la poitrine. Il existe trois tailles pour les différentes catégories. Après on a la lance qui peut être de deux tailles. Elle fait deux mètres pour les jeunes et deux mètres soixante-dix pour les adultes. Les petites pèsent un kilo et les grandes peuvent faire entre deux et trois kilos. Le dernier équipement est le témoin, c’est un petit cube de bois qu’on tient dans la main gauche qui est spécifique à notre joute, il sert à éviter de prendre la lance de l’adversaire avec notre main.

Pour vous, c’est plus un sport ou un spectacle ?

Pour la politique de notre club, c’est les deux. On s’attache réellement à montrer un spectacle pour les gens, on pense à ceux qui sont en vacances et qui viennent voir un spectacle qu’ils ne vont pas voir autre part. On propose de la joute, c’est unique donc c’est une vraie tradition, on est aux couleurs locales. En championnat, on a la tenue traditionnelle avec le pantalon blanc et le béret. Mélangé à ça, on montre une tradition, mais en même temps, on travaille pour le sport parce que c’est un vrai sport qui demande beaucoup d’entraînement et donc beaucoup de bains, ce qui est très frustrant pour les jeunes. On fait des championnats tous les dimanches du 15 juin au 15 septembre. Ce qui fait aussi la beauté de ce sport, c’est qu’on peut faire 100 passes, elles seront toutes différentes.

A quel rythme vous entraînez-vous ?

On commence la saison à peu près entre le 15 et le 30 mai selon le temps, s’il fait beau en avril, on commence plus tôt. On débute les week-ends car il y a encore école pour les jeunes. Le premier tournoi officiel, c’est le 15 juin, on a donc un petit mois pour se préparer et après on s’entraîne deux fois par semaine le mardi et le vendredi de 17h à 21h.

Est-ce qu’il y a souvent des accidents ?

Non, moi, je me suis plus fait mal au rugby et au foot qu’en 25 ans de joutes, je ne suis allé qu’une fois à l’hôpital pour faire des points de suture alors que je fais à peu près 1 500 passes par été. On peut parfois avoir le souffle coupé selon l’impact.

Vous êtes combien dans votre club ?

Actuellement, on est 66 adhérents et 23 actifs. Ce que j’appelle actif, ce sont les personnes ayant une licence et qui viennent jouter. Le reste, ce sont des personnes qui nous accompagnent lors des déplacements et qui font partie du comité de soutien du club.

Tout le monde peut y entrer ?

Oui, il suffit de venir nous voir, on a des gens qui sont là sur le quai pour renseigner, il est possible d’essayer, il suffit de savoir nager … ce n’est pas obligatoire, mais c’est conseillé, car le plastron est en bois et permet de flotter, mais c’est mieux pour éviter la panique.

Comment se passent les tournois ?

Il y a sept catégories, cinq chez les garçons et deux chez les filles classées par âge et non par poids ce qui est aussi une différence par rapport aux autres méthodes de joute. Cela veut dire qu’on peut avoir un gabarit de 70 kilos qui en rencontre un de 115, mais la joute ne se joue pas que sur le poids, on choisit la vitesse du bateau qui influence l’impact, il y a une stratégie à mettre en place.

Quels sont vos prochains événements ?

Notre gros événement, c’est dimanche 12 juillet, on organise la quatrième manche qualificative pour les championnats de France. On a à peu près 180 compétiteurs au moins autant d’accompagnants. On commence à 9h et on finit vers 18h. C’est une grosse manifestation qui compte aussi pour le championnat régional, il y aura de l’enjeu, mais aussi du spectacle, car les jouteurs viennent de toute la Cote d’Azur.
Quels sont les résultats de votre club sur ce début de saison ?
On est assez contents, car chez les jeunes, on est bien placés. En benjamins, on a un pitchoun qui est pour l’instant deuxième au classement provisoire, on en a un qui est quatrième en commençant cette année. Chez les cadets pour l’instant, on a un jeune en tête du championnat en gagnant les deux premiers tournois et avec quasiment 50 points d’avance sur le deuxième. Chez les filles, on est aussi actuellement deuxième.

 

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