Qui de mieux qu’un sommelier pour nous parler de vin ? John Euvrard est un heureux lyonnais parachuté dans notre région chaque été, pour être le conseiller avisé des amateurs de vin qui se restaurent au Mas d’Estel. Si l’établissement a considérablement amélioré sa gamme de vin, c’est grâce à lui. Evidemment passionné, fondamentalement imprégné, savamment documenté, il nous dit tout ce qu’il sait sur les particularités de notre terroir, nous donne quelques dates clés, et va sûrement vous donner envie de dépenser quelques deniers. Une interview désintéressée comme on en fait trop peu !

John tu es sommelier depuis bientôt 25 ans. Peux-tu nous décrire les spécificités de notre territoire ?
En fait on est sr la partie littorale de la Provence, la production ici c’est surtout le vin rosé, 90%. Le blanc et le rouge ça reste très intéressant, mais c’est quand même minoritaire. On retrouve beaucoup de vins légers, les vignerons recherchent des vins désaltérants, des vins qui rafraîchissent.
Ca veut dire qu’ils sont faiblement alcoolisés ?
Un degré d’alcool peu élevé, qui gardent la fraîcheur, des vins à consommer assez rapidement, mis en bouteille dès la fin de l’hiver et qui sont à consommer avant le mois d’octobre, pour la plupart.
Toi qui connaît ce milieu par coeur, à la fois les exploitants et les consommateurs, qu’attend le public d’une période comme celle des vendanges et des foires aux vins ?
En général les consommateurs attendent ça avec impatience. D’ailleurs la période remet le vin au coeur de l’actualité, via les médias. Les gens remplissent leur cave, ils se ré-approvisionnent, s’il y a un coup à marquer avec le millésime pour un mariage ou une naissance ils prient pour que l’année soit riche en bon vin, etc… C’est le moment d’acheter un peu de vin différent, c’est le moment de faire de bonnes affaires.
Le millésime récolté en 2015, il sera bon ?
On devrait avoir un très bon millésime dans beaucoup de régions. Il ne faut pas toujours assimiler la qualité d’un millésime à la quantité d’ensoleillement ou à la chaleur. Il ne faut pas d’excès. Il y a eu un très bel été, un juillet très chaud, mais avec un petit manque d’eau, par exemple ici. Donc on a un très beau raisin, mais on manque un peu de volume. La perfection, c’est un très beau raisin en masse, mais ce n’est pas le cas. On a en général des vins un peu concentrés, un peu moins acides, des vins riches et puissants avec un potentiel de garde un peu plus long que la moyenne.
Ici on produit des vins qui se consomment vite ?
Pas toujours. Quand on est dans le rosé, les vins rouges et blancs proposés par les vignerons sont en général des vins à boire assez rapidement. Mais ça n’enlève pas le fait qu’o a ici des terroirs qui proposent des vins qui se conservent. Il ne faut pas assimiler la Provence qu’au vin rosé, léger et festif. On associe cette image, on oublie qu’il y a de grands terroirs de rouge et de rosé, sur Bandol par exemple, où l’on produit de vrais vins de garde.
Les exploitants sont heureux ?
Ils sont contents de ce qui sort, ils sont heureux de la qualité du raisin. En plus il fait très beu pendant les vendanges et c’est important, ça permet de rentrer du raisin sec. On a échapé à la grêle, ils sont plutôt satisfaits de la saison et du cycle.
Le public local est connaisseur ?
Il est curieux, il a envie d’en savoir plus sur les vins de sa région, il est très demandeur. On est très bien renseigné sur le rosé, ici, ils savent qui fait quoi. Ils ont moins de repères sur les autres terroirs, mais ils sont très demandeurs, sur le Bourgogne, par exemple, qu’ils peuvent déguster au Mas. C’est en tous cas ce que je constate.
Et puis le fait que tu sois toi-m^me là pour ça, encourage un peu les questions.
Ils posent beaucoup de questions, ils aiment beaucoup entendre les histoires des vins qu’ils découvrent. Moi je suis Lyonnais, la culture du vin est marquée, chez nous. Ici il y a plein de choses à faire, c’est très plaisant. C’est normal de bien connaître sa production locale et un peu moins ce qui se passe ailleurs, mais en leur racontant ce qui se passe derrière les vins d’ailleurs on les intéresse sans problème.
On se rend compte que certains domaines sont très proches les uns des autres. Est-ce que du coup, les vins se ressemblent ?
Quand on observe de plus près la géographie, on peut être surpris que deux domaines voisins produisent des vins très différents. C’est la notion de terroir, on la ressent vraiment, un peu moins dans les rosés, peu-être. Mais ça impacte beaucoup le rouge et le blanc, à quelques centaines de mètres, tout change. Ici la mer influe, la fin des Alpes, la terre en elle-même, on a pas mal de zones géologiques et climatiques disparates, grâce aux reliefs, grâce au vent, c’est toute la magie du territoire français.
Tu encourages les gens à goûter le maximum de choses ?
Je ne dis pas qu’il faut être infidèle aux vins qu’on aime, mais il ne faut pas hésiter à être zappeur de temps en temps, se laisser emporter d’un village à l’autre. Les vignerons sont là pour vous expliquer pourquoi le vin de leur village est différent de ce qui sort de la commune voisine, il y a toujours une raison.
Et toi, tu sais déjà ce qui va te plaire ?
Non, j’attends le verdict, décembre janvier. On a notre propre cuvée, on fait un assemblage, c’est à ce moment-là qu’on goûte. Mais sur les raisins, quand ça rentre, on a déjà une idée d’à quoi va ressembler le vin. Après les jus, la quantité de sucre, l’acidité, donne une idée assez précise. Il faut vraiment attendre la fermentation, c’est elle qui transforme tout. En 2015 ça devrait être bon, on a eu 75, 95, 2005, les années en 5 donnent de très bons vins, en général. 2015 ne devrait pas échapper à la règle, il n’y a pas de raison !

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