Il y a plus humiliant encore que de voir le XV de France sombrer et s’autodétruire, comme l’ordre de mission de M. Phelps dans Mission impossible, en quarts de finale, quand d’admirables gallois, des irlandais décimés et de prodigieux écossais (dont le réservoir de joueurs n’est pas le dixième du nôtre) opposaient une résistance héroïque à plus forts qu’eux, c’est de voir les Springboks, symbole éternel, immémorial et universel du jeu de casse-briques dans lequel le triste sélectionneur tricolore a achevé de dissoudre le peu qui restait du french flair, se sauver du piège gallois, non sur un rentre-dedans plein fer plus violent encore que les précédents, mais par une action de pure classe technique, tactique, à la fois individuelle et collective, bref rugbystique. Dans cette compétition sublim(é)e, le french flair est partout, jusque chez les (supposés) rustiques Boks – partout sauf chez les bleus, qui d’ailleurs par une aberration supplémentaire, jouaient en rouge. Des fois qu’on s’y laisse tromper.
Toujours est-il que, dans un quart de finale bien mal engagé, malgré – ou à cause – de grands coups d’épaule ou d’autres muscles saillants, qui faisaient vaciller de vaillants diables rouges sans les briser ni les broyer, il ne restait guère que six minutes à jouer, et le spectre d’une élimination surprenante se profilait pour les Springboks, menés 18 à 19, et à court de solution(s). Une – ultime ? – mêlée à quinze mètres de l’en-but gallois décida de tout ; à la manoeuvre, Fourie Du Preez, 33 ans, demi de mêlée des champions de monde 2007, tricard chez les Boks depuis février 2014, rappelé en urgence par un sélectionneur sachant mieux que quiconque qu’il y a quelque chose qui ne s’achète pas en soulevant des kilos de fonte : l’intelligence tactique.
Action de la dernière chance : Du Preez espère une pénalité, pour son pack dominateur, tout en s’avisant que l’arbitre pourrait s’abstenir de crucifier les gallois ainsi (c’est pourtant ce qui est arrivé, en plus cruel encore, aux écossais). Et alors, feinte sublime : Bryan Habana, l’ailier supersonique du RCT, va se placer dans la ligne côté ouvert. Le gallois Cuthbert le suit, le côté fermé est déserté.
Duane Vermeulen, le numéro 8 sudaf, bâti comme un tank mais adroit comme un prestidigitateur, ramasse le ballon, s’engage, bloque l’ultime défenseur, et d’une chistera (!) dans le dos (!!) envoie vers les étoiles, la ligne de but et la qualif son cornac adoré. Même dans 100 milliards d’années, Louis Picamoles ne pourra pas reproduire le même gestuelle, digne de Glenn Gould, alors que lui c’est Babar. Misère de nous.

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