Eric et José Rios ne sont pas, au départ de leur parcours professionnel, des restaurateurs. Ce métier leur a tendu les bras alors qu’ils étaient occupés ailleurs, dans plein d’affaires différentes. Aujourd’hui, il leur prend tout leur temps, avec tout ce qu’une occupation « extrême » comporte comme bons et mauvais côtés. Cela étant, ce qu’on ne peut pas enlever à la Plage de la Tortue, c’est qu’elle est un endroit magnifique, réputé, prisé, et qu’il y règne une ambiance qui incite volontiers à prendre son temps. Loin de la route, et près des vagues.

Eric, comment en êtes vous arrivé à créer u restaurant, qui plus est sur la plage ?

Je suis expert comptable. Mon frère et moi étions investisseurs dans des affaires, à l’époque. Lui, il était conducteur de travaux., on mettait des billes dans de l’immobilier, dans des commerces, etc. Alors on a acheté ça en tant qu’investisseurs, pour un ami. Et au final l’association ne s’est pas déroulée comme on voulait, donc on a fini par l’exploiter nous-mêmes.

Et c’est devenu votre activité principale ?

On a démissionné tous les deux de nos métiers respectifs, pour ne faire que ça.

C’est une concession de plage. Comment ça marche ?

C’est l’état qui nous loue un espace, ety sur cet espace on peut exercer trois activités, comme sur toutes les plages privées : restauration, location de matelas et bar. Ça fait un peu plus de 5000 m², et là-dessus on a développé deux restaurants, la Tortue et le Paladio, l’activité est la même, même si les cuisines sont différentes, on ne va pas se faire concurrence à soi-même !

Est-ce que le fait que ce soit l’état qui vous loue ce petit morceau de patrimoine naturel, implique une législation très compliquée à respecter ?

Le décret plage de 2006 est le même pour tout le monde, il regroupe tous les articles imposés aux exploitants, ce qu’ils ont le droit ou non de faire…

C’est contraignant ?

Non, mais il faut rester dans les clous. Par exemple, chez nous, tout est démontable, sur les 2000 m² d’exploitation rien qu’au niveau de la Tortue, il ne reste qu’un petit bâtiment de 90m².

C’est une tolérance ?

Non c’est un petit bâtiment construit en dur qui est là depuis 30 ans. Mais on le vide intégralement en cas de problème l’hiver.

Comment vous faites pour répartir votre activité sur toute l’année ? Puisque le restaurant ne tourne pas l’hiver.

Six mois dans l’année, à peu près. On a un mois et demi de montage, et quinze jours de démontage, déjà. Il nous reste quatre mois, un peu de vacances, et sur des établissements comme le notre, on cherche pas mal de nouveautés, on essaie de peaufiner la programmation musicale, on a largement de quoi s’occuper !

C’est difficile pour le personnel ? Tous ne sont peut-être pas uniquement des salariés de la Tortue, du coup.

On a douze personnes à l’année, la majorité des cuisiniers, les chefs de salle aussi. Le reste ce sont des saisonniers, mais qui reviennent régulièrement d’année en année. Après bien sûr on a aussi des jeunes qui sont étudiants, et qui font ça pendant deux trois saisons.

C’est difficile de se faire connaître, quand on n’est pas visible de la route ?

Ah c’est très difficile, c’est pour ça que 95% de nos clients sont des habitués. Touristes, souvent mais habitués quand même ! Les gens qui ont des résidences secondaires, il y en a beaucoup, ils passent chez nous pendant une semaine ou quinze jours. Il y a des gens qui viennent tous les jours ! Le site naturel est très beau, c’était notre rôle de l’aménager, mais on est seuls, au bout d’un chemin, on n’entend pas la route…Quand je vais dans un resto de plage et qu’on n’entend pas les bagnoles passer, c’est génial !

D’ailleurs ça vous permet d’organiser des événements tranquillement.

Oui, notamment avec Elit Fitness Mais on n’est pas très « festifs », il y a de la musique le mardi et le jeudi, mais en acoustique. On a une clientèle qui vient là pour essayer de s’apaiser et se faire plaisir dans l’assiette. L’ouverture par contre c’est différent, c’est pour dire haut et fort qu’on est ouverts, créer du buzz autour de ça. Comme on est super excentrés, on fait une énorme soirée dès le départ, cette année il y avait 5000 personnes. La clôture c’est fait pour liquider les bouteilles, à moitié prix. On joue vraiment le jeu des soirées « closing », tout ça sinon c’est stocké dans un hangar de 800m² pendant six mois. Il nous coûte 4000 euros par mois, mais il est grand, ça nous permet de stocker là en rangeant, mais pas trop. On démonte tout les parasols, les tables, on repeint tout, et ce grand hangar nous permet d’être tranquille. Chaque année on redémarre à zéro, le sable on le remonte…Ici c’est une piscine, l’hiver.

Il y a une concurrence spécifique, entre les restaurants de plage ?

Non, c’est pareil, comme dans tous les métiers. Plus maintenant qu’avant, il faut faire énormément de communication, nous on investit énormément. J’essaie d’être très présent sur les réseaux sociaux, c’est gratuit, je ne comprends pas pourquoi certains ne le font pas. Bien sûr ça me prend un temps fou, je fais des cadeaux pour les anniversaires, c’est un énorme travail. Après, ça paye ! Concurrence, pas vraiment. Ici c’est une plage calme où on mange bien, quand on me demande pour des événements plus festifs, des enterrements de vie de jeune fille, des choses comme ça, je les envoie au Mas d’Estel, je leur dis que c’est fait pour ça, et qu’ils peuvent y aller de ma part.

Vous ne regrettez pas votre vie de comptable, quand même ?

Bah, le bureau climatisé c’était bien ! Je touchais mes ronds, mes dividendes…Ici on a beaucoup de boulot, énormément même. C’est dur, si on veut s’investir. Mon métier c’était de faire grandir les sociétés de mes clients, j’applique les mêmes principes à ma boîte. Maintenant qu’on est là, faut que ça tourne !

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