Il y a plus d’une demeure dans la maison du père, il y a plus d’un Muller dans la maison du sport. Il y a d’abord l’aîné, Gerd (né en 1945), machine à marquer du Bayern Munich et de la NationalMannschaft de 1974, 68 buts en 62 sélections ; probablement – mais oui – le plus grand buteur que le foot ait jamais connu ; il y a ensuite le cadet Nicolas (né en 1983), notre rédacteur en chef bien-aimé, qui tient bon la barre et le gouvernail de Bah Alors, souquant ferme et colmatant les voies d’eau (y compris celles dont il est lui-même la cause) ; peut-être m’objecterez-vous, lecteurs de peu de foi que vous êtes, que sa principale contribution au sport de haut niveau est le montant de sa cotisation à ElitFitness, mais à cela je réponds qu’il ne faut pas insulter l’avenir ; et il y a enfin l’objet de cet article – « au sujet, Saunier, au sujet », me souffle ce tyran – à savoir le benjamin (né en 1989) Thomas Muller, lui aussi membre du Bayern et de l’équipe d’Allemagne, lui aussi multi-titré. Bref, cherchez l’erreur.

Ce qui est frappant chez Thomas Muller, c’est à quel point il ne présente pas la moindre des caractéristiques traditionnellement associées à l’image sociale du footballeur moyen ; peu adepte des réseaux sociaux, et encore moins du blingbling (il a a épousé sa copine de collège), il ne paie pas de mine, et notamment – étonnament – pas sur le terrain ; grand et dégingandé, il dégage une impression de fausse lenteur, d’inélégance, voire – pour les plus obtus – de ne pas trop savoir où se placer sur le terrain.

En fait, c’est très exactement le contraire : pas plus que l’habit ne fait le moine, la gravure de mode ne fait le footballeur ; j’admire – comme tout le monde, comment faire autrement ? – Cristiano Ronaldo, mais j’aime Thomas Muller. Toujours prodigieusement placé, toujours partenaire du choix le plus collectif – champion du monde au Brésil, lors d’une compétition dont il aura terminé 2ème meilleur buteur ; le projet collectif prime -, toujours tenu au début de la saison ou de la phase finale comme remplaçant, toujours titulaire sous tous les entraîneurs (découvert, en 2009-2010, par Louis Van Gaal, comme Seedorf et Kluivert, comme Xavi et Iniesta), TM est un couteau suisse, apte à ouvrir tous les coffre-forts ; en somme, il s’agit ni plus ni moins de trancher par son entremise un débat éternel entre les esthètes et les idéologues du foot. Si vous pensez qu’il s’agit d’un sport de vitesse et de vivacité, que votre religion est le dribble, alors vous idôlatrez Lionel Messi ; si vous pensez qu’il s’agit de force et d’endurance, que votre culte est le tir, alors vous vénérez CR7 ; mais si vous pensez qu’il s’agit essentiellement d’intelligence, alors selon vous le meilleur joueur du monde se nomme Nicolas, pardon, Thomas Muller.

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