Le Mas d’Estel, situé à Saint-Aygulf, est l’une des plages les plus populaires de la région. L’endroit où il faut être allé au moins une fois pour pouvoir dire qu’on a passé un été réussi. On y mange, on s’y détend, et le soir, on y sort, en faisant un effort de look, de style, avec une jolie carotte à la clé : les plus belles filles du coin (c’est le patron qui le dit, nous on se contentera de ne pas le contredire !). Yann Krief est l’un des trois associés (avec Daniel et Arnaud). C’est lui qui revient sur la (re)naissance de ce lieu en compagnie de Jimmy, son directeur artistique.
Yann, qu’est ce qu’il s’est passé entre l’année dernière et cette année, on dirait qu’on s’est téléporté dans un endroit complètement diffèrent ?
On s’est dit que notre concept était vieillissant et qu’il fallait qu’on amène une touche de jeunisme là-dedans. On devait bouleverser les codes des plages et en faire une atypique avec un vrai design et des choses qu’on ne voit pas ailleurs, avec des rapports à l’art, à la musique et bien sûr à la plage.

Tu peux me raconter l’histoire de cet endroit, car avant ça s’appelait Estel Plage et c’était connu par les locaux et maintenant… c’est le Mas d’Estel.

On est arrivés il y a huit ans, c’est une vieille histoire le Mas d’Estel, ça fait 35 ou 40 ans que ça existait sous le nom d’Estel Plage. Il y a eu plusieurs propriétaires successifs jusqu’à ce qu’un jour la famille qui était propriétaire de cet espace-là ainsi que de tous les étangs qu’il y a autour ont décidé de céder l’endroit. On était là à ce moment-là et on s’est pas mal battu pour l’avoir, car c’était l’endroit convoité qu’il fallait avoir, et ça intéressait beaucoup de monde, mais on a eu la chance d’être les propriétaires au bout du compte. La première année c’est resté Estel Plage car on avait repris en catastrophe début juillet, et l’année suivante c’est devenu le Mas d’Estel pour donner une connotation un peu authentique provençale.

Comment on fait pour bâtir une si belle réputation ?

On n’a pas eu tout le temps des bons retours, car on a essayé de placer la barre un peu haute en se disant qu’on n’a jamais renié qu’il fallait appliquer certains codes pour venir et on est restés sur cette ligne de conduite. On s’aperçoit que les gens sont contents maintenant de venir chez nous, car ils sont en sécurité. Je pense qu’on a les plus belles filles de la région qui viennent au Mas d’Estel, souvent seules parce qu’elles sont à l’aise, elles ne sont embêtées par personne et elles savent qu’il y n’y a aucun risque à venir chez nous. Tout ça s’est mis en place au fur et à mesure des années parce qu’on a gardé cette ligne de conduite au fil du temps. Notre réputation s’est faite comme ça, il faut avoir une idée au départ et le tenir jusqu’au bout, certes ce n’est pas facile les gens avaient l’habitude de venir le soir pieds nus et en short alors que maintenant ça vient en talon aiguilles et bien habillé. Il y a des moments ou on est plus décontract’ mais on a réussi à garder ça et ce n’est pas parce qu’on se la pète. On voulait créer un bel endroit et je pense que les gens au fil du temps, on les a un peu éduqués et maintenant, ils prennent plaisir à venir « beaux » au Mas d’Estel, et on est fier de dire qu’on a une belle clientèle.
C’est complètement atypique, car le Mas d’Estel, c’est aussi beaucoup d’activités nocturnes alors que c’est une plage et on n’a pas l’habitude de voir ça.

Nous, on a plusieurs métiers en fait, le client peut arriver le matin à 9 heures, il vient à la plage, on a la chance d’avoir la plus grande étendue de sable des plages de la Côte d’Azur avec 5 000 m2 de sable. Le cheminement d’un client, c’est qu’il arrive le matin à 9 heures, il va à la plage, s’installe et boit son petit cocktail. Après à midi, il passe à table, on essaie d’avoir une table avec une carte qui change de ce qu’on a l’habitude de voir ailleurs avec bien sûr des standards, mais on a aussi deux pâtissiers qui proposent des desserts qu’on ne trouve pas ailleurs. Il y a aussi dix personnes en cuisine, le patron de Sushi Toki nous a rejoint. On est certainement la seule plage en France à avoir un meilleur ouvrier de France sommelier. C’est toutes ces petites choses qui font peut-être la différence. Après être passé à table, le client retourne sur son matelas, il va faire un petit tour de jet-ski ou de la bouée ou du Fly Board. On vient aussi de rajouter des massages.

Chaque années, vous créez des nouveautés. C’est beaucoup de réflexion à l’inter-saison ?

Oui, on réfléchit longuement, mais ce sont des choses qui existent déjà ailleurs, on n’a pas inventé grand chose. Sur les plages de Saint-Trop, vous avez des massages et des activités nautiques, sauf que nous, on a la chance de tout avoir au même endroit. Là, on vient également d’ouvrir une boutique et on commence à avoir une offre globale. Le soir, les clients vont se changer et reviennent pour manger, avec parfois un cabaret qu’on a mis en place cette année.

Au niveau administratif, législation, c’est forcément compliqué de travailler sur une plage comme ça ?

Ne vous posez pas ces questions, laissez nous régler ces problèmes administratifs. C’est sûr qu’il y en a, il y en a toujours, c’est jamais simple d’avoir un endroit comme celui-ci. Il crée plein de convoitises, plein de jalousies, mais ces problèmes, on les règle. Il y a tous les bruits qui courent sur le Mas d’Estel, mais ça fait huit ans qu’on est bien là, on a encore investi beaucoup d’argent cette année.

La réglementation est-elle plus pointilleuse que pour une plage ou un restaurant classique ?

C’est plus les sites sur lesquels on exploite qui changent ça. C’est sûr qu’en bord de mer, on n’a pas les mêmes contraintes qu’ailleurs. Nous la chance qu’on a, c’est que c’est une propriété privée et on n’est pas un établissement en concession comme peuvent l’être 99 % des autres plages, on est chez nous et c’est pour ça qu’on n’est pas soumis tout à fait aux mêmes règles que les autres. Par exemple, et c’est bête, la législation interdit de faire de la musique sur les plages en concessions.


Vous gérez aussi le Public House, est-ce qu’il y a une transversalité entre les deux établissements ?

Pas vraiment parce que ce n’est pas du tout la même cible, on a beaucoup de clients qui nous suivent sur les deux établissements, mais c’est vrai que là-bas, c’est beaucoup plus rock et là, c’est plus électro. En terme de musique là-bas, c’est du live alors qu’ici, c’est plus clubbing.
Justement, Jimmy parle nous de la programmation, avec l’établissement qui s’agrandit, tu ne peux plus accueillir les mêmes gens ? Tu vises plus haut en termes d’artistes ?

Finalement comme on s’est connu depuis quasiment les débuts avec les garçons, on a suivi le développement. Le deal, c’était de lier l’artistique au métier de restaurateur plus ou moins classique même si c’est un établissement atypique par rapport au marché local, voire même un national. On essaie d’apporter de la nouveauté et de la fraîcheur. Le deal était d’essayer d’avoir une offre globale, comme celle du Mas d’Estel actuellement. Effectivement, on a aujourd’hui évolué aussi sur le plan artistique.
Tu as travaillé où, avant ?

J’ai travaillé dans pas mal d’endroits. J’ai commencé DJ à l’époque des premières fêtes entre amis puis j’ai rapidement évolué en faisant les plus beaux clubs de la Côte d’Azur. Puis j’ai décidé, parce que j’avais fait une soirée à Monaco qui s’est très bien passée, mais où le travail des promoteurs n’étaient pas top… Je me suis dit pourquoi pas réfléchir sur le global, la lumière, la communication et les relations publiques. Du coup, ça m’a permis de tester plein de choses ici et de me positionner à terme comme consultant en développement global artistiquement parlant sur le segment nuit, plus ou moins haut de gamme.

Toi qui as connu tous ces endroits haut de gamme, d’être ici chez toi et d’avoir un endroit comme ça, tu dois vivre un rêve ?

Concrètement si on a fait le pari de rester ensemble, c’est parce que je pensais vraiment qu’il y avait quelque choses à faire ici. J’ai connu une époque où ça bougeait pas mal et malheureusement le marché a été plus décroissant qu’autre chose et c’est vrai que cet établissement, j’y ai toujours cru. Voilà pourquoi aujourd’hui, on commence un peu à toucher du doigt ce que l’on a espéré il y a quelques années à force de paris, de saisons et d’énergies dépensés. Cette année, on commence à toucher du doigt la gamme d’établissements dans laquelle on souhaitait se positionner.

Qu’est-ce qu’on va avoir de fou cet été ?

Les très gros artistes que peuvent accueillir les établissements français en été, on va les avoir chez nous mais en exclusivité. Cela veut dire que dans un rayon Côte d’Azur voir France, ils ne seront que chez nous. Ce soir, on a un Dj qui fait partie du top 20 des DJ mondiaux en exclusivité, pareil pour Eric Morillo, et ce ne sont que des exemples, il y en aura plein.


Yann il y a une énorme évolution entre la saison 2014 et l’été 2015, est-ce que vous allez encore changer plein de trucs à l’été 2016 pour faire encore plus ?

Oui, on a encore des idées, mais on espère qu’on va pouvoir le conserver de la sorte pendant un petit moment.

L’idée était d’arriver à ce genre de chose ?

Oui, c’était d’arriver à ça, on y est. Il y aura peut-être encore quelques modifications pour la structure, mais après sur le fond, le fonctionnement, on va continuer de tendre vers ça. On s’est équipé du meilleur système de son actuel, d’outils de lumière, de fumée, de canon à CO2, d’écrans LED. Si quelque chose évolue, ce sera le matériel, pas la structure.

 

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