Francis Lalanne

Le trouvère de l’extrême en mission à Roquebrune
Il y a des semaines qui accouchent d’événements hallucinants. Il y a même mieux que ça : des lieux qui sentent à plein nez la bizarrerie, l’étonnement. Il n’est pas nécessaire de se rendre à Las Vegas pour goûter au plaisir coupable de vivre un moment unique et borderline dans l’oeil du cyclone. Roquebrune, souvent, ça suffit amplement. Après nous avoir sorti Vincent Lagaf’ sous un jour nouveau et particulièrement cool, perché avec son fils au-dessus du lac Perrin sur un fly-board, Roquebrune est allé encore plus loin dans la loufoquerie. Cette semaine, le village s’est prêté aux velléités de pèlerinage culturel du troubadour préféré des amateurs de football, Francis Lalanne. Un personnage singulier, qu’on n’aime jamais qu’un peu, qu’on peut détester à 20 000 %, mais qui a le mérite d’être ce qu’il dit, de dire ce qu’il fait, de penser ce qu’il veut, et de toujours générer un sympathique bordel autour de lui. De visites gourmandes en concert pas cher, de déambulations mystiques en textes surprenants, Francis Lalanne a été magnifique, au-dessus du ciel, tout en haut. Le meilleur, c’est peut-être lui. Bienvenue dans ses traces éthérées par un manteau beaucoup trop long pour un mois d’août.
Roquebrune par le menu
La chose qui nous a le plus surpris, à la rédaction, c’est sans doute la communication de la ville au sujet de la venue de Francis Lalanne : « il va visiter les chocolatiers de la ville, le mardi 13, à partir de 18h45″…avec des horaires fixes, un cortège qui le suit. Le non-événement par excellence, on a même cru que le service comm’, que l’on sait tenu par des gens pleins d’humour et qu’on apprécie beaucoup, nous avait réservé une blague de grande qualité. Et bien figurez-vous que la curiosité nous a poussés à braver le doute, et qu’après avoir vainement traqué l’artiste et sa fine équipe dans les allées de la rue Grande, il a fini par apparaître pour de bon, en plein milieu du marché artisanal. Moment d’étonnement, sourire amusé, mais maintenant l’homme qui collectionne les figurines, parle aux arbres, copine avec Joey Starr et défend des positions très fortes quand on le laisse parler, il est bien là. En train de discuter le bout de gras, de goûter aux chocolats Courrault, et à tous autres (parce que Roquebrune est une terre sainte pour le chocolat, sachez-le, il y a même un joli musée en plein centre du village). Photos, selfies, une visite assez tranquille pour un Lalanne en vacances, qui prend du bon temps. Mais ça, c’est avant le concert du jeudi soir. Et vous allez voir que chez Bah Alors ?, on a de la suite dans les idées…
Matos de kermesse, et pourtant…
Avec rien ou presque, on peut faire beaucoup. Car à coeur vaillant rien d’impossible. Et celui de Francis Lalanne, il est comme ceux des gens de la Sarget : en forme. Parce qu’imaginer faire un concert sur le lac Perrin avec un artiste reconnu, sonorisé par du matos de fête foraine et éclairé par trois spots monochromes qui vont très vite tomber en panne, faut en avoir derrière la tête et dans le futal. Et puis, finalement, pourquoi pas ? On s’attend toujours à tout avec les personnages hauts en couleurs comme Francis Lalanne, on n’a pas été déçus : un vrai concert, dans des conditions pourries, mais qui n’ont choqué absolument personne, ni lui, ni le public, ni nous. On s’en foutait, c’était cool, une fête entre copains avec Francis à la guitare, qui nous raconte le monde avec sa vision de poète écorché vif, un peu moquable parce que trop sensible, souvent sensé, jamais idiot.
Pour être entier, il est entier, et ses chansons méconnues sont le véritable reflet de ses combats divers, pour les artistes du tiers-monde, pour la liberté d’expression, pour les exclus du système. Il a d’ailleurs commencé le concert par une chanson très forte sur le sida, histoire de bien entrer en matière. C’est après que c’est devenu plus folklorique, quand le public s’est fait saisir par l’artiste qui leur a montré qu’une scène au bord de l’eau avec un son loin d’être au top, un light-show qui sort d’un Luna Park des 80’s et un son de batterie à faire se plaindre un groupe de fête de la musique en Corrèze, ça ne l’inquiète pas, mais alors pas du tout. Il l’a d’ailleurs dit avant de commencer : « c’est pas la sono des grands soirs, mais on fera avec, et on sera tous très contents quand ce sera mieux, avec les années ». T’as un projet à vendre et du coeur à l’ouvrage ? Appelle Francis Lalanne, tu passeras une excellente soirée, avec plus de 1500 copains. Et bravo, vraiment, à la Sarget, qui a réussi ce soir-là à faire un super truc avec presque rien. Et gratuit !

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