Lorsqu’une danseuse diplômée du conservatoire d’Avignon, référence en la matière, décide de revenir sur ses terres pour enseigner, le résultat peut s’avérer extrêmement bon. C’est l’été, les saisons sportives sont terminées, et il nous fallait un peu de respiration avant de retourner dans les palais des sports et autres stades de football, pour la reprise qui rappe déjà à la porte. Alors nous sommes allés discuter avec Frédérique Levastre, qui distille depuis des années une formation pointue à des jeunes filles qui, comme leurs copains, veulent transpirer en exerçant une activité physique. Avec plus de grâce, mais pas moins d’efforts. Art’Danse n’est pas une école comme les autres : il n’y a qu’à voir leur spectacle de fin d’année, à l’auditorium du Palais des Congrès de Saint-Raphaël, pour s’en convaincre, parce que même si on n’y connaît rien, on comprend que la danse, c’est quand même un sacré sport.

Frédérique, racontez-nous l’histoire d’Art’Danse

L’école existe depuis 7 ans. Je travaillais dans une école localement, et j’ai eu l’opportunité de créer ma propre structure sur une plate-forme qui s’appelle l’école des arts et loisirs, située à La Palud. On a démarré l’école avec 87 adhérents, on en a aujourd’hui 250, avec deux profs : Laure Imbert en jazz, et moi-même en classique et néo-classique.

Vous avez donné trois représentations en trois jours au Palais des Congrès de Saint-Raphaël. Pour ne rien vous cacher, au journal on a trouvé ça assez fou, surtout que c’était superbe, et plein à craquer !

Toute l’école danse, de l’accueil enfants qui commence à 3 ans et demi, jusqu’aux adultes. En fait c’est quatre soirs de spectacle ! C’est pour que tous les gens qui veulent y assister puissent le faire, sinon il n’y a pas assez de place.

Mais ça doit être un enfer à organiser, ce truc !

C’est un métier ! Les salles nous sont louées, ce qui est bien c’est qu’on peut le faire à l’échelle de la Cavem.

Quand va arriver la rentrée, on imagine que vous allez être ensevelis de demandes. Vrai ou faux ?

L’année dernière on avait déjà refusé une quarantaine d’adhérents, toutes catégories d’âges confondues. Notre priorité c’est la qualité de l’accueil et des enseignements, et on n’avait plus de place dans les salles. La prestation technique, pas la quantité. On a déjà de la demande, il n’y a pas de meilleure pub que le bouche à oreilles, et je l’ai bien précisé sur scène à la fin des spectacles, réservez dès maintenant vos places ! Nous ne sommes que deux à enseigner, les disponibilités sont forcément limitées. On ne peut pas accueillir plus de monde, et même si l’on a 43 heures de cours par semaine sur la plate-forme de l’école des arts et loisirs, c’est limité.

Les petits garçons que nous étions étaient sujets à des propositions de «sports», comme le foot ou le basket. Est-ce que la danse fait partie de ces sports, mais que l’on propose aux petites filles ?

On aimerait, mais la danse fait partie du ministère de la culture, et pas des sports. On n’est pas considérées comme des sportives, alors que les danseuses professionnelles dansent 8 heures par jour ! Essayez, vous comprendrez !

Surtout qu’il existe un tas de concours et que l’école Art’Danse prépare ses élèves à ces concours !

On a un public amateur qui vient une à deux heures par semaine, mais c’est aussi mon rôle de repérer les enfants qui ont des capacités un peu plus exceptionnelles. J’avertis les parents, dans ce cas. Si les jeunes filles peuvent accéder à un haut niveau, on les détecte et on les prépare à des concours internationaux, pour les jauger par rapport au reste du monde. On les prépare aussi aux auditions pour rentrer dans des écoles nationales ou même nationales supérieures, les conservatoires. On en a une, Anaïs, qui a dansé samedi, qui rentre au conservatoire d’Avignon.

Si on a bien suivi le discours à la fin du premier spectacle, votre école va se développer, vous allez même construire ?

On ne peut plus accueillir plus d’adhérents, on ne peut pas avoir plus d’une vingtaine d’élèves par cours. Les parents d’élèves nous disent souvent qu’il serait bien de changer de locaux, on est même venu nous proposer des solutions. Et puis un beau jour mon banquier est venu me voir en me disant «Melle Levsatre il faudrait songer à arrêter de lâcher des loyers, vous avez du monde, vous devriez investir». La réflexion a été très rapide, en quinze jours j’avais décidé de faire ma propre construction. C’est très bien tombé, on a acheté le terrain à 200 mètres de là où l’on se trouve actuellement, et si tout l’aspect administratif se déroule bien, en septembre 2016 on ouvre notre propre structure avec trois salles de danse de 100m², et 400m² en tout, entièrement dédiés à la danse !

Les parents doivent être ravis, parce que les élèves que vous prenez très petites, vous les gardez longtemps !

En général oui, on les accueille à 3 ans et demi, et on peut les garder jusqu’à 15 ans. Ce projet, les gens en avaient entendu parler, mais jusqu’ici ce n’était qu’une rumeur qui circulait. Donc plutôt que de la laisser circuler et se déformer, j’ai préféré en parler moi-même directement à la fin de chaque spectacle. Maintenant leurs questions sont plus claires ! Ils étaient super heureux, ils ont adoré le spectacle, en plus. Mais surtout ils sont heureux de cette évolution, parce que ce sera bon pour le bien-être de leurs enfants.

Est-ce que vous et votre acolyte, vous trouvez encore le temps d’aller danser ?

Hélas non ! En tant que directrice artistique de l’école, je n’ai plus de temps du tout. C’est pour ça aussi qu’en septembre 2016 il y aura deux nouvelles profs qui vont nous rejoindre. On sera trois dès la rentrée avec l’arrivée de Christelle, puis 4 l’année prochaine avec Joanna qui s’occupera du contemporain.

Il y a beaucoup d’écoles de danse, ici ?

Il y en a pas mal, et elles ont toutes leurs spécificités. Elles ne rencontrent pas le même public, il y a une grande diversité sur l’Est-Var. Chez nous c’est très académique, type conservatoire, on prépare des concours. Mais tout le monde n’a pas envie e ça, il y a des enfants qui veulent des choses un peu plus fun, plus modernes, mais c’est ça qui est super !

Quand vous détectez une élève, comment ça se passe ?

Je peux le voir dès quatre ans, si elle a une attention particulière, sa manière de se déplacer dans l’espace, tout e suite je le vois. Le facteur physique devient très important par la suite, les hormones font leur œuvre et là tout peut changer, elles peuvent prendre du poids, devenir très grandes, etc…C’est un paramètre non maîtrisable et qu’il faut gérer, et qui fait que certaines danseuses aux capacités énormes se retrouvent sur la touche.

Et quel est votre rôle, une fois qu’elles sont identifiées ?

Si elles veulent vraiment en faire une profession, je les encourage mais je leur dis la vérité : Art’Danse peut les accueillir jusqu’en seconde, mais au-delà, je n’ai pas la structure. La scolarité est extrêmement importante, il faut danser plus mais il y a le bac à passer. Tout ce qui touche au milieu artistique fait très peur aux parents. Elles partent donc dans des écoles adaptées, où le temps scolaire est adapté. Ici il y a un triangle, Marseille, Avignon et Cannes. Et ce que je dis aux parents, c’est de ne pas les laisser partir trop loin, elles sont jeunes, et le mental joue un rôle énorme, comme en sport de haut niveau.
site web – www.art-danse83.com

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire