C’est l’hiver, ça y est. Terminées les longues soirées au Mas d’Estel, au Caveau, à La Réserve du lundi au lundi. Terminées les heures d’ouverture hallucinantes du Blue Bar, les soirées jusqu’à 6 h du mat’ au Saphir. Maintenant, c’est retour aux parkas, aux jeans et aux bons vieux bars de nuit qui ne s’occupent pas un instant des touristes. Ces endroits, ce sont les nôtres, à nous, les locaux, les gens du terroir. Ces lieux, on y retourne toujours quand on a fini par quitter la région et qu’on revient faire un tour dans le coin pour voir nos parents. Ces endroits, on s’y sent comme à la maison, le son de la télé en moins parce qu’on entend rien les soirs de match au Lochness ou au Public House, mais la bière et les copains en plus. Surtout les copains de passage, les amis à usage unique, les chouettes rencontres, les belles plantes, les serveurs qui galopent en essayant de rester à la cool, les plateaux de charcuterie, les bretzels et les cahuètes. Les bars de nuit, c’est une autre vision de la vie : une vie où tout ça, c’est pas grave, tant qu’on est entre nous, même si on est 300.

Deux écoles

Un analyste pointu des sorties nocturnes de l’agglomération pourrait distinguer deux écoles bien distinctes. Mettons-nous dans la peau de cet esthète de la gaudriole d’après minuit, du verre de trop, de la mousse qui dépasse et des copains qui ne disent jamais au revoir de peur que la soirée ne s’éternise pas, alors que c’est son essence première, de ne jamais finir. Il vous dirait « y a les coins chicos et les coins plus tranquilles, mais c’est jamais aussi pénible que d’aller en boîte. C’est moins cher et c’est gratuit de rentrer, on peut parler aux gens et y a rarement de la musique pourrie ». Ah, on touche peut-être au coeur du problème. Le bar est un lieu de rencontre avant d’être un lieu festif, car ce n’est pas sa première destination. On peut s’y parler, facile, la plupart du temps sans. Quoi qu’il en soit, si les bars de nuit ont tous en commun cette qualité, cet ADN de terreau social par excellence où les gens peuvent se mélanger sans trop de problèmes, ils n’ont pas tous les mêmes clients. Car ils ne proposent pas tous la même chose. Et c’est assez marrant de constater que la géographie a un rôle très important à jouer là-dedans.

Prenons le centre-ville de Saint-Raphaël. Depuis toujours, c’est le Lochness qui règne en maître sur les soirées de a jeunesse locale. Celle qui n’a pas envie de prendre la bagnole. Celle qui n’a pas envie de faire d’effort pour s’habiller en pingouin. Cellle qui vient comme elle est boire des verres qui lui ressemblent. Celle qui veut peut-être essayer de brancher des représentants du sexe opposé, mais sans sortir des centaines d’euros. C’est tout ça à la fois, le Lochness. Un coin tranquille, mais un bar qui sent le vécu, qui mise sur les habitués, nombreux et inamovibles. Parce qu’ils ne sont pas mieux ailleurs, en tous cas, pas comme à la maison. Un lieu qui peine à fermer ses portes le vendredi soir parce qu’on s’y encastre comme dans un canapé confortable dans un living climatisé, et qu’on ne voit pas pourquoi on nous demande de partir alors qu’on est si bien. Un bar qui ferme alors qu’il est plein, c’est qu’il s’occupe bien de ses clients jusqu’à la fin, C’est un peu la même pour le nouveau venu, le Barberousse, à Fréjus-Plage. Mais voilà, à Fréjus-Plage, certes, mais pas exactement au bord de la mer, juste dix mètres plus loin. Une fermeture tard, une programmation musicale aussi éclectique qu’anarchique, un joyeux bordel, des boissons pas chères, une déco hallucinante, et un magnifique capital sympathie auprès de celles et ceux qui attendaient un peu de nouveauté dans le paysage des bars nocturnes locaux. Un franchisé qui a de l’identité, rare.

Le BDM

Sur le bord de mer (utilisons l’abréviation BDM pour « faire jeune », tiens) on est un peu plus sélecte. Alors qu’on ne se fait pas, nous, sélectionner à l’entrée, et ça c’est quasiment un luxe, on finirait presque par l’oublier dans nos petites villes. Le Syrah’Rissime, en plein quartier des templiers à Saint-Raphaël, voilà un bien bel endroit, qui a de la gueule, qui brille par la personnalité de son patron Hervé, qui brille par son choix radical d’être un vrai bar à vins tenu par un sommelier, et qui propose une restauration sommaire mais raffinée, juste histoire de profiter des accords mets/vins. Idem pour l’Albarino ou la Galerie, en direction de Santa-Lucia, avec quelques sushis ou quelques mignardises bien senties pour déguster des cocktails dans une ambiance un peu plus cosy qu’en centre-ville. Avec parfois un artiste en acoustique, c’est mieux que bien, et ça tourne aussi comme ça l’hiver. Pour nous, juste pour nous.

Ce qui est très amusant avec les bars de chez nous, c’est qu’ils sont plus ou moins sur le même créneau quand ils sont plus ou moins au même endroit. Poussin Bleu, Beau Séjour, Blue Bar. Le premier est un peu le pendant « jeune » du second, encore que…un bon match de coupe du monde, du sport que vous voulez, au Beau Séjour, ça met une belle ambiance. Disons que le Poussin Bleu, c’est surtout le jour que ça tourne. Le Blue Bar en revanche, avec cette super habitude de fermer très tard l’été, cette terrasse qui ne désemplit jamais à l’époque des marcels/tongs, joue sur une autre partition : celle de la cave à bières. Si ça fonctionne depuis si longtemps, c’est que l’idée était bonne.

Et les concerts, dans tout ça?

Il n’y en avait pas, il y en a depuis quelques mois non pas une, mais deux ! Jusqu’ici, pour voir un concert digne dece nom, il fallait attendre que l’Espace Félix Martin soit libre, qu’il y ait une fulgurance à la mairie de Puget qui doit jongler entre ses inombrables associations qui ont besoin de l’espace Victor Hugo quasiment tous les dimanches, ou carrément patienter jusqu’aux beaux jours. Tout ça, c’est terminé, depuis la naissance coup sur coup du Monster’s et du Rat’s, le premier à la Palud, le second à Puget sur Argens.

Les deux patrons sont bien conscients de proposer des choses qui se ressemblent un peu, mais le vide à combler en matière de musique alternative était tellement familier du trou béant qu’ils ne sont aujourd’hui pas trop de deux pour proposer une offre culturelle jusqu’ici orpheline de lieu d’expression digne de ce nom. Rendons aux Césars ce qui leur appartient, les courageux qui ont monté ces deux affaires respectives n’y sont pas allés de main morte. Les deux établissements ont misé sur la qualité, sur l’accueil optimal des artistes, et sur une programmation éclectique qu’on ne voyait jusqu’ici jamais. Le Rat’s est un peu plus grand, propose des artistes un peu plus établis, et pioche allègrement dans tout ce que le rock et le metal proposent de mieux, en tous cas dans une jauge de 300 personnes. Le Monster’s Art travaille sur un éventail plus large, avec des artistes émergents, mais n’hésite jamais à tenter des paris sur des soirées à thème, des cover bands, et parfois même des groupes qui marchent bien mais qui sont heureux de jouer dans de bonnes conditions intimistes. Il était temps que ça existe, parce qu’il y en a partout, des salles comme ça, sauf chez nous. Et devoir attendre de pouvoir compter sur le bon vouloir d’une mairie pour organiser un concert, c’est pénible, faites-nous confiance ! Et même quand les gens travaillent bien !

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