Vous n’êtes sûrement pas passés à côté, nous avons reçu des stagiaires depuis le début du mois de juin. Dans leurs missions imposées pas l’école, il y en avait une assez perturbante : nous interviewer, nous, les artisans derrière le journal. Alors comme on les a tout de suite aimés, on ne s’est pas défilés. Il a bien fallu que je passe à la moulinette de Quentin Ortega, qui sans me torturer a quand même largement pris son temps pour me poser les questions qu’il voulait. Si on vous propose de lire cet entretien aujourd’hui, c’est parce qu’il explique assez bien la nature du journal, de ce qu’on voulait en faire en le créant, et qu’il résume assez bien la substantifique moelle du projet. Et si ça peut satisfaire quelques-unes de vos curiosités, ce sera toujours ça de pris. Et puis, après tout, il fallait bien qu’un jour on vous explique certains trucs !

Bah alors ? C’est une idée de qui ?

C’est une idée qu’on a eu Ibrahim et moi conjointement, un soir devant un match de foot (Nantes-PSG en Coupe de la Ligue). Lui était en fin de contrat au collège où il était assistant d’éducation, moi j’étais en contrat aidé à Mosaïque FM.

Comment vous est-elle venue ?

On s’est retrouvé tous les deux au chômage donc on cherchait quoi faire. Et plutôt que de trouver un boulot chacun de son côté et se raconter nos histoires on s’est dit : pourquoi on ne lancerait pas une boîte dans laquelle on pourrait mettre à profit nos compétences ? Moi c’était le journalisme, lui c’était plutôt la communication, le graphisme et le commerce donc on s’est dit qu’on allait faire un journal dans lequel on allait vendre des pubs. On a d’abord lancé un mensuel gratuit parce qu’il n’y en a qu’un ici. Il est consacré à la pub, il n’y a pas de rédactionnel. Nous, on voulait mettre du rédactionnel et de la pub sur le modèle de Metronews et de Direct Matin comme à Nice mais qui chez nous n’existe pas.

Quelle est la ligne éditoriale de ce journal ?

On essaie d’éviter de faire de la politique parce qu’on est sujet à une contrainte : on vend de la publicité aux boites privées mais aussi aux organismes tels que la Mairie de Fréjus, de Saint-Raphaël, de Roquebrune etc.
On leur vend de la pub mais attention, on ne leur cire pas les pompes. Et pour éviter de se casser la gueule en écrivant « Roquebrune a fait ça, c’est super » alors que dans les faits c’est pourri, on préfère ne pas en parler.
Après la ligne éditoriale c’est qu’on essaie plus ou moins de parler de ce que la communauté fait de bien. C’est à dire que s’il se passe un truc bien et un truc chiant, mais que les deux intéressent les gens, on va plutôt parler du truc bien. C’est un journal de bonnes nouvelles. Et il y en a suffisamment pour alimenter nos douze pages chaque semaine.

Au départ, Bah Alors ? était un mensuel. Pourquoi avoir opté finalement pour un hebdo ?

On a opté pour un hebdo parce que des investisseurs ont proposé de nous aider au bout d’un an d’exercice. Les gens ont commencé à nous prendre au sérieux et à nous dire : « mais pourquoi vous ne faites pas un hebdomadaire ? » On nous a un petit peu appuyé, on nous a filé suffisamment d’argent pour pouvoir le lancer et quand on a commencé l’hebdo, on y a pris goût. Forcément c’est plus de boulot, plus de sujets, plus de terrain, plus de distribution, plus de tout mais au moins, on nous prend plus au sérieux. Du coup, quand les gens ont un événement à promouvoir, ils font systématiquement appel à nous.

Ça a été difficile de se faire une place ?

Oui ça a été dur parce qu’on a choisi un nom un peu rigolo, donc quand on le disait les gens ne comprenaient pas.
Ici, le problème quand tu es journaliste, tu dois forcément être de Var Matin. Si tu n’est pas de Var Matin tu n’existes pas. Expliquer aux gens qui ont l’habitude de travailler avec les médias que tu es un nouveau média, c’est super difficile. Ça nous a pris un an. Il faut savoir qu’en plus, on est sur tous les terrains : on le distribue, on vend la pub et on va faire les sujets. Donc on est tout le temps à l’extérieur, on rencontre tout le temps les gens. Et pour se faire une place, il a fallu leur expliquer un moment, oui.

Quels sont tes domaines de prédilection, les sujets que tu maîtrises le mieux ?

La musique, le cinéma, tout ce qui concerne la contre-culture, les choses qu’on ne voit pas partout comme les films d’horreur, les tatouages. Tous les sujets un peu bizarres me parlent.
Après, j’ai conscience qu’il y a des trucs sur lesquels je suis complètement à la rue parce que finalement à 32 ans tu commences à devenir vieux…

Qu’est ce qui te plaît le plus dans ce métier ?

Rencontrer des gens nouveaux à chaque fois. Et comme en plus j’ai une tête, un style et un journal un peu bizarres, à chaque fois que je les rencontre ils sont surpris. Et quand ça commence à bosser, ils prennent le sujet au sérieux. Ce qui me plaît le plus, c’est le basculement entre le moment où ils se disent « qui est ce mec complètement fou » et le moment ou je leur pose des questions et qu’ils se rendent compte que je suis là pour bosser.
Un jour j’ai interviewé Francis Perrin qui venait pour présenter les textes de Molière. J’étais à côté du journaliste de Var Matin et j’avais vraiment préparé mon truc. Parce que je me souvenais juste qu’il avait fait des films X dans les années 70 et je ne voulais pas lui parler que de ça. Le journaliste de Var Matin n’avait lui, rien préparé.
Francis Perrin m’a vu débouler et s’est demandé qui j’étais. A la fin il est venu me voir et m’a dit : « putain vous avez bien préparé votre truc, hein ! » Et ça c’est un très beau souvenir.

Et au contraire, qu’est ce qui te déplaît le plus ?

Les gens qui m’appellent pour me dire « comment je dois faire pour que vous parliez de moi ? » Comme on laisse pas mal de place aux entreprises dans le journal, on les sélectionne parce qu’on ne peut pas parler des 8 000 présentes sur le territoire. On a une rubrique qui s’appelle « l’entrepreneur de la semaine » et beaucoup veulent y être parce que ça leur fait de la pub. Mais le problème, c’est que ce n’est pas axé publicité. Et ces entreprises on les choisit parce qu’elles organisent des évènements, parce qu’elles viennent d’ouvrir, parce qu’elles amènent un truc nouveau etc. Du coup, il y en a qui se demandent pourquoi on ne parle pas d’elles. Alors ils m’appellent. Par exemple, on a fait un sujet sur le fait maison et un mec nous a parlé de ses glaces maison hyper bonnes qu’il fait avec des machines italiennes des années 70. Il organisait aussi des démonstrations, des journées portes ouvertes, il faisait plein de trucs. Et aujourd’hui, les glaciers de Port Fréjus m’en veulent parce que j’ai parlé de lui et pas d’eux. Ils sont tous très bons, c’est pas la question. Donc je leur réponds que lui vient d’ouvrir et propose des trucs nouveaux, vous vous faites quoi ? « Bah moi je fais des glaces » Bah oui je sais mais rien de plus donc si il m’en faut un je prends lui et pas vous. On essaie de parler de tout le monde, et on finira par le faire, mais à chacun son heure de «gloire», si on peut dire.

Tu te vois où dans 10 ans ?

Mon vrai rêve c’est de continuer un peu le journalisme mais d’avoir deux-trois mecs qui pourraient s’occuper du terrain, des articles. Moi j’aimerais bien m’occuper de l’encadrement car la ligne éditoriale, le ton que j’ai donné à ce journal, j’aimerais que ça perdure. C’est vrai que ce n’est pas évident de trouver les bonnes personnes. Je n’ai pas envie que les journalistes qu’on prendra écrivent comme tout le monde, qu’ils n’aient pas de plume. Puis ici, c’est toujours les mêmes évènements donc tu peux vite te répéter etc. C’est un risque dans lequel je n’ai pas envie de tomber. C’est pour ça que si le journal dure et que l’on arrive à embaucher des gens, il faudrait des gens capable de se marrer, de se renouveler et proposer de nouveaux trucs. Mon but, ça serait d’avoir des journalistes, étendre un peu le territoire jusqu’à Toulon par exemple et de travailler avec des gens qui seraient capables de faire ce qu’on fait là mais à une plus grande échelle et en qui on pourrait faire confiance.

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