850 places, six ans d’existence, 60 spectacles et 2000 abonnements vendus. Le Forum, le grand théâtre d’agglomération de la Cavem, planté en lieu et place de feu le supermarché Rallye (et ouais, il fallait bien qu’un jour quelqu’un le rappelle, et c’est nous !) est aujourd’hui devenu un acteur incontournable du théâtre dans tout le quart sud-est. Fort d’une très belle réputation auprès de celles et ceux qui le connaissent et qui s’y rendent régulièrement, il est cependant victime d’un déficit de notoriété auprès des autres. Pour combattre ce mauvais plan qui n’a aucun sens, nous avons rencontré rien moins que son directeur, sa directrice artistique net le président de son conseil d’administration. Ne manquaient que deux journalistes amateurs de spectacle vivant pour boucler une quadrature du cercle qui, après lecture, devrait vous inciter à franchir un peu plus souvent la porte en verre qui vous sépare des meilleurs spectacles vivants que vous puissiez voir plus de 100 Km à la ronde, rien que ça. Soyez curieux, soyez heureux, et non, c’est pas complet tout le temps. On va vous expliquer ça, par l’intermédiaire de Rémi Moreau, Anne-Marie Franon et Guillaume Decart.

Rémi Moreau, vous êtes le nouveau directeur du forum. On ne change pas les têtes en vain, qu’est-ce qui a changé avec votre arrivée en lieu et place de Michel Perrault?

RM : La manière de travailler. On travaille en équipe, maintenant. Il n’y a plus une tête qui décide pour l’ensemble du théâtre, mais c’est collectif. Au niveau de la programmation avec trois programmateurs, qui travaillent en synergie dans le même bureau et qui s’occupent des deux lieux, forum et palais des congrès, et même trois puisqu’il y aura désormais des spectacles jeune public à l’espace Victor Hugo de Puget. C’est une volonté, pas que la mienne, celle aussi du président du conseil d’administration Guillaume Decard, là aussi c’est un travail d’équipe. Il y a vraiment des échanges réguliers, pour discuter de ce qu’on met en place. Le crédo c’est «à plusieurs on est plus intelligent».

M.Decard on connaît son engagement en faveur des arts en général,qui aime sincèrement ce monde-là. C’est un avantage, d’être piloté par un élu qui s’investit ?

Complètement, il vaut mieux avoir des passionnés. La culture, le spectacle vivant en particulier, il faut aimer ça, aimer les artistes, chanteurs, acteurs, danseurs, musiciens, c’est un partage, il faut être dedans et aimer ça. On fait le noir, tout le monde se tait dans la salle et le spectacle se déroule devant nous, il y a une forme de magie, moi j’adore ça.

Vous faisiez quoi, avant ?

Directeur général des services à la mairie de Puget.

Donc, rien à voir !

Si, quand même parce qu’il y avait une dimension artistique, là-bas aussi. J’ai monté le Puget Live Festival, participé au développement du Mas des Escaravatiers, l’espace Victor Hugo a aujourd’hui une belle programmation, j’ai je pense insufflé tout ça.

Vous allez leur manquer, là-bas, non ?

Il faut leur demander !

Vous l’avez voulu, ce poste, ou on vous l’a proposé ?

On me l’a proposé, et je n’ai pas hésité une seule seconde. Et je ne regrette pas mon choix !
Depuis la première saison, il y a toujours eu un peu plus de spectacles, toujours un peu plus gros, c’est pareil pour cette année ?

Anne-Marie Franon : Je dirais que pour le moment on ne diminue pas la voilure. Le public est là, c’est un gros lieu avec une grosse scène qui nécessite qu’on accueille des spectacles importants. On peut faire ici ce qu’on ne peut pas faire à Saint-Raphaël, du cirque, de la danse. Mais le Palais des Congrès est une sale de spectacle fantastique, notamment pour les textes d’auteur. Ces outils sont au service de la diversité. On sent que le public est un peu plus difficile à conquérir, et il faut qu’on réfléchisse pour améliorer tout ça. Au Palais des congrès on a souvent des listes d’attente parce que c’est trop petit, et ici au forum, on est parfois en difficulté. Le public a peut-être un peu moins de moyens, et 60 spectacles ça peut paraître être une offre sur-dimensionnée. On devrait peut-être doubler certaine représentations qui attirent du monde à coup sûr et qui pourraient remplir deux fois.

C’est difficile, de bien choisir la salle ?

RM : Oui mais non, il y a des spectacles qui pourraient remplir le forum, mais qui sont intimistes et qui rendent mieux au palais. Il faut une proximité entre l’artiste et les spectateurs.
AMF : C’est une question qui relève de l’artistique, et c’est l’équipe artistique qui décide. On voit le spectacle, on sait sur quelle jauge il doit aller, sur quelle dimension de plateau, on peut tuer un spectacle en se trompant de salle.
RM : il n’y a pas que des considérations économiques.
AMF : Pour la saison 16-17, il se pourrait qu’on accueille Fabrice Luchini sur des poèmes d’Edgar Poe. Il ne veut jouer que sur des petits plateaux de moins de 500 places, mais on a un problème économique : cher sur une petite jauge.

Vous essayez de lisser le budget entre spectacles difficiles, gros cartons, spectacles à perte ?

RM : On essaie d’être au plus juste. C’est vraiment notre souhait, mais c’est très compliqué d’équilibrer une saison culturelle au vu des spectacles qu’on propose, mais c’est une mission de service public et on est subventionnés à ce titre-là par la Cavem. Certains spectacles sont des paris. Le but c’est de faire découvrir des choses au public. C’est le but des abonnements, les gens choisissent 4 spectacles à tarif préférentiel, ils en voient deux par goût, et deux pour «voir», par exemple du ballet ou du cirque, et ils sont souvent agréablement surpris par des choses dont ils pensaient «c’est pas pour moi».
AMF : Quand on programme dans une structure publique, on gère l’argent public et donc on a une vocation culturelle. De loisir aussi, bien sûr. Notre propos, c’est de faire découvrir des auteurs, de provoquer de l’émotion, de ne pas inviter les gens que dans un grand pensum. On est animés par toutes ces préoccupations.
M.Decard on en avait discuté l’année dernière au moment de votre nomination, c’est vous qui pilotez tout ça aujourd’hui. Il était question de musique actuelle. C’est lancé ?
Guillaume Decard : Oui, deux dates de variétés au forum avec Raphaël et Stephan Eicher, plus Yaël Naïm au Palais des congrès, ce qui nous fait déjà trois dates. L’objectif c’est de diversifier encore et de devenir force de proposition. On a choisi aussi d’ouvrir sur l’humour, qui fait son entrée cette saison, avec deux têtes d’affiches : Elie Semoun et Stéphane Rousseau.

Pourquoi n’y avait-il pas de One-Man Show, avant ?

GD : Il y avait c’est vrai une grosse demande du public, il n’y a qu’à regarder le succès du festival du rire à Saint-Raphaël. Félix Martin n’était pas «trop petit», mais il y a un besoin de rigoler, de se divertir, dans un lieu plus grand., avec de grandes têtes d’affiche capables de les remplir.

AMF : l’humour attire aussi une autre tranche de public, que l’on avait jusqu’ici du mal à séduire. On est vraiment dans la cohérence, le Forum essaie de respecter tout ce qui se fait à Saint-Raphaël, et il a pris le créneau de tout ce qui ne se faisait pas ailleurs, théâtre, danse, cirque, etc. Mais aujourd’hui les gens ont bien compris la convergence entre les deux villes, et on peut se permettre de tout faire au Forum. Ce respect mutuel permet une grande ouverture.
GD : Ce qu’on fait au Forum, on le fait parce qu’on ne peut pas le faire à Saint-Raphaël, on a besoin d’aller plus loin dans l’humour, d’accueillir de grands artistes.

Vous nous parliez des abonnements. Il paraît que l’idée reçue la plus répandue sur le Forum, c’est qu’il est toujours rempli d’abonnés et qu’il n’y a jamais de places. On désamorce ?

RM : Les gens qui m’ont expliqué pourquoi cette légende était tenace m’ont expliqué qu’à l’époque, ils allaient au Palais des congrès, plus petit, et qu’il était souvent complet, il fallait se battre pour les abonnements. Et ça a été la même chose au Forum la première saison. Mais aujourd’hui il y a beaucoup plus de spectacles, il y a toujours de la place pour satisfaire tout le monde, c’est une très grande salle de 850 places, rarement à guichets fermés. Les gens qui n’ont pas d’abonnements, souvent, ne se renseignent même pas. Il y a 2000 abonnés, mais ils sont abonnés sur 4 spectacles !

C’est à cause de la grande soirée inaugurale qui provoque un afflux massif d’abonnements dans la foulée avant même que la saison commence !

AMF : Oui, mais ils ne s’abonnent que sur quelques spectacles !
RM : C’est une vue de l’esprit. On garde toujours un quota pour les non-abonnés. Un peu plus de la moitié des places sont réservées aux abonnés dans le meilleur des cas, il reste toujours beaucoup de places à vendre. On ne remplit pas le théâtre avec des abonnés, c’est important de le dire.
AMF : Et les places à vendre au guichet ou sur Internet sont de bonnes places, on ne retrouve pas en hauteur tout au fond dans un endroit où on ne voit rien (il n’y a pas de mauvaises places, à proprement parler, au Forum, on est plutôt bien partout, testé et approuvé, NDLR).
RM : On réserve un rang sur deux aux abonnés, en gros. On peut être très bien placé en achetant ses places au détail, et selon les cas de figure, on peut même se retrouver au premier rang. On a même mis en place un système de revente de places, pour les gens qui ne peuvent pas venir. C’est sûr qu’’un spectacle intimiste avec seulement deux acteurs, pour bien comprendre ce qui se passe vaut mieux être devant. Mais un ballet on ne le voir jamais aussi bien que du balcon, le cirque c’est pareil ! On voit bien de partout, vraiment, il n’y a pas de mauvaise place,
c’est un théâtre moderne, il a été conçu pour ça, l’acoustique est vraiment bonne aussi…à condition que les acteurs ne soient pas dos à la scène, l’an dernier on en a fait l’amère expérience !
AMF : C’est différent des théâtres parisiens où l’on est toujours derrière un poteau !

Pour le son il a aussi un dispositif, non ?

RM : Oui, on peut régler la fréquence de sa prothèse auditive sur la bonne onde, il y a une boucle émise par la régie, il faut vous faire expliquer ça par votre prothésiste maintenant, puisque les dispositifs sont très petits aujourd’hui. On peut aussi utiliser une oreillette ou un casque en Bluetooth. Ça s’appelle une boucle magnétique, ou boucle «T», ça fait deux ans que c’est obligatoire dans toutes les salles de spectacle dans le cadre de la démarche d’accessibilité.

La réputation du forum c’est d’attirer un public assez âgé. Vous souhaitez changer ça ?

RM :Le but c’est d’attirer tout le monde, il faut absolument franchir ce cap : le théâtre est à tout le monde. Il faut juste venir voir un spectacle vivant, il y a des gens qui ne connaissent pas la danse et qui après avoir découvert un ballet partent en passant par la case guichet pour relire la programmation, pour voir ce qu’il y a d’autre en danse. C’est ce côté magique qu’il faut faire partager à des gens qui n’ont pas l’habitude. On est dans une société de l’écran, croyez-moi, voir des gens faire un spectacle en direct devant vous, c’est vraiment très différent.
GD : Depuis un an avec Rémi, on se bat sur la question de l’ouverture. On veut ouvrir le Forum au monde associatif, à tous les artistes, au monde professionnel. On va lancer une grande opération de mécénat, ça devrait être en place pour la saison 16-17. On a laissé l’UPV organiser son happy-hour business ici, et beaucoup de ces entrepreneurs locaux n’étaient jamais rentrés au Forum ! On les a fait visiter, c’était surprenant pour eux !
RM :Il y a une barrière. On parle des plafonds de verre infranchissables dans a société, ici c’est une porte en verre, les gens se disent «c’est trop plein, c’est trop cher, c’est pas pour moi», ils ne franchissement même pas la porte alors qu’elles leur sont grandes ouvertes ! On est dans un lieu public, le but c’est que tout le monde vienne. On va essayer de mettre en place des expositions de sculpture parce que le lieu s’y prête bien ! Ça peut donner envie à d’autres gens de passer la porte.

Vous essaierez donc à l’avenir d’ouvrir le forum à d’autres activités que le spectacle ? Jusqu’ici, en dehors du festival du court-métrage…

RM : Oui, ça aussi ça a changé par rapport à l’ancienne direction, sans que ce soit péjoratif c’était comme un village gaulois. On ouvrait les portes le spectacle avait lieu, on les refermait et après il ne se passait plus rien. C’est un lieu de vie !
GD : On pense à faire venir les compagnies locales, les professionnels d’ici, en danse, en théâtre. Tout est envisageable, ça peut se passer dans la grande salle, dans la petite, dans le parking, dans le hall, sur le parvis, tout est possible.
RM : On a un parvis immense et on ne l’utilise pas !
AMF : L’objectif c’est que ça devienne un lieu de vie pour tous, que les gens se l’approprient.
Est-ce que c’est parfois difficile d’attirer les spectacles?
RM : Honnêtement non, on jouit d’une belle notoriété dans le monde du spectacle, les producteurs nous connaissent et le lieu est apprécié.
AMF : On n’a jamais eu vraiment de problèmes à attirer une tête d’affiche. Le plus compliqué c’est l’équilibre, c’est compliqué de monter une programmation. Il faut jongler entre les spectacles de thâtre de danse et de cirque, les spectacles difficiles et les spectacles plus grand public, c’est pas toujours évident.

Quels sont selon vous les moments forts de cette saison ?

RM : Tous ! Même si certains sont plus difficiles à vendre que d’autres, il n’y a pas de spectacle au rabais. A chaque fois on se remet tous en question, on part sur une nouvelle fiche technique, un nouvel artiste, et on se redonne à fond. Le plus fort, c’est peut-être la présentation de saison, parce que ça, on le fait nous à 100 %
AMF : C’est certain que Miou-Miou qui n’est pas montée sur les planches depuis un moment, ce sera un moment fort. Mais je refuse de faire une hiérarchie. Il faut qu’il y ait des locomotives de la saison, bien sûr, mais pas de hiérarchie.
Et quelles seront, donc, ces locomotives ?
AMF : Casse-Noisette, l’un des plus grands ballets, la danseuse Carolyn Carlson pareil. En théâtre je dirai Miou-Miou, Michel Bouquet, Love Letters, Novciento avec André Dussolier.
GD : Le projet de Raphaël est très intéressant, puisqu’il va partager la scène avec des chorales d’enfants de notre territoire. J’ai très envie de voir le spectacle de Stéphane Rousseau, le grand ballet de Genève dans Casse-Noisette, et en théâtre «Le Système».
RM : Boxe Boxe avec le quatuor Debussy sur scène, c’est du Hip-Hop, c’est ma culture, j’adore ça. Il y a aussi «Les Contes Chinois», avec un maître de la calligraphie qui dessine en direct, retransmis sur grand écran, un spectacle très difficile à vendre mais moi ça m’’intéresse beaucoup. André Dussolier dans Noveciento parce que je suis comme lui originaire d’Annecy, et puis en humour, la pièce de théâtre «Sans Rancune», avec Daniel Russo.

Et pour finir, on peut dire que tout ça, on pourra le voir à un tarif abordable. Comment vous faites pour rester toujours en dessous de 35 euros?

RM : C’est une volonté politique, c’est la mission d’un théâtre d’agglomération, c’est pour ça qu’il est subventionné. Si on devait proposer tous ces spectacles au vrai prix, en incluant l’amortissement du bâtiment etc, on serait à des tarifs plus conséquents c’est certain.
AMF : On est dans la moyenne des théâtres publics, et on pratique les tarifs préférentiels, la gratuité pour les scolaires, les tarifs spéciaux pour les demandeurs d’emploi, les places à 6 euros pour les spectacles jeune public.
RM : Et les abonnements permettent d’avoir 25% de réduction sur 4 spectacles.

Donc, qu’est ce qu’on attend ? D’autant qu’on peut aujourd’hui s’abonner en ligne, et même manger quelque chose sur place. Et ça, c’est nouveau ! Aussi !

Plus d’infos : http://www.aggloscenes.com/

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