« Les migrants, ils sont méchants. En Syrie, ils sont pas gentils. Moi, j’accueille pas un arabe chez moi parce qu’il a peut-être une bombe dans le slip. Un catholique, même un peu arabe, il posera pas de pain de plastique sous le lit de ma fille, donc je veux bien lui filer un bol de lentilles de temps en temps s’il a fui la guerre. Si on continue comme ça, dans deux ans, on sera tous arabisés, et on travaillera tous dans un restaurant à kébabs pour vendre de la viande hallal à des islamo-fascistes en quête de reconnaissance. »

Cette semaine, le florilège de conneries déversées dans les médias par les auditeurs, par certains politiques, par certains journalistes, par certains idéologues mal avisés, a été d’une violence sans nom. La bêtise, souvent, c’est de ne pas savoir garder une opinion pour soi quand on n’a pas pris le temps de la laisser maturer. Encore faut-il avoir un cerveau, pour ça. L’intolérance fait partie de notre ADN, on est par essence effrayé par ce qu’on ne connaît pas, par ce qui ne nous ressemble pas. Et chaque épisode dramatique où il est question de différence entre les peuples fait resurgir ce trait de caractère qui nous unit tous dans notre for intérieur, on n’aime pas les autres. C’est inné.
Sauf que l’humain, depuis Max Weber, Bourdieu et les autres, on a compris que c’était surtout de l’acquis. Et depuis Darwin, on a même compris qu’on était tous pareils. Alors dire le contraire, craindre le contraire, se satisfaire du contraire, miser sur le contraire, c’est débile. Presque autant que donner un énième cours sur le racisme dans un journal gratuit. A la limite, on pourrait vous expliquer comment repérer un bon raciste, ou comment devenir un raciste intègre, qui pense ce qu’il dit et qui sait pourquoi il le dit. On est comme tout le monde, on en connaît tous au moins un. Expliquer aux lecteurs comment s’intégrer efficacement à la société en devenant un bon raciste bas du sourcil, avec des idées aussi binaires que celles d’une bactérie néolithique, ça ce serait nouveau. Avant-garde, même.
A se répandre maladroitement, on a beaucoup à nettoyer. Demandez à la femme arabe qui nettoie les toilettes de l’autoroute, si vous avez le courage de lui parler. Parce qu’avec du henné sur les mains, c’est vrai qu’elle fait peur aux gosses, pas vrai ? Pourtant le quart d’heure quotidien de cabinets propres, c’est à elle qu’on le doit. Elle parle peut-être pas français, mais elle a pas eu besoin de passer 7 ans en lettres modernes pour pleurer misère à Pôle Emploi, elle. Elle s’assume, elle est digne, elle est droite, ce qui en fait objectivement, peut-être, un humain meilleur que vous. C’est une question de point de vue, c’est comme le terrorisme, qui depuis une semaine, commence pour certains au moment où le cheveu des nouveaux nés ondule un peu trop sous l’effet d’un patrimoine génétique un peu trop méditerranéen. J’ai mal aux autres, tiens.

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